12 mai 2020
Récupérer
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit une chronique hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

La Presse a encore traité, la semaine dernière, des revendications de la région pour récupérer une plus grande autonomie en matière de soins de santé à l’Hôtel-Dieu. Un pouvoir réduit avec la réforme Barrette.

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Une bataille que le maire de Sorel-Tracy, Serge Péloquin, mène depuis belle lurette, alimenté notamment par le pneumologue aujourd’hui retraité, Dr Jacques Godin.

Rappelons qu’originaire de la région, le Dr Godin a consacré 38 ans de sa vie à l’Hôtel-Dieu, aux soins attentifs de ses patients, mais a aussi milité pour l’ajout de personnels, de soins et d’équipements appropriés pour traiter les Sorelois.

La semaine dernière, une autre spécialiste attachée à l’hôpital, aussi originaire de la région, la Dre Marie-Claude Blouin, ophtalmologiste, dénonçait la paralysie bureaucratique du système de santé qui impose aux médecins sorelois des délais inacceptables dans le traitement de leurs patients. Des délais qu’elle impute aussi à la disparition des « pouvoirs locaux », ces décideurs qui connaissaient fort bien le terrain parce qu’ils y travaillaient ou siégeaient à son conseil d’administration. C’est eux qui garantissaient notamment la jonction entre les besoins concrets des usagers et les moyens d’y répondre rapidement et efficacement.

« Il devient impératif de regagner un pouvoir décisionnel local à chaque établissement », écrivait la Dre Blouin au député Jean-Bernard Émond. Revendication que le conseil municipal sorelois a aussitôt appuyée sans réserve.

Bien sûr, M. Émond reconnait que localement, la réforme a engendré des bris de services inacceptables dans certains départements. Il dit collaborer étroitement avec la ministre Danielle McCann pour ramener plus de pouvoirs décisionnels ici.

Mais il est beaucoup trop discret sur sa vision de ce que pourrait être un vrai pouvoir local récupéré et sur les éléments concrets qu’il revendique effectivement. Ses commettants doivent savoir. Cela s’impose pour les rassurer sur l’adéquation de ses démarches avec les vraies attentes et besoins de la région.

Quant au Dre Blouin, elle a prouvé une fois de plus que si l’on se tait, rien ne bouge. Que si on porte à l’attention publique des situations clairement inacceptables, on court des chances de mieux interpeller les décideurs. Comme de rassembler ceux qui constatent les mêmes situations ici ou ailleurs. Cela vaut en toutes circonstances pour tous les paliers décisionnels, qu’ils soient nationaux, régionaux ou locaux.

L’argumentation en faveur d’une correction en sera d’autant plus et mieux étoffée! Et les milieux probablement mieux desservis.

Crucial

La semaine s’est amorcée sur un certain déconfinement régional dont les règles sont déterminées en hauts lieux. Et la prochaine quinzaine est visiblement cruciale. Elle révélera la vigueur du coronavirus : vivra-t-on une seconde vague et le confinement qu’elle entrainera inévitablement? Mystère et boule de gomme!

Pourtant, comme pour tous les maux – dont la pauvreté, la violence, les préjugés – la région n’échappe pas à la COVID-19. Le nombre de personnes touchées est encore limité, mais il augmente discrètement, même qu’il a doublé en une semaine. Même si les maisons pour personnes âgées ne semblent pas affectées, les victimes du virus sont plus nombreuses qu’avant, incitant chacun à être plus respectueux que jamais des consignes de distanciation sociale. La santé de chacun en dépend!

Il faut saluer bien bas ceux qui reprennent ainsi le boulot. Comme ceux qui dans les services essentiels ont assuré la suite des choses alors qu’on apprivoise le virus. Tous sont, à divers degrés, sur la ligne de feu pour nous. À notre place. Ils témoignent d’une grande générosité, d’une indéniable solidarité et d’une certaine confiance à ceux qu’ils croisent. Quel privilège nous avons de les compter parmi les nôtres!

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