18 mai 2021
S’identifier
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit une chronique hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

Sorel-Tracy vit un dilemme : préserver la Maison Cyrille-Labelle construite en 1869, mais dans laquelle ses propriétaires Louis et Richard Bibeau ne veulent plus investir un sou? Ou accepter qu’elle soit vendue sinon démolie?

Publicité
Activer le son

À lire sur ce sujet :
L’avenir de l’ancienne Maison Cyrille-Labelle inquiète
Ancienne Maison Cyrille-Labelle : les propriétaires désirent collaborer avec la Ville

Située rue du Roi, au cœur du centre-ville, elle fut magasin général, puis quincaillerie et salle de spectacle. Depuis 2018, elle est abandonnée à son sort. Ses proprios spécifient qu’elle est en relatif bon état et sécuritaire.

Pourtant il importe de restaurer le bâtiment, affirme la Société historique Pierre-De-Saurel (SHPS) qui a toujours promu la conservation du patrimoine bâti. Et la ville acquiesce et soumettra ce dossier à son Comité du patrimoine pour en identifier des solutions de conservation.

Selon une firme externe, ce bâtiment centenaire est classé patrimonial de classe supérieure. Mais la Ville ne l’avait pas cité comme tel en 2012, comme elle l’a fait pour le marché Richelieu, la gare et l’église Notre-Dame.

Il lui a fallu trois ans pour se pencher sur l’avenir de ce bâtiment, un des derniers de son époque, alors que ses citoyens ne cessent de déplorer les démolitions de l’ancien bureau de poste ou des maisons Saint-Louis.

Heureusement, il n’est pas trop tard. Saura-t-on réserver à ce bâtiment un meilleur sort que celui qu’ont connu les bâtiments du 2, rue Charlotte, et du 88, rue de la Reine, récemment incendié ou démoli? C’est à souhaiter!

Chose certaine, cette conservation ne peut reposer sur les seules épaules de ses propriétaires. Ils ont manifesté leur bonne volonté en acceptant d’aborder la question avec la Ville et la SHPS. Mais tous les citoyens doivent abonder en ce sens. Et la Ville en faciliter la concrétisation.

Car le patrimoine bâti d’un milieu évoque son histoire. Sa disparition équivaudrait à perdre une partie de son identité. Il est un bien collectif que la Ville doit contribuer à protéger, histoire de transmettre un héritage intact aux futures générations. Opportuniste, elle doit profiter de ce présent venu du passé pour dynamiser le milieu et mieux asseoir son avenir!

L’avenir de ce bâtiment iconique réside dans la nouvelle vocation qu’on lui conférera. La Ville ne peut se défiler. Il est bien qu’elle intervienne déjà via son Plan d’implantation et d’intégration architectural (PIIA). Toutefois il n’est plus ici question d’apparence, mais de contenu et vocation.

La Ville a ce devoir de mettre en valeur son patrimoine et de s’en faire le promoteur. Il lui faut créer des lieux et occasions – expositions permanentes et temporaires, animation, conférences etc. – où faire apprécier ce vaste champ patrimonial tant naturel que culturel, riche de savoirs, de savoir-faire, de faits et gestes qui ont façonné la région.

Déjà le Biophare explore une partie de son patrimoine naturel, la SPHS conserve et valorise ses archives. Il y a encore tant à mettre en lumière.

En cette quête de relance économique, on doit voir le patrimoine non pas comme une source de dépense, mais comme un investissement. Un ajout à la richesse collective. Éventuellement un attrait touristique aussi déclencheur de développement régional.

Quatrième plus vieille ville du Québec, Sorel-Tracy doit se placer sur la carte des régions au patrimoine riche. Pourquoi ne pas choisir d’y investir annuellement au moins autant que les 150 000 $ par an injectés pendant quatre ans pour célébrer ses 375 ans?

La Ville peut certes y convier la MRC et les citoyens. Plusieurs – aussi à Massueville et Saint-Ours – ont prouvé leur attachement au patrimoine. De plus, les redevances des éoliennes peuvent lui en donner les moyens.

Oui, le patrimoine est un actif pour un milieu. Il est essentiel de le mettre en valeur. Question de s’identifier!

image