15 novembre 2016
Poursuite de 1,2 M$ pour un nouveau pont fissuré
Par: Julie Lambert
Le terrain est situé près de la Maison Leduc, à Sainte-Victoire-de-Sorel. | Photo: TC Média - Pascal Cournoyer

Le terrain est situé près de la Maison Leduc, à Sainte-Victoire-de-Sorel. | Photo: TC Média - Pascal Cournoyer

Le pont au-dessus de la 1re rivière Pot au Beurre, sur la route 239, doit être reconstruit partiellement malgré qu’il ait été complété en 2013. C’est pourquoi le ministère des Transports (MTQ) a déposé, le 21 octobre, une poursuite de 1,2 M$ contre les quatre entreprises responsables des travaux.

Dans la demande introductive d’instance déposée au palais de justice de Longueuil, le ministère a remis en cause le travail effectué par les quatre entreprises qui ont travaillé au projet de reconstruction du pont.

Le MTQ souhaite que les entreprises, solidairement, soient condamnées à verser la somme, avec les intérêts et l’indemnité additionnelle prévue par la loi ainsi que les frais de justice.

Ces entreprises sont Norda Stelo inc. (à cette époque, elle opérait sous le nom de Roche), Grandmont et fils Itée, les consultants S.M. inc. et Acier Orford inc. L’entrepreneur Grandmont et fils Itée a obtenu le contrat de 1,7 M$ en juillet 2013.

Située sur la route 239 à l’entrée du village de Sainte-Victoire-de-Sorel, la structure a eu des problèmes d’armature lors de sa construction. Cette faiblesse aurait causé une fissuration du béton, à la jonction de la béquille et de la dalle du portique en 2014, soit un an après la fin des travaux.

Après des analyses de la problématique, un comité du MTQ a conclu « à la nécessité de reconstruire le pont le plus tôt possible selon les normes et les règles de l’art ». Cette reconstruction partielle devrait coûter 1,2 M$, estime le ministère.

Le MTQ reproche à Norda Stelo inc. d’avoir commis des fautes lors de son intervention au chantier en omettant d’exiger de l’entrepreneur qu’il déplace toutes les barres d’armature et en omettant d’évaluer l’impact de sa modification sur la capacité de l’ouvrage. Ces fautes, selon le ministère, auraient contribué à causer la perte du pont.

Le ministère accuse aussi Grandmont et fils Itée et Acier Orford d’avoir commis une faute en installant les barres d’armature de façon contraire aux plans soumis par l’entreprise Roche, qui a fait les plans et devis.

Le MTQ a également soulevé l’omission de l’entreprise Consultants S.M. inc. qui n’a pas exigé de l’entrepreneur qu’il respecte les plans soumis par Roche.

Reconstruction prévue en 2018

Les citoyens de Sainte-Victoire-de-Sorel devront une fois de plus subir les impacts de travaux sur le pont situé sur la route 239. Les nouveaux travaux sont prévus en 2018, des fissures obligeant sa réparation trois ans après sa reconstruction.

Le maire de la municipalité, Jean-François Villiard, est au courant depuis cet été des démarches devant la justice du ministère des Transports du Québec (MTQ) (voir autre texte).

Le maire souligne que les représentants du MTQ ont expliqué avoir terminé de monter la preuve et que maintenant, ils pouvaient commencer à entamer les démarches pour les nouveaux travaux.

« Le pont doit être refait parce qu’il y aurait eu des problèmes de conception et de fabrication. On a demandé que les travaux soient réalisés avant le 1er avril 2018 parce qu’ils durent entre huit et 12 semaines. On ne veut pas que ce soit pendant le temps des récoltes. Les agriculteurs empruntent ce pont régulièrement, alors ce serait un gros problème », mentionne M. Villiard.

Depuis janvier 2015, il y a une limitation de la charge sur le pont pour préserver sa structure et assurer la sécurité des citoyens. Une intervention seulement préventive, assure la porte-parole du ministère, Stéphanie Langelier.

« La reconstruction est une des options actuellement très sérieusement analysées. Il n’y a aucune date précise d’échéancier pour ce dossier. Normalement, on tient au courant nos collaborateurs dans ce genre de dossier », conclut-elle.

Réactions des principaux intervenants dans la poursuite

– « Nous n’avons appris la nouvelle qu’en recevant la poursuite. Les travaux ont tous été inspectés après leur réalisation en octobre 2013. Nous avions eu des échanges avec le client et l’entrepreneur général qui ont dit que tout était conforme. Nous n’avons jamais été mis au courant de cette problématique » – la directrice générale d’Acier Orford inc. Catherine Marquis

– « On ne commentera pas un dossier de poursuite qui est actuellement en cours » – la porte-parole du ministère des Transports, Stéphanie Langelier

– « La compagnie ne fera pas de commentaires » – le conseiller en communication pour Les Consultants SM, Jean-Alexandre D’Etcheverry

– Les deux autres compagnies Grandmont et fils ltée et Norda Stelo n’ont pas répondu à une demande d’entrevue.

Exposé des faits du MTQ

1. 21 juillet 2010 : Roche est engagée pour la préparation d’un avant-projet.

2. 7 juin 2011 : Roche a le contrat de préparer les plans et devis.

3. 21 mars 2013 : Roche fait une mise à jour des plans et devis et est engagé pour l’accompagnement au projet.

4. 4 juillet 2013 : Les consultants S.M. inc obtient le contrat pour la surveillance des travaux.

5. 15 juillet 2013 : Grandmont et fils Itée est choisi pour être l’entrepreneur général. Acier Orford inc. est engagé par l’entrepreneur pour la pose de l’armature.

6. 6 août au 6 novembre 2013 : les travaux de démolition et de reconstruction ont lieu.

7. 2 octobre 2014 : Les consultants S.M.relève un problème de congestion des barres d’armature au moment de la poser et requiert l’intervention de Roche.

8. 3 octobre 2013 : un représentant de Roche se présente au chantier et produit une note modifiant les plans et devis afin de régler le problème.

9. 17 décembre 2013 : Les consultants S.M. accepte les travaux avec réserves. L’acceptation sans réserve date du 12 septembre 2014.

10. 6 mars 2014 : un comité technique du MTQ conclut que le pont nouvellement construit n’offre pas le niveau de fiabilité et de durabilité attendu d’une structure neuve et n’est pas sécuritaire à moyen et long terme.

11. 14 décembre 2014: un comité du MTQ conclut à la nécessité de diminuer immédiatement les charges permises sur le pont.

12. 15 décembre 2014 : une inspection du pont révèle une fissure du béton.

13. 17 décembre 2014 : un comité du MTQ conclut à la nécessité de reconstruire le pont.

Coût de la reconstruction en 2013

Coût des travaux (Grandmont et fils Itée) 1 658 281,85$

Coût de la surveillance des travaux (Les Consultants S.M.) 161 933$

Réalisation des plans et devis (Norda Stelo inc.) 75 000$

Mise à jour des plans et devis (Norda Stelo inc.) 25 239,15$

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