7 octobre 2015
Producteurs laitiers, de volailles et d’œufs sont affectés
Par: Louise Grégoire-Racicot
Les producteurs laitiers de la région s’inquiètent de l’entente survenue le 5 octobre sur le Partenariat transpactifique. | Photo TC Média - Archives

Les producteurs laitiers de la région s’inquiètent de l’entente survenue le 5 octobre sur le Partenariat transpactifique. | Photo TC Média - Archives

Les producteurs agricoles avaient raison de craindre que l’entente Partenariat transpacifique (PTP) affecte la gestion de l’offre dont ils bénéficiaient jusqu’à maintenant.

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L’entente conclue le 5 octobre par les ministres du Commerce international de 12 pays, dont le Canada, ouvrira désormais une partie de leurs marchés aux producteurs étrangers – jusqu’à 3,25% pour les produits laitiers, 2,1% pour le poulet et 2,3% pour les œufs.

François Cournoyer, 1er vice-président du syndicat des producteurs laitiers de la Montérégie-Est et lui-même producteur laitier à Sainte-Victoire-de-Sorel, savait fort bien que la gestion de l’offre était au cœur de la négociation.

Il se dit un peu soulagé que cette ouverture soit limitée à 3,25% et non à 10%, comme les Américains le voulaient. « Je crois bien que nos manifestations ont porté fruit. »

Mais cette concession fera mal aux producteurs, dit-il. « On aura un manque à gagner. Personnellement, il se chiffrera de 1000$ à 1500$ par mois. »

Le gouvernement actuel a promis, en compensation, un programme de 4,3 milliards de dollars. « Mais qu’arrivera-t-il si on change de gouvernement? Et ces compensations, on ne sait comment elles seront calculées. On y croira quand on aura reçu un chèque », dit-il.

Il s’inquiète aussi de la qualité des importations. « Aux États-Unis, ils ajoutent de la somatropine pour stimuler la production de lait et des antibiotiques en quantité pour combattre les infections. Ici, c’est défendu et c’est bien comme cela. Pas question de revenir en arrière. Il faudra continuer d’exercer des pressions pour que ce lait n’entre pas ici. »

Des œufs américains?

Dans la région, la ferme Saint-Ours est la plus importante productrice d’œufs biologiques au Canada. Un de ses propriétaires, Serge Lefebvre, est aussi président du groupe Nutri. Il a toujours défendu la gestion de l’offre.

« Elle nous permet d’offrir aux consommateurs des produits de qualité qui rencontrent des normes très élevées au niveau de l’innocuité. Et aux producteurs de bien vivre de leur production. »

Il s’est rendu à Atlanta la semaine dernière pour suivre de près ces discussions. « L’impact est assez important pour nous. 2,3% du marché, ce n’est pas rien. D’ailleurs, le gouvernement le savait puisqu’il a déjà prévu verser aux producteurs des compensations de 4,3 milliards de dollars pour atténuer. Il s’agira aussi de voir comment, dans les détails, les choses s’arrangeront. Mais chacun sait que le diable est dans les détails. Ça nous inquiète. »

Il se dit satisfait de la façon dont les producteurs ont manifesté leurs inquiétudes avant la fin de ces négociations et comment les ministres québécois Jacques Daoust et Pierre Paradis ont défendu la cause des producteurs.

Les fermes perdantes

Quant au député péquiste de Richelieu, Sylvain Rochon, il conclut que les fermes familiales québécoises sont les victimes collatérales de cette entente qui fait aussi des gagnants, admet-il. « Grâce aux concessions faites par Ottawa, les autres pays pourront profiter de la stabilité de notre marché, alors que leurs gouvernements subventionnent leurs industries à coups de milliards. Ce sont les 7200 fermes des secteurs sous gestion de l’offre qui vont en subir les conséquences. »

Le premier ministre sortant du Canada, Stephen Harper, a parlé du «plus grand partenariat de l’histoire du monde» dans sa campagne électorale, tout en promettant notamment des compensations aux secteurs de l’agriculture et de l’automobile pour compenser des possibles pertes de revenus en lien avec cet accord.

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