6 avril 2021
Statera, un atout…
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit une chronique hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

Statera a ses défenseurs et ses détracteurs. Ses initiateurs, dont « sa mère », le RIRÉRST et « son père » et idéateur Serge Péloquin, persistent et signent. Ils ont confiance que le projet deviendra une attraction touristique d’importance pour la région. Lequel devrait, le cas échéant, alimenter une fierté collective régionale en disette.

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Le conseil sorelois a aussi toujours depuis 2013, alors sous la gouverne du maire Réjean Dauplaise, donné son appui au projet pour qu’il s’installe sur le quai numéro 2. Il s’était même engagé à lui verser 1 M$ pour aller de l’avant. La subvention de 300 000 $ consentie la semaine dernière est d’ailleurs le dernier versement de cet engagement.

Répondant à un citoyen inquiet, M. Péloquin a déclaré, lors de la dernière assemblée du conseil, que le RIRÉRST – qui gère Statera – a aussi largement contribué (1,6 M$) à différents aménagements sur le quai et dans le centre-ville – mobilier urbain, équipement, éclairage, création d’une murale, construction d’une marquise pour abriter les visiteurs en cas de pluie, etc. De plus, il a défrayé l’agrandissement du bâtiment principal vitré sur le quai (933 000 $) qui appartient toujours à la ville. Vue sous cet angle, l’entente semble équitable pour ce qu’on en sache.

Mais Statera a aussi ses détracteurs. Pour plusieurs, Statera n’a pas livré la marchandise, n’accueillant qu’un nombre modeste de visiteurs. Donc n’a pas rempli ses promesses d’une activité exceptionnelle et lucrative, aux retombées économiques régionales tangibles. À cause de son prix d’admission relativement élevé, plusieurs Sorelois n’ont pas visité son exposition. De ceux qui l’ont fait, plusieurs sont restés sur leur appétit. Ni l’exposition, ni les films projetés sous le dôme ne les ont conquis.

C’est vrai que Statera n’est qu’à ses débuts. Le projet semble inachevé. Il est encore loin des promesses de ses premières versions. Et pourtant, on l’a chargé de promouvoir à sa façon la région et d’être le produit d’appel incontournable de touristes en mal de découvertes.

En réaménageant le quai Catherine-Legardeur, on a ajouté un accès intéressant au fleuve. Il est vaste oui, permet de grands rassemblements, mais il lui y manque une dimension plus humaine, de l’animation plus chaleureuse qu’on devrait y trouver pour avoir le goût de le fréquenter! D’autant que son accessibilité est bien discrète, perdue dans les files d’automobilistes voulant accéder à la traverse.

Quant au départ inattendu et inexpliqué de son directeur général, après quatre mois seulement d’emploi – lui qui devait lui insuffler une renaissance tant attendue, essentielle à sa survie – il gruge une fois de plus l’espoir et la confiance que devrait recevoir ce projet, s’il avait démarré du bon pied.

Oui, ses promoteurs sont audacieux, mais ont-ils les moyens de leur ambition d’en faire une attraction nationale unique? Oui, son site est exceptionnel et donne le goût de visiter les îles, d’en comprendre la géographie, d’en découvrir l’écologie. Mais le revenez-y, on l’ajoute où et comment? Clairement, il reste à trouver comment insuffler au tout le WOW que tout visiteur recherche et qui l’inspirera à revenir.

M. Péloquin a raison de penser qu’une ville si bellement située au confluent de la Richelieu et du Saint-Laurent dispose d’un atout inespéré pour développer des attraits touristiques exceptionnels. Bien des efforts privés et publics sont faits en ce sens.

Mais pour le moment, Statera est à la région ce qu’AstraZeneca est à la vaccination : un atout dont on doute de l’efficacité, mais un atout qui peut améliorer la situation. Cela présente toutefois des risques. Tout est dans l’art de les gérer. Et de savoir quand s’arrêter.

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