22 avril 2016
« On veut que des prélèvements additionnels soient réalisés » – Jean Rodrigue, Direction de la santé publique
Par: Julie Lambert

Après une analyse d’un rapport déposé par Sainte-Victoire-de-Sorel sur une concentration trop élevée de manganèse près de l’entreprise Minéraux Mart, la Direction de la santé publique (DSP) de la Montérégie et la municipalité somment le ministère de l’Environnement d’effectuer des études plus poussées afin d’évaluer s’il y a des risques, à long terme, sur la santé de la population. Ce que fera le ministère au cours des prochains mois.

Dans le cadre d’une nouvelle demande de certification d’attestation de l’entreprise, la municipalité avait mandaté deux firmes d’experts à l’automne pour effectuer des analyses sur le sol des pelouses, sur les sédiments des fossés longeant le rang Nord et sur le parement de certaines résidences près de l’usine.

En janvier dernier, les prélèvements ont révélé que la concentration de manganèse était jugée jusqu’à 32 fois trop élevée et non réglementaire près de son installation, mais que la santé à court terme des citoyens n’était pas en danger.

La municipalité avait utilisé ce rapport pour soutenir sa décision de ne pas délivrer l’attestation à l’entreprise. Minéraux Mart souhaite obtenir un certificat d’autorisation auprès du ministère de l’Environnement dans le but d’augmenter la production de son usine, notamment par l’ajout d’un concasseur extérieur.

Pour ce faire, elle doit obtenir un certificat d’attestation de la municipalité, mais cette dernière a refusé cette demande à deux reprises, une première fois en 2013 et une seconde fois après le dépôt de son rapport d’experts en janvier.

Des impacts à surveiller

La DSP a déposé ses conclusions en mars : même avec la présence de manganèse près de l’usine, il n’y a pas de risques à court terme pour la santé des citoyens vivant dans le voisinage. La Direction de la santé publique a toutefois besoin de données supplémentaires pour se prononcer sur la présence ou l’absence d’un risque à long terme.

Selon le directeur de la DSP de la Montérégie, Jean Rodrigue, si les conclusions de cette analyse révèlent qu’il n’y a pas de risque à court terme, cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas s’en occuper.

« Il y a des précautions à prendre. Les risques reliés à la présence de manganèse se trouvent dans son inhalation et lorsqu’on l’ingère en trop grande quantité. Aucun cas n’a été déclaré depuis 10 ans en lien avec une problématique de manganèse. On voudrait toutefois que des prélèvements additionnels soient réalisés. On veut vraiment être prudent », mentionne-t-il.

Son organisation recommande donc la réduction des sources d’émission de manganèse de l’entreprise et la réalisation par le ministère d’une campagne de caractérisation atmosphérique de mesure du manganèse près des habitations voisines de l’entreprise.

La DSP conseille aussi à la municipalité d’aviser les citoyens qui cultivent des jardins de fruits et légumes que leur consommation est déconseillée en présence de sol contaminé.

La décontamination des terrains contaminés situés à l’extérieur de Minéraux Mart est aussi souhaitable. Une recommandation plus ferme pourrait être émise à la suite des résultats de la caractérisation atmosphérique, conclut le rapport.

Des mesures additionnelles demandées

Le maire de Sainte-Victoire-de-Sorel, Jean-François Villiard, n’a pas voulu commenter les conclusions de la DSP. La municipalité a toutefois adopté en séance du conseil une résolution le 4 avril pour faire parvenir un avis à tous les citoyens habitant dans les environs de l’entreprise.

Elle a aussi demandé au ministère de l’Environnement « d’assurer le suivi et d’utiliser ses pouvoirs en conséquence pour, le cas échéant, la décontamination de terrains. »

Contacté par le Journal, le président de Minéraux Mart, Michel Beaudoin, n’a pas répondu à la demande d’entrevue.

Une goutte fait déborder le vase pour des résidents

Une citoyenne de Sainte-Victoire-de-Sorel, Manon Dumas, est inquiète de l’avis envoyé par la municipalité qui déconseille la culture d’un jardin en raison d’une possible contamination des sols par du manganèse provenant de Minéraux Mart. Pour la résidente, c’est la goutte qui fait déborder le vase après plusieurs années de mauvaise cohabitation avec l’entreprise.

La résidente du rang Nord a reçu, le 7 avril, comme d’autres citoyens près de Minéraux Mart, la lettre envoyée par la municipalité dans laquelle on peut lire les conclusions de l’analyse de la Direction de la santé publique de la Montérégie. (Voir autre texte en page 6)

Elle se dite très déçue de ne pas pouvoir continuer à cultiver son jardin, elle qui le fait depuis 16 ans. Mais elle s’inquiète surtout de la consommation des légumes provenant de son terrain au cours des dernières années.

