5 mars 2020
Atteinte d’hypersensibilité environnementale sévère
Rachèle Normand condamnée à un mode de vie plus que restreignant
Par: Katy Desrosiers

Rachèle Normand, atteinte d’hypersensibilité environnementale sévère, doit user de stratégie pour adapter son environnement. Photo Pascal Cournoyer | Les 2 Rives ©

Après s’être fait diagnostiquer à tort de plusieurs maladies et allergies, Rachèle Normand a découvert qu’elle était allergique aux arbres et à ses dérivés. Elle doit maintenant entièrement revoir son mode de vie afin de survivre au quotidien.

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La jeune femme de 32 ans avait des problèmes de santé inexpliqués depuis sa naissance, comme des maux de ventre et des réactions allergiques à certains produits comme des cosmétiques et des médicaments.

« Ça ne m’empêchait pas de vivre, mais depuis un an et demi, ç’a empiré. En novembre 2018, dès que je mangeais quelque chose, je faisais une réaction allergique, j’avais la face enflée. Je n’étais plus capable de me laver », explique-t-elle.

Rachèle Normand habite avec sa mère à Yamaska. Elle a passé une batterie de tests, reçu plusieurs diagnostics et les traitements associés n’ont fait qu’empirer les choses. Des spécialistes croyaient qu’elle ne prenait pas sa médication et que tout était dans sa tête. En 2018, quand la situation a dégénéré, elle a rencontré des spécialistes au Centre universitaire de santé McGill pour avoir un autre avis.

À force de tout noter ce qu’elle utilisait et consommait, une cloche a été sonnée. « Quand j’ai acheté une brosse à dents en bambou pour couper les produits chimiques, j’ai eu la peau arrachée pendant deux semaines. Ma pharmacienne aussi m’a mise sur la piste quand elle a trouvé la micro cellulose cristalline qui est dans tous les médicaments. C’est un dérivé du bambou. Elle m’a demandé si j’étais allergique au bambou. Et là, ç’a flashé! », souligne-t-elle.

Son allergologue, Dre Geneviève Genest, a alors conclu à une hypersensibilité environnementale sévère.

Ainsi, un combat pour transformer son quotidien s’est enclenché puisqu’elle doit éliminer tout ce qui est un dérivé des arbres comme le bois, le papier, le caoutchouc et le cellophane.

« Je suis contente d’avoir trouvé, parce que là, au moins, j’arrive à vivre. En novembre 2018, je n’étais plus capable de fonctionner. […] Je pensais mourir », avoue-t-elle.

L’alimentation : un casse-tête

Rachèle Normand ne peut pas consommer de produits provenant de l’épicerie. Elle ne peut manger la viande d’un animal qui a été élevé sur du caoutchouc ou des copeaux de bois et ne peut pas boire le lait d’une vache élevée dans les mêmes conditions.

Par chance, quelques producteurs ont accepté de l’accommoder, ce qui lui permet d’avoir un peu de lait, de viande, d’oeufs et quelques légumes comme des tomates et des patates.

Pour avoir du sel, sa mère a recueilli des chaudières d’eau salée en Gaspésie qu’elles ont fait bouillir. Aussi, elles ont fait sécher des algues pour l’iode.

Cependant, plusieurs producteurs sont réfractaires lorsqu’elle les contacte. Elle a essuyé des refus de pêcheurs et de producteurs maraîchers. Mme Normand est donc à la recherche de bons samaritains, prêts à adapter un peu leurs pratiques ou tout simplement lui laisser l’accès à une partie de champ brut avec des produits de la terre qui n’ont pas été arrosés par un boyau d’arrosage en caoutchouc afin de mieux manger et regagner de l’énergie.

Comme elle ne peut consommer de l’eau embouteillée ni de l’eau de l’aqueduc, pour le moment, elle utilise de l’eau d’un puits à la résidence de son grand-père à Saint-Bonaventure. Dans la région, l’eau souterraine est trop salée pour installer des puits. Ainsi, la résidence familiale sera vendue afin d’aller s’installer dans une municipalité plus près de Drummondville où l’eau souterraine est adéquate. Le hic, c’est que plusieurs refusent qu’un puits soit creusé si le secteur est desservi par le réseau d’aqueduc municipal.

Outre l’alimentation, Rachèle Normand doit être vigilante avec les objets de tous les jours. Son pommeau de douche a été adapté pour y enlever le caoutchouc, elle a dû changer ses vêtements, elle ne peut utiliser certains électroménagers qui ont des pièces en caoutchouc et ses meubles ont dû être remplacés. Aussi, elle a éliminé de sa vie les mouchoirs et le papier hygiénique.

Tout donner pour travailler

« Je n’ai pas beaucoup d’énergie. C’est ma mère qui me fait vivre puisque je peux travailler comme cinq heures par semaine. J’essaie d’avoir de l’aide du gouvernement. […] Eux [le gouvernement], ils diraient « mets-toi sur le B.S. » mais moi, ce n’est pas ça que j’ai le goût de faire. J’ai fait l’université. C’était mon rêve d’être kinésiologue », lance-t-elle. En Ontario, cette condition est reconnue comme une maladie, alors qu’elle ne l’est pas au Québec.

Aussi, le Dr Amir Khadir, spécialisé en microbiologie-infectiologie, suit son dossier. Il tentera de voir avec ses collègues situés dans d’autres pays si quelqu’un est atteint de la même condition et si une solution existe pour l’aider.

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