13 mars 2020
Perchaude : les impacts de l’agriculture remis en doute
Par: Sébastien Lacroix
L'Association des pêcheurs du lac Saint-Pierre milite pour le retour de la pêche à la perchaude en 2022.
Photothèque | Les 2 Rives ©

L'Association des pêcheurs du lac Saint-Pierre milite pour le retour de la pêche à la perchaude en 2022. Photothèque | Les 2 Rives ©

Souvent associés aux problèmes de la faible quantité de perchaudes dans le lac Saint-Pierre au cours des dernières années, les impacts néfastes de l’agriculture sont qualifiés de « mineurs, négligeables ou nuls » par l’Association des pêcheurs du lac Saint-Pierre.

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En croisade pour faire lever partiellement le moratoire imposé jusqu’en 2022, l’Association se penche sur cette question dans un fascicule/étude disponible au www.aplsp.com. Dans un plaidoyer s’appuyant sur une quarantaine de sources documentaires, les auteurs souhaitent apporter un nouvel éclairage scientifique sur la situation.

Ils remettent d’abord en doute que les perchaudes soient victimes de la détérioration du lac Saint-Pierre, alors que la qualité de l’eau s’est grandement améliorée par rapport aux années 1980, où la pêche était pourtant abondante.

La charge de phosphore est effectivement trois fois moins élevée qu’à cette époque, sans compter que les eaux industrielles sont rigoureusement traitées, qu’une très grande partie des municipalités traitent leurs eaux usées et que les rejets agricoles sont beaucoup mieux encadrés.

Pour ce qui est de la faible croissance des perchaudes, qui a souvent été pointée du doigt pour douter de leur survie à un premier hiver, les auteurs avancent une autre théorie. Ils font valoir qu’étant victimes d’une forte prédation causée par l’appétit insatiable de cormoran à aigrettes, les perchaudes auraient adopté une nouvelle stratégie.

Elles auraient opté pour une réduction de leur croissance pour augmenter leur énergie et ainsi allonger leur cycle de vie. De plus, la surpêche dont l’espèce a fait l’objet pendant trois décennies aurait fini par jouer sur son hérédité. Puisque, chaque année, ce sont les plus gros poissons qui étaient capturés.

Ils remettent aussi en doute le manque de réserve et de nourriture qui est évoqué pour expliquer que les perchaudes ont du mal à survivre à un premier hiver. Ils rappellent que le lac Saint-Pierre est un élargissement du fleuve, alors que les travaux ont été effectués sur des lacs.

Une réalité qui n’est pas la même puisqu’il y a souvent des renouvellements complets de l’eau dans le fleuve contrairement aux autres types de lacs. Ceci fait aussi en sorte que les jeunes perchaudes bénéficient d’une dérive constante de nourriture à capter sans déployer d’efforts.

L’Association remet aussi en doute le fait que la perte d’herbiers aquatiques nuirait à la perchaude, comme l’a fait valoir le comité aviseur pour expliquer leur faible croissance. D’autant plus que de l’avis des auteurs, il demeure énormément d’herbiers résiduels au fond du lac Saint-Pierre.

Ceux-ci soulignent plutôt qu’il y aurait trop de macrophytes au point où elles créent une obstruction entre les masses d’eau transitant dans le lac Saint-Pierre. Ce qui aurait dégradé la qualité de l’eau en agissant comme isolant. Or, leur diminution contribuerait plutôt à une meilleure répartition des masses d’eau et une meilleure dilution des nutriments.

Par ailleurs, les pertes d’habitats de fraie de la perchaude au lac Saint-Pierre qui ont été véhiculés ne représenteraient pas la réalité. Car les superficies seraient nettement sous estimées, fait valoir le fascicule.

Les auteurs soulignent que les estimations sont basées sur la présence ou non d’un type précis de végétation, alors que celle-ci serait facultative à la fraie. Ils soulignent que des validations terrain devraient être faites dans les champs en jachère, en friche, en pâturage et non labourés au printemps.

Les érablières argentées sont aussi exclues comme zone de fraie, alors que d’importants dépôts d’œufs de perchaude ont été observés dans des peuplements inondés. Ça ne tient pas compte non plus des grands tributaires, de leurs zones inondables, leurs méandres et marais attenants. Des hectares qui se comptent pourtant en milliers en ajoutant les petits tributaires, les tributaires orphelins, les fossés de drainage permanents ou temporaires et leurs bandes riveraines.

« Il est pourtant de notoriété publique que les pêcheurs commerciaux se battaient pour installer leurs verveux à l’embouchure de ces cours d’eau afin d’y intercepter les perchaudes qui s’y reproduisaient en grand nombre au printemps », souligne l’Association.

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