23 février 2021
S’approprier le bâtiment?
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit une chronique hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

On a annoncé la semaine dernière la vente de l’église de Massueville. Son acquéreur n’est pas connu, ni l’usage qu’il en fera.

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Voilà tout le drame de ces édifices patrimoniaux, bâtis par de fervents croyants, qui échappent à la communauté parce que les fidèles ont quitté la pratique religieuse. Et trop coûteux à entretenir, ils dépérissent. On les ferme, les démolit ou les vend. Et leur collectivité est désormais privée d’un endroit central où créer des liens, où écrire son histoire collective.

À Saint-Aimé et Massueville, des citoyens et élus ont bien tenté de sauver le bâtiment, lui insuffler une nouvelle vocation. Mais ils n’ont pas déniché de financement à la hauteur de leur ambition. Et ils ne seront certes pas les derniers de la MRC de Pierre-De Saurel à être confrontés à une telle situation.

D’où l’importance des recommandations du Conseil du patrimoine religieux du Québec (CPRQ), il y a six ans. Après avoir tracé le portrait des lieux de culte de la région (état des bâtiments, coûts estimés de restauration et subventions accessibles), il recommandait à la MRC de rassembler et d’accompagner les collectivités dans leurs projets visant à les garder ouverts.

À ce moment, la MRC avait formé un comité qui a travaillé avec le CPRQ. Mais depuis, accompagne-t-elle toujours les milieux aux prises avec cette éventualité? Considère-t-elle toujours de son ressort de les soutenir dans la quête de moyens pour élargir leur vocation locale ou régionale?

Certes, on peut comprendre qu’en ces temps de pandémie, la conservation du patrimoine bâti n’est pas une priorité d’importance pour les élus préoccupés d’abord de relance économique.

Mais la vitalité économique de la MRC ne passera-t-elle pas par le dynamisme de chaque municipalité? Ces dernières survivront-elles si après avoir perdu leur caisse populaire ou leur école, elles perdent le seul lieu public où réunir leurs concitoyens, où leur dispenser des services adéquats et les assurer d’une vie collective animée qui saura susciter leur intérêt pour y habiter? L’église n’est-elle pas un de ces bâtiments essentiels à une vie sociale et communautaire dynamique et aidante, clé de leur avenir? Qui doit donc se l’approprier?

RIP Marcel Bourgeois

Ma première rencontre avec Marcel Bourgeois remonte au milieu des années 80. Sa ferme avait remporté une fois de plus des prix pour la qualité de ses bêtes. Il respirait la fierté. Pas celle d’être arrivé premier. Mais celle du travail accompli et de la complicité étroite vécue avec sa femme Solange tant à la ferme que dans leur vie familiale quotidienne.

J’y avais rencontré non pas un homme de son époque, simple ou privilégié, mais un philosophe aussi passionné d’agriculture.

Quelques années plus tard, en entrevue à sa cabane à sucre cette fois, il m’avait partagé tout l’amour et le respect qu’il portait à la vie, à la nature, aux humains. J’avais devant moi un homme humble. Un homme d’affaires plus préoccupé par l’être que par l’avoir.

En dégustant l’eau tirée de ses érables, il m’avait laissé entrevoir les racines profondes qui le liaient aux quatre générations de Bourgeois qui, avant lui, avaient travaillé la terre familiale. Il m’avait dévoilé toute l’importance qu’il accordait à ce patrimoine. Son souci de le transmettre en bonne et due forme à ceux qui en assureraient la pérennité.

Et il a su passer ce flambeau à ses enfants et petits-enfants qui, aujourd’hui, assument bellement la suite. Il peut reposer en paix!

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