3 juillet 2018
Risquant l’expulsion, des résidents de maisons mobiles lancent un cri du cœur
Par: Stéphane Martin

Joyce Pinkerton, Luc Généreux et Diane Lecours ne veulent pas que les propriétaires de maisons mobiles du Camping Marquis-de-Tracy déménagent. (Photo : Stéphane Martin)

Les propriétaires de huit maisons mobiles sur le chemin Saint-Roch de Sorel-Tracy vivent actuellement des heures d’angoisse en ignorant l’avenir qui est réservé à leur propriété. La Ville a entrepris des démarches afin de mettre fin à ce qu’il est permis d’appeler la saga du Camping Marquis-de-Tracy.

Le journal Les 2 Rives a mis la main sur une mise en demeure datée du 30 mai dernier visant à faire enlever ou démolir les bâtiments sous prétexte qu’ils y ont été implantés sans autorisation sur un terrain qui ne permet pas l’installation d’habitation de type maison mobile.

La mise en demeure est flanquée d’une résolution adoptée par le conseil municipal dictant que les installations septiques de ces maisons mobiles sont non conformes et qu’il y aurait un risque accru d’incendie causé par la promiscuité des maisons et des matériaux entreposés à l’extérieur.

Au Camping Marquis-de-Tracy, comme dans la plupart des parcs de maisons mobiles au Québec, les résidents sont propriétaires de leurs maisons, mais le terrain est loué à un autre propriétaire, Gilles Beaudin dans le cas du chemin Saint-Roch. Les procédures entamées par la Ville de Sorel-Tracy visent M. Beaudin. Les occupants des maisons se retrouvent ainsi prisonniers entre l’arbre et l’écorce. Certains d’eux ont plaidé leur cause en conseil municipal le 18 juin.

« On ne sait même pas ce qu’il va nous arriver. On ne connaît même pas les intentions du propriétaire, ça fait des années qu’il ne fait pas les travaux qu’il doit faire et nous sommes pris dans tout ça », explique Joyce Pinkerton, qui demeure à cet endroit depuis des décennies.

« On est conscient que ce ne sont pas des belles maisons luxueuses, ajoute Diane Lecours. Peut-être que la Ville préfèrerait ça à côté du golf, mais les maisons mobiles permettent aux gens à faibles revenus d’être propriétaires. C’est tout de même chez nous, nous avons élevé nos enfants ici. Je ne me vois pas aller vivre en loyer. Ici, nous sommes dans le bois, c’est notre paradis à nous. »

La Ville s’explique

Le maire de la Ville de Sorel-Tracy, Serge Péloquin, explique qu’il est de la responsabilité de Gilles Beaudin de prendre une entente avec les locataires de son terrain afin de les dédommager.

« S’il peut les déménager, nous on a des endroits prévus pour les maisons mobiles, mais ils sont complets. Il reste à vérifier si d’autres municipalités peuvent les recevoir. Nous avons envoyé une mise en demeure à M. Beaudin afin qu’il cesse ses activités dont l’usage n’a jamais été autorisé », commente Serge Péloquin.

Un ancien résident du secteur, Luc Généreux, n’est pas d’accord sur ce point. Il a en main une lettre datée de 1989 de la Ville de Tracy qui lui laisse croire que les autorités de l’époque avaient permis la présence de maisons mobiles à cet emplacement.

« Nous avons également vérifié si les maisons mobiles possèdent des droits acquis en fonction des usages. Après l’étude des anciens règlements municipaux de 1957 à nos jours, il n’a jamais été permis des maisons mobiles dans ce secteur. […] Toutefois, il vous est permis dans la zone hachurée de remplacer une maison mobile par une maison mobile ou une roulotte de camping », peut-on lire dans le document. Les maisons se trouvent dans la maison hachurée, ce qui permettrait aux résidents d’y rester.

« J’entends me battre pour mes anciens voisins et amis, laisse valoir Luc Généreux. Si un jour un juge a à prendre une décision dans ce dossier, je veux qu’il le fasse avec tous les éléments en main pour rendre un verdict éclairé. »

« Une chose est sûre, les installations sanitaires sont désuètes et ne sont plus conformes aux exigences du ministère de l’Environnement. Le service des incendies a beaucoup de difficulté à se rendre sur place, le chemin d’accès est non conforme, non carrossable par endroit et c’est encore pire en hiver. C’est d’abord pour la sécurité des gens que l’on entame ces démarches », de conclure le maire Serge Péloquin.

Le propriétaire du terrain, Gilles Beaudin, s’est montré bref dans ses commentaires. « Je ne le sais pas ce qui va se passer. On collecte moins de loyer par année que le montant de taxes que l’on paye à la ville. Je ne peux rien faire, j’attends les décisions de la ville », a-t-il dit, avant de s’empresser à raccrocher la ligne.

Les maisons mobiles sont situées sur le chemin Saint-Roch, dans le secteur Tracy. (Photo: Pascal Cournoyer)

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