17 février 2021
Non-respect des sentiers de motoneige
Plus de producteurs agricoles s’impatientent
Par: Katy Desrosiers

Le président de l’UPA Richelieu-Yamaska, Sylvain Joyal, est producteur de grandes cultures à Yamaska et motoneigiste. Photo Pascal Cournoyer | Les 2 Rives ©

Le président du Club des Neiges Sorel-Tracy, Benoit Thivierge, demande à ses membres de respecter les consignes concernant les sentiers balisés. Photo Pascal Cournoyer | Les 2 Rives ©

La province connaît une recrudescence de motoneigistes qui sortent des sentiers balisés pour circuler dans les champs. La région ne fait pas exception. De plus en plus d’agriculteurs refusent de fermer les yeux et songent à révoquer leurs droits de passage.

Publicité
Activer le son

« C’est du monde qui manque un peu de respect. […] C’est encore plus dur à gérer cette année. Malheureusement, il y a des droits de passage qui vont se perdre. Chez nous, dans l’ensemble, on est quand même chanceux, mais ce n’est pas le cas partout », souligne le président du Club des Neiges Sorel-Tracy, Benoit Thivierge.

Le président de l’UPA Richelieu-Yamaska, Sylvain Joyal, reçoit d’agriculteurs de la région des photos démontrant la problématique. « J’en ai eu beaucoup de Saint-Robert, par exemple. Je ne sais pas s’ils ont fait une plainte à la municipalité ou au Club, mais quand ça va sur les réseaux sociaux, je sais qu’il y a des membres du Club des Neiges qui les voient et beaucoup ne sont pas contents. Ils disent de faire attention pour ne pas perdre les droits de passage », raconte M. Joyal.

Un producteur agricole peut révoquer un droit de passage sans préavis. Ainsi, une portion de tracé devrait être fermée et éventuellement, une autre voie devrait être aménagée.

« C’est ça qu’il ne faut jamais oublier. Ils sont chez eux. Ce sont leurs terres. Si je vais briser ton perron, ça se peut que tu ne veuilles plus que je ne vienne chez vous jamais. C’est un peu le même principe. Il y a des gens dans le nord qui ont été obligés de fermer des sentiers. Ici, ce n’est pas arrivé encore. On a géré plus serré. On discute souvent avec nos propriétaires cultivateurs, on essaie d’expliquer que ce n’est pas tous nos membres qui font ça. Des fois, ce n’est pas des membres, ça peut être des voisins », mentionne M. Thivierge.

M. Joyal, lui-même motoneigiste, est producteur de grandes cultures comme plusieurs producteurs de la région. Ceux-ci possèdent de vastes terres. Il est avantageux pour le Club de s’entendre avec eux puisqu’une seule entente résulte en une bonne distance de sentier. Autrement, le Club devrait signer plusieurs ententes avec plusieurs petits producteurs pour avoir la même distance.

« Ils ont tout à perdre en ce moment les motoneigistes et les VTT de ne pas respecter les sentiers parce que les producteurs commencent à en avoir ras-le-bol. Dans le passé, il y a eu des moyens de pression parce qu’ils passaient gratuitement et nous on payait des grosses taxes agricoles. On a fini par trouver un terrain d’entente, mais maintenant, non seulement on continue d’endurer les motoneiges qui passent dans nos champs, ils ne passent plus sur les sentiers », explique M. Joyal.

« Il y en a qui disent que les cultivateurs sont moins patients, ajoute M. Thivierge. Il ne sont pas moins patients, ils sont chez eux. […] Il faut respecter les biens d’autrui », rappelle-t-il.

Protection des champs

Lorsque les motoneiges sortent des sentiers, elles endommagent les champs, ce qui entraîne des dépenses supplémentaires et une diminution de la production pour les agriculteurs.

