19 juin 2018
Ouvrir ses ailes
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit un éditorial hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

Il y a 35 ans cette année que La Maison d’hébergement La Source existe. Source de vie pour les femmes en difficulté de la région, elle les accueille, les accompagne. Elle les outille pour se reconstruire, fidèles à ce qu’elles sont vraiment. Plus jamais seules. Désormais debout. C’est la beauté de sa présence au milieu.

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Née de la préoccupation de certaines – dont Huguette Martin – qui avaient repéré des femmes traversant difficilement le quotidien perturbé de leur vie de couple et de famille, elles ont inventé ce refuge où les recevoir ponctuellement. Souvent avec leurs enfants. Le temps qu’elles voient plus clair dans leur situation et trouvent comment pourvoir un environnement plus sain à leur progéniture.

Tout n’a pas été simple. Il a fallu trouver une maison. Puis des fonds pour l’animer. Dénicher des personnels qui ne jugeraient pas mais accompagneraient.

Des denrées rares à cette époque où la majorité des gens ne comprenait pas vraiment que des bénévoles ensemble, laïcs en plus, s’impliquent ainsi.

C’était d’ailleurs l’époque où plusieurs femmes – dont j’étais – découvraient, stupéfiées, ce trop-plein d’amour qui amenait souvent d’autres femmes à subir sans mot dire, des violences de tout genre.

Car ces choses ne se disaient pas aisément. Spontanément.

Occupées à débattre publiquement de la place des femmes dans la société et de leurs droits, même les plus féministes commençaient tout juste à traiter de la sphère privée du quotidien. De l’histoire de Mme Tout-le-monde. De l’estime d’elle-même qu’elle n’avait pas appris à cultiver.

Plusieurs femmes ne soupçonnaient souvent même pas que cette estime était indispensable à la vie pour grandir. Pour construire une humanité digne de ce nom.

Ainsi La Source fut-elle une ressource indispensable qui a fait grandir la région. Elle a pu, avec un personnel à l’écoute, établir des connivences avec ceux et celles dont la priorité était que tous puissent mieux s’ouvrir grand les ailes.

C’est à La Source que plusieurs femmes ont appris à faire confiance. À se faire confiance. À comprendre ce qu’elles vivaient. C’est là souvent qu’elles ont brisé le silence et la solitude pour la première fois. Qu’elles ont surtout découvert ne pas être seules, voire honteuses, dans leur galère.

Mais sa mission est loin d’être terminée. Encore aujourd’hui, la maison est pratiquement toujours pleine. Inlassablement, elle reçoit annuellement à bras ouverts une centaine de femmes de la région et leurs enfants, issus de tous les milieux, de tous les âges et couches sociales.

Même si certains la qualifient encore à tort de « briseuse de couples », plusieurs la voient désormais comme un phare. Un havre de paix essentiel à la reconstruction de tous ceux qui la fréquentent ou ont recours à sa ligne téléphonique (24h/7jours) ou à ses services de consultation externe et de soutien.

Aujourd’hui, La Source est toujours indispensable. Sa directrice générale de longue date, Lucie Hénault, sait diriger son équipe tout en éveillant le milieu à la réalité de sa clientèle. Sa compétence dépasse les murs de la Maison. Le Comité permanent de révision des décès liés à la violence conjugale – sous la gouverne de la Coroner en chef du Québec – l’a même recrutée. Elle y contribue certainement son expertise et sa vision d’un monde où l’égalité devrait aller de soi.

La Source demeure une clé essentielle pour toutes les femmes qui veulent reprendre du pouvoir sur leur vie. Elle doit continuer à intervenir. Le mouvement #metoo en témoigne tristement!

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