8 avril 2021
Se démarquer avec des brebis laitières
Par: Katy Desrosiers

Pierre Péloquin œuvre en production laitière ovine depuis une dizaine d’années. Photo Pascal Cournoyer | Les 2 Rives ©

Le propriétaire de la Ferme du Chien Blanc à Sainte-Anne-de-Sorel, Pierre Péloquin, œuvre dans le milieu laitier ovin depuis une dizaine d’années. Bien que ses débuts ont été difficiles, aujourd’hui, l’homme est fier du chemin parcouru et le lait de ses brebis sert pour la production de fromages prisés.

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Lorsqu’il a quitté la ferme de son père, où il travaillait avec son frère, M. Péloquin a voulu poursuivre en agriculture sans retourner dans la production laitière traditionnelle. Il a entendu le commissaire agricole Alain Beaudin parler d’un projet de production laitière avec des brebis. C’est alors qu’il s’est lancé en réalisant d’abord un stage chez un producteur de Charlevoix.

Au début, il a vendu son lait à la Laiterie Chalifoux pendant un an et à la Fromagerie de Montebello pendant un an et demi.

Après avoir approché la Fromagerie du Presbytère, qui a refusé le lait en raison de l’alimentation des brebis, il a connu une période morte pendant laquelle il a dû congeler du lait et même en jeter.

Un jour, il a reçu l’appel d’une médecin qui venait d’acheter un petit troupeau de brebis et qui cherchait davantage de lait pour produire un fromage. « Elle me dit « Va mener ça à la Fromagerie du Presbytère ». J’avais 11 000 litres de gelés. Quand j’ai appelé à la Fromagerie, je leur ai rappelé qu’avant, ils ne pouvaient pas prendre mon lait. Ils m’ont dit que cette dame arrivait avec une nouvelle recette et que le lait des brebis nourries avec de l’ensilage, ça passait facilement. Elle m’a remis au monde », raconte le producteur.

Le propriétaire de la fromagerie a racheté la recette qui sert à produire le Taliah, un fromage fait exclusivement du lait des brebis de M. Péloquin depuis environ quatre ans.

La Fromagerie Nouvelle-France bénéficie aussi du lait des brebis sainte-annoises.

Aujourd’hui, M. Péloquin produit environ 35 000 à 40 000 litres de lait par année. Il se réjouit que la demande pour les produits à base de lait de brebis augmente puisqu’il croit qu’il est à découvrir. Le producteur affirme qu’il ne goûte pas « la laine, qu’il a plutôt un goût doux ».

Même si maintenant les affaires vont bien, la pandémie a un peu changé les façons de faire. Comme les fromagers réussissaient moins bien à écouler les produits, ils se sont tournés vers les producteurs pour les aider avec la vente. Une des filles de M. Péloquin s’est impliquée afin de faire connaître et vendre des fromages.

Tout à créer

Aujourd’hui, 28 entreprises au Québec œuvrent en production laitière ovine. Le milieu est encore relativement récent. Quand M. Péloquin a commencé, il y avait tout à créer. Il n’y avait pas de données sur la lactation des brebis et le système de collecte déjà existant a dû être adapté.

« Les premières années, […] quand on venait pour entrer les infos dans l’ordi, il n’y avait même pas d’onglet brebis. J’ai des agnelles de 15 mois qui ont des bébés. On ne pouvait pas entrer ça dans le système parce qu’une vache, à 15 mois, elle n’est pas supposée avoir un bébé. Maintenant, on a évolué et on a nos propres données chez Valacta (centre d’expertise en production laitière) », explique le producteur.

Également, il y a tout à développer du côté des méthodes de travail. Avec les années, le producteur a amélioré son troupeau pour éliminer le Maedi Visna, une maladie qui s’attaque aux articulations, aux pies et aux poumons des moutons. Aussi, avec les autres producteurs, des discussions se créent pour partager des béliers afin de réussir à trouver la meilleure combinaison génétique pour avoir des brebis qui produisent davantage de lait.

Malgré les épreuves, Pierre Péloquin ne regrette pas son choix. « Cet hiver, il faisait mauvais. Je mettais la radio, je me faisais un petit café, je partais la traite des moutons. Je suis au paradis », conclut-il.

 

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