Aujourd’hui, on compte de plus en plus de nouvelles cultures comme les cultures d’automne, plus fragiles. « Il faut abriter le sol. Quand il est écrasé par la neige sous compression, où on a passé souvent, le plant meurt l’hiver parce que ça gèle trop profondément. Si on recule de 20 ou 25 ans, il y avait moins de luzerne, de cultures fragiles », relate Sylvain Joyal.

Le producteur note aussi un endroit où de petits sapins de plantation ont été détruits par des motoneiges.

Benoit Thivierge comprend la situation. « Déjà nous, avec la surfaceuse, on brise le champ, il ne faut pas se le cacher. À cet endroit-là, ça pousse beaucoup moins bien », conclut-il.

Des pistes de solutions pour protéger les champs

Afin de contrôler la problématique des motoneigistes qui sortent hors des sentiers balisés, le Club des Neiges Sorel-Tracy s’assure de faire de la sensibilisation auprès de ses membres. La Sûreté du Québec est aussi de la partie.

En janvier et février, trois samedis de suite, le Club des Neiges a demandé l’aide de la Fédération des Clubs de Motoneigistes du Québec (FCMQ) et 14 motoneigistes sont venus dans la région pour faire de la prévention dans les sentiers. La Sûreté du Québec s’est jointe à certains moments.

« On est rendu à donner des contraventions parce que malheureusement, certains ont plus de misère à comprendre. […] Oui ç’a été une dure journée pour certaines personnes, mais ç’a fait un grand bien parce que j’ai beaucoup moins de traces cette semaine en dehors des balises. Le message passe », raconte le président du Club des Neiges, Benoit Thivierge.

De la patrouille a aussi été réalisée pour la vitesse, entre autres près des rues Auber et Codling à Sorel-Tracy, où des motoneiges passent pour se rendre vers Sainte-Anne-de-Sorel. Si une problématique était soulevée au niveau de la vitesse dans ce quartier résidentiel, la Ville de Sorel-Tracy pourrait révoquer son droit de passage et ainsi, toute la portion de Sainte-Anne-de-Sorel serait coupée du circuit.

Des amendes aux clubs?

Le président de l’UPA Richelieu-Yamaska, Sylvain Joyal, confirme que les clubs sensibilisent leurs membres. Il constate aussi que les producteurs parlent de plus en plus de la problématique sur les réseaux sociaux afin qu’elle soit connue.

Toutefois, pour certains motoneigistes, il affirme que la sensibilisation ne suffit pas. M. Joyal croit qu’en donnant des amendes directement aux clubs, les membres qui respectent les consignes tenteront davantage de sensibiliser ceux qui ne les respectent pas, puisqu’ils ne voudront pas que le coût de leur carte de membre augmente.

« Jamais le Club ne sera capable de contrôler tous ses membres, ça, je suis d’accord, mais c’est peut-être une façon », avance-t-il.

Des dédommagements ont déjà été demandés à la FCQM, mais cette dernière avait refusé, selon M. Joyal. Il explique que même si les motoneiges restent sur les sentiers, le tout occasionne des désagréments. Entre autres, des dommages peuvent être faits à des ponceaux, ce qui nécessite des réparations. Aussi, chaque année, M. Joyal ramasse sur ses terres des bâtons que les bénévoles du Club n’ont pu ramasser lorsqu’ils sont passés en fin de saison parce qu’ils étaient encore gelés dans le sol.

« Il y a toujours un petit quelque chose. Là, on appelle le Club. Il y en a qui ne s’occupent pas de ça, mais dans mon cas, pour garder une bonne relation, je demande au Club de venir faire signer le droit de passage une fois par an. Si j’ai trouvé des piquets, quand le gars vient, je lui dis qu’ils n’ont pas tous été ramassés et je lui donne. […] C’est des petites affaires comme ça qui devraient peut-être se faire en plus grande quantité », songe M. Joyal.

Février est le mois de la motoneige et de l’environnement. Dans ce contexte, la Fédération des Clubs de Motoneigistes du Québec et l’UPA rappellent d’adopter des pratiques respectueuses et de demeurer sur les sentiers.

image