« On se pose des questions. J’ai présentement des problèmes de santé, comme plusieurs personnes de mon secteur. Est-ce en raison de la consommation de mes légumes alors qu’on ne savait pas que le sol était contaminé? Nous avions le bruit, la dangerosité du transport lourd, cela va être quoi après? », se questionne Mme Dumas.

Elle pense que la municipalité a trop pris de temps pour se rendre compte des conséquences de l’exploitation de l’entreprise sur son environnement. La résidente se questionne également sur les répercussions possibles pour les agriculteurs situés à proximité de l’entreprise, autant à Sainte-Victoire-de-Sorel qu’à Sorel-Tracy.

La citoyenne se dit préoccupée par la lenteur de l’évolution du dossier puisque le risque pour la santé des résidents à long terme n’est toujours pas connu. Les citoyens n’auront pas la réponse à cette inquiétude avant plusieurs mois, le temps que des analyses soient effectuées ce printemps par le ministère de l’Environnement.

Une cohabitation difficile

Si la dame de 62 ans est contente de l’aide apportée par la municipalité dans ce dossier, elle n’en peut plus des inconvénients qui s’accumulent depuis plusieurs années pour les résidents de son secteur.

Cette dernière est notamment l’instigatrice d’une pétition en 2013 contre l’augmentation du bruit et du transport de l’entreprise qui nuisait à la qualité de vie des citoyens.

Pour elle, le combat est loin d’être terminé. Mme Dumas se dit d’ailleurs prête à mettre sur pied un recours collectif sur cette dernière tare dénoncée envers l’entreprise.

« Je suis révoltée, écœurée. Je suis en train d’en faire une dépression, dit-elle. Je veux que cela arrête. On dirait que l’entreprise s’en fout. Ce qu’elle veut, c’est faire de l’argent. Qu’est-ce que l’on peut faire, nous les résidents? Nous ne pouvons ni profiter de nos maisons, ni les vendre étant donné les circonstances. Nous sommes en otage. Je vais foncer et me rendre jusqu’au bout », conclut-elle.

Le maire de Sainte-Victoire, Jean-François Villiard, souligne qu’il est sensible aux préoccupations des citoyens et que la municipalité suit le dossier de près, mais qu’étant donné la poursuite de 18 M$ intentée par Minéraux Mart envers la municipalité en mars 2013, il ne commenterait pas la situation.

« Aussitôt que nous aurons des informations ou des développements, nous allons les transmettre aux citoyens comme celles que nous avons envoyées dans le cadre de l’avis de la Direction de la santé publique. Ce dossier est une préoccupation pour nous autant que pour nos citoyens », a-t-il réagi.

Le ministère de l’Environnement procédera à des analyses ce printemps

L’appel de la Direction de la santé publique (DSP) de la Montérégie et de la municipalité de Sainte-Victoire-de-Sorel a été entendu par le ministère de l’Environnement. Des expertises seront effectuées pour déterminer la concentration de manganèse près de l’entreprise Minéraux Mart dès ce printemps et au cours de l’été.

Selon le porte-parole de la direction régionale du ministère de l’Environnement, Daniel Messier, une visite d’inspection a été réalisée après le dépôt du rapport d’experts par la municipalité en janvier dernier.

Lors de cette visite, les inspecteurs ont noté une infraction au niveau de l’entreposage extérieur sur le terrain de l’entreprise, située sur le rang Nord, ainsi qu’une autre au niveau du rejet dans l’environnement d’un contaminant au-delà de la quantité ou de la concentration prévue par le règlement du gouvernement.

« Le ministère a émis un avis de non-conformité le 1er mars dernier. La compagnie a corrigé presque tout de suite la situation en plus de travailler sur un plan de correction », souligne M. Messier.

Concernant la présence de manganèse et la demande d’analyses plus poussées demandée conjointement par la municipalité de Sainte-Victoire-de-Sorel et la DSP de la Montérégie, une équipe du ministère effectuera deux échantillonnages : un au niveau de l’air ambiant et un autre sur la concentration dans le sol.

« L’étude de caractérisation réalisée par la municipalité n’était pas suffisante pour connaître le niveau exact de la contamination sur les terrains résidentiels autour de l’entreprise afin que la DSP établisse s’il y avait un risque ou non pour la santé. Dès le printemps, on effectuera les échantillonnages de sol et d’autres cet été pour mesurer sa quantité dans l’air », conclut-il.

Les résultats ne seront connus qu’à l’automne prochain.

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