23 mars 2021
Alors que le ministère de l’Éducation dit rembourser les frais COVID-19
Pas de recyclage des masques de procédure dans les écoles en raison des coûts trop élevés
Par: Jean-Philippe Morin

Les masques de procédure ne sont pas recyclés dans les écoles de la région. Photo Pascal Cournoyer | Les 2 Rives ©

Malgré qu’il dit avoir étudié en profondeur la possibilité de récupérer tous les masques de procédure dans ses écoles, le Centre de services scolaire (CSS) de Sorel-Tracy évoque le coût trop élevé de cette démarche pour le faire, si bien que chaque semaine, des dizaines de milliers de masques sont jetés à la poubelle.

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Chaque jour, le CSS doit fournir deux masques de procédure à chaque élève de la première année à la cinquième secondaire en plus de la formation aux adultes, ainsi qu’aux membres du personnel.

Le Recyclo-Centre offre un service de récupération de ces masques pour les entreprises. À 15 sous du masque, il en coûterait 7000 $ par semaine pour les récupérer. Avec un calcul rapide, on peut donc comprendre qu’entre 45 000 et 50 000 masques sont jetés à la poubelle par semaine.

« Bien que nous sommes convaincus que les prix soumis par les différentes entreprises de récupération (ici Recyclo-Centre) sont raisonnables, […] nous estimons qu’il s’agit de sommes importantes. Concrètement, nous disposerions de 7000 $ de moins par semaine pour les services assurant la réussite et le bien-être des élèves. Ainsi, nous sommes à étudier les autres solutions possibles afin que nous puissions procéder à la récupération des masques, sans que cela n’ait un impact majeur sur les services aux élèves », indique Laurence Cournoyer, directrice des Services du secrétariat général et des communications du CSS de Sorel-Tracy, dans une communication écrite envoyée au journal.

Selon Mme Cournoyer, il s’agit d’une orientation commune au sein de l’ensemble des centres de services scolaires de la Montérégie-Estrie « considérant les coûts astronomiques associés aux possibilités de récupération actuelles ».

« Soyez également assuré que nous continuons, dans l’intervalle, d’étudier toutes les autres possibilités afin de procéder à la récupération des masques. […] Soyez assuré que le respect de l’environnement est une valeur qui nous est chère, que ce soit dans l’étude de faisabilité de la récupération des masques ou dans toutes autres actions qui sont déjà posées au quotidien dans nos établissements », ajoute Laurence Cournoyer.

Crainte de se faire rembourser en partie

Pourtant, dans un article de La Presse canadienne écrit le 20 janvier dernier, l’attachée de presse du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a été sans équivoque : les dépenses encourues pour l’achat et le recyclage de ces masques seront remboursées aux centres de services scolaires.

« Nous sommes confiants que ces masques ne devraient pas se retrouver […] dans l’environnement. Des entreprises, dont plusieurs sont québécoises, […] offrent la récupération et le traitement des masques jetables. Nous invitons bien entendu les écoles à se prévaloir de ces services », a déclaré Geneviève Côté à La Presse canadienne.

Or, le CSS de Sorel-Tracy craint ne pas être payé par le ministère de l’Éducation (MEQ) pour les masques envoyés au Recyclo-Centre, nous révèle Mme Cournoyer.

« Bien que le MEQ ait annoncé que les frais engendrés par l’achat et la récupération des masques seraient, dans le futur, remboursés aux centres de services scolaires, nous n’avons aucune indication claire ni certitude du montant exact qui nous sera alloué. D’ailleurs, par le passé, nous n’avons été compensés que partiellement pour l’ensemble des dépenses COVID-19 », écrit la porte-parole du CSS de Sorel-Tracy.

Possible de déclarer la dépense

Dans une communication écrite, le MEQ indique que les directions générales des centres de services scolaires ont été informées le 15 janvier que la dépense liée au traitement écoresponsable des masques de procédure en milieu scolaire est considérée comme une dépense supplémentaire encourue dans le cadre de la pandémie. Les organismes scolaires peuvent ainsi déclarer ce type de dépenses dans le recensement prévu à cet effet.

« En aucun temps, les services assurant la réussite et le bien-être des élèves ne doivent être touchés pour le recyclage des masques », insiste le porte-parole Bryan St-Louis, en ajoutant que le ministère va communiquer avec le CSS de Sorel-Tracy.

Quant aux délais, le MEQ dit faire le nécessaire afin de rembourser les dépenses supplémentaires liées à la COVID « le plus rapidement possible afin d’éviter des déficits pour les CSS ».

Selon M. St-Louis, les organismes scolaires ont bénéficié d’un financement supplémentaire pour offrir leurs services et honorer leurs obligations pour l’année scolaire 2019-2020. « Pour l’année scolaire 2020-2021, le ministère suit l’évolution de la situation et s’assure que le financement pour les services éducatifs ne soit pas affecté par les dépenses supplémentaires liées à la COVID-19 », conclut le porte-parole.

Le député espère un changement

Le député de Richelieu, Jean-Bernard Émond, espère que le CSS de Sorel-Tracy recyclera les masques de procédure bientôt. « Le projet de L’Atelier – Centre de travail adapté par l’équipe du Recyclo-Centre concernant la récupération des masques de procédure est un incontournable. Il répond à un enjeu environnemental en plus de contribuer à la mission d’insertion sociale de l’organisme. Notre gouvernement a déjà autorisé des montants afin de permettre au Centre de services scolaire de procéder à la récupération des masques. J’ai bon espoir que très bientôt, les masques utilisés par les élèves de la région prendront le chemin de la récupération vers l’équipe du Recyclo-Centre. »

Un service prisé par les entreprises

Le directeur général du Recyclo-Centre et de l’Atelier – Centre de services adaptés, Mario Fortin, se réjouit de voir plusieurs entreprises embarquer dans le projet de récupération de masques.

Desjardins, la Ville de Sorel-Tracy, Opto-Réseau, l’Office de tourisme de la région de Sorel-Tracy et Provigo sont quelques-unes des organisations qui ont adhéré à la démarche et qui déboursent 15 sous du masque au Recyclo-Centre.

« On considère que c’est un coût acceptable, compte tenu qu’il faut payer pour s’en débarrasser adéquatement et qu’il faut aussi payer nos employés. En plus, le démantèlement des masques a une valeur ajoutée. Les cordons vont quelque part, la barrette d’aluminium aussi, puis le morceau de tissu est fondu pour faire des billettes de plastique. On fait faire ça par des personnes handicapées qui ont la chance de travailler », souligne M. Fortin, qui se dit fier de l’engouement des entreprises de la région.

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