3 décembre 2019
Repartir à neuf?
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit une chronique hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

Le préfet Gilles Salvas (Saint-Robert) et son suppléant Vincent Deguise (Saint-Joseph-de-Sorel), élus mercredi dernier à la MRC de Pierre-De Saurel, n’auront pas la tâche facile en 2020. Leur premier défi? Ramener l’harmonie essentielle au bon fonctionnement de cette table et au développement de la région.

Quant aux aspirants défaits, le maire de Saint-Ours, Sylvain Dupuis (à la préfecture) et celui de Sorel-Tracy, Serge Péloquin (comme préfet suppléant), ils devront, une fois leur ego remis de ce choc certain, prouver que leur priorité, quand ils siègent à cette table, est bel et bien la région.

Ainsi le « On repart en neuf » lancé par le préfet Salvas à la sortie de la rencontre de rapprochement entre les maires, le 9 novembre dernier, était plus un vœu pieux que la réalité. Cette rencontre faisait suite au retrait de Sorel-Tracy des ententes régionales sur la culture et le Plan de développement de la zone agricole. Pour les maires ruraux, boycotter une rencontre après cette annonce n’avait toutefois pas suffi à effacer l’insulte qu’ils avaient ressentie. La dernière assemblée de la MRC en témoigne largement.

D’abord, si le budget a été adopté, c’est que les maires ruraux ont pallié ce retrait en puisant l’argent nécessaire à combler le manque à gagner dans le Fonds de développement des territoires. Un fonds pas du tout destiné à financer ces programmes dont l’argent n’aurait dû provenir que des quotes-parts municipales. Mais on ne peut leur en vouloir; ils maintiennent ainsi des activités essentielles dans leurs municipalités!

Puis ils ont refusé d’élire au poste de préfet suppléant le maire de la ville-centre, comme c’était la pratique depuis la naissance de la MRC. Et ont battu, à la préfecture, son allié des dernières années. Une marque de non-confiance qui exigera un renoncement important de toute part pour rallier désormais tous les élus autour de projets collectifs.

Déjà à son cinquième mandat, Gilles Salvas devra user de tout son charme de chanteur folklorique pour y arriver. Peut-être devra-t-il recourir à des conseillers spéciaux.

D’autant que la ville-centre est gourmande. Même si elle a obtenu plus d’argent pour l’entretien des équipements supralocaux (Maison des gouverneurs, le Biophare, la piscine intérieure Laurier-R.-Ménard et le Colisée Cardin), elle veut désormais que le transport collectif hors du territoire de l’Autorité régionale de transport métropolitain (Sorel-Longueuil) en soit un défrayé régionalement. Plutôt que par les seules municipalités traversées par son transporteur, comme c’est le cas maintenant.

Rappelons qu’en 2020, Sorel-Tracy – qui paiera 5,8 M$ des 15 M$ budgétés à la MRC – recevra 2,3 M$ des autres municipalités. Sa quote-part nette s’élèvera donc à 3,5 M$.

Ce montant défraie notamment le traitement des déchets domestiques et le service de police. Il permettra l’élaboration d’un plan régional des milieux humides et hydriques, le prolongement de la piste cyclable régionale et la réalisation d’études sur la fluidité du transport. Des sujets qui affectent tous les citoyens!

L’essentiel est que personne ne perde au change. Rappelons qu’à la naissance de la MRC, le pouvoir était partagé à raison d’une municipalité, un vote. Son équilibre reposait sur la capacité de ses membres à établir des consensus. Puis le partage subséquent des voix a cherché à équilibrer les forces en présence, fondé sur la population et l’évaluation. Peut-être doit-on maintenant se rendre ailleurs en matière de gouvernance – dont on doit d’ailleurs discuter au cours des prochains mois. Aller là où la majorité n’a pas toujours priorité. Se mettre en quête de liberté et d’égalité pour tous. Là seulement, le préfet pourra dire : « On repart à neuf »!

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