13 février 2018
Parole de patiente!
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit un éditorial hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

Une infirmière auxiliaire de l’Hôtel-Dieu a été suspendue, la semaine dernière, pour avoir refusé de faire du temps supplémentaire obligatoire. Elle se disait fatiguée du quart de nuit qu’elle venait de compléter avec des effectifs réduits.

Publicité
Activer le son

Il faut avoir été hospitalisé plusieurs semaines à l’Hôtel-Dieu de Sorel – ce fut mon cas l’été dernier – pour comprendre l’importance que revêt, pour la personne malade, le personnel soignant dont les infirmières, auxiliaires et préposés aux bénéficiaires.

La maladie dépouille souvent celui qui souffre, de son autonomie, voire de sa confiance en la vie et en sa capacité de sortir vivant de cette terrible étape.

Le patient ressent le besoin de comprendre ce qui arrive, la gravité de son état et ce qui l’attend. De recevoir des consignes claires lui aidant à retrouver l’énergie nécessaire à sa convalescence.

C’est à l’infirmière qui lui est assignée, qu’il confie souvent ses besoins, questionnements et inquiétudes.

C’est elle qui garde l’œil sur lui et note ses observations pour le médecin traitant. La plupart du temps, son sourire est un baume certain.

Elle propose parfois même des traitements plus appropriés pour soulager le patient. J’ai moi-même souvent bénéficié de ces initiatives.

Sa présence est précieuse. Elle incarne en quelque sorte l’humanisation des soins. Elle donne à l’organisation hiérarchique, technique et structuré de l’hôpital, une âme.

Mais encore faut-il qu’elle ait l’esprit libre et le temps d’entendre ce que les malades ont à dire. Qu’elle trouve les réponses à apporter. Que son horaire et sa charge de travail le lui permettent.

Qu’on ne lui impose pas couramment du temps supplémentaire obligatoire, ou de travailler sur des équipes volantes si elle ne le veut ou ne le peut pas (fatigue, obligations familiales, etc.). Car cela priverait le patient de cette relation stable nécessaire à son état.

Voilà un travail qui demande beaucoup: présence, écoute, observation, force, endurance, calme, patience, capacité d’adaptation notamment.

Autant de raisons de ne pas imposer régulièrement aux soignants plus de huit heures de travail par jour, évitant ainsi d’ajouter au risque accru d’accidents et à une charge indue de travail. D’autant qu’à plus long terme, cela peut mener à l’épuisement professionnel, comme c’est souvent le cas actuellement.

Et si ces soignants ne se plaignent généralement pas aux patients de devoir étirer leur horaire du jour, ces derniers, le moindrement attentifs, peuvent aisément sentir, dans leur regard moins allumé, leurs pas moins rapides, leurs petits soins nocturnes souvent retardés, la preuve flagrante de leur surcroit de fatigue et de travail.

Ainsi il ne faut pas voir dans l’appel que lancent leurs représentants syndicaux, un quelconque appel corporatif. Mais plutôt un cri d’alarme senti et compréhensible.

Un cri non destiné à décrier le système de santé, mais un appel à plus d’humanisation des soins pour tous, soins dispensés dans les hôpitaux, dont l’Hôtel-Dieu de Sorel.

Un cri porteur du désir d’améliorer la santé de tous, patients et soignants, foi de patiente!

image