9 septembre 2015
« On essaie d’aller chercher leur lueur d’espoir » – Marie-Claude Lacasse
Par: Julie Lambert

Une dizaine de personnes travaillent chaque jour et chaque heure au Centre de prévention du suicide (CPS) Pierre-De Saurel pour faire renaître l’espoir dans le cœur de gens en situation de crise. Un métier dans lequel l’endurance face à la souffrance est la clé, tout comme le désir d’aider les autres.

Au Québec, 1200 personnes se suicident chaque année, ce qui représente plus de trois décès par jour. Le CPS connaît son lot de demandes d’aide que ce soit à son service téléphonique 24h sur 24 et sept jours par semaine ou pour rencontrer un des intervenants du centre.

La directrice adjointe et responsable clinique du CPS, Marie-Claude Lacasse, soutient l’équipe de professionnels, mais aussi le service d’hébergement. Le CPS est devenu au fil du temps un centre de prévention de crise, souligne-t-elle.

Les intervenants sont donc très occupés, mais la vocation de venir en aide aux autres est passionnante, confie Mme Lacasse. « C’est très exigeant, mais j’aime ça! On ne sait jamais quelle journée nous aurons ou ce que nous rencontrerons comme problématique. Ce n’est jamais ennuyant. Il y a un étrange mélange de vie qui côtoie la mort. »

Elle pense que son travail demande beaucoup de qualités comme des habilités en relation d’aide, mais aussi du sang-froid, de l’empathie, d’être capable de prendre une décision rapidement parce que les intervenants rencontrent toutes sortes de situations. « Notre métier nous oblige souvent à vivre des moments d’impuissance face au désespoir. On doit donc avoir du caractère », confie Mme Lacasse.

Noirceur et lumière

Il n’y a pas de portrait type de personnes qui pourraient un jour avoir des idées suicidaires, explique-t-elle. Ces personnes vivent des problèmes multiples et ont souvent épuisé les gens autour d’eux.

C’est leur travail, croit l’intervenante, de soutenir ces personnes souvent isolées et qui souffrent intérieurement. « Notre défi est de porter l’espoir pour elles et de pouvoir leur transmettre quand elles n’en ont plus. On va essayer d’aller chercher la petite fibre au fond de chacun. »

Mme Lacasse croit que le meilleur moyen d’aider ces personnes est de ne pas nier leur souffrance. Les proches ont souvent tendance à leur dire que ça va aller mieux, explique la directrice adjointe. Les gens banalisent un peu la souffrance pour donner du positivisme à la personne.

« On dit souvent : la personne a choisi de se suicider. Le suicide ce n’est pas un choix, c’est l’absence de choix. Ces gens ont les facultés affaiblies par la souffrance et tout ce qu’elles veulent, c’est arrêter de souffrir. »

Demain, le 10 septembre, est la Journée mondiale de la prévention du suicide. Encore aujourd’hui, il y a beaucoup de tabous entourant le suicide, souligne Mme Lacasse. Il reste encore du travail à faire. La prévention, la collaboration et la formation du personnel sont les clés pour augmenter les interventions auprès de ces personnes avant qu’il ne soit trop tard, pense-t-elle.

Pour joindre la ligne d’aide, les gens peuvent appeler au 450.746.0303 ou au 1.866.277.3553.

« J’ai décidé de m’en sortir » – Nathalie

Après avoir vécu une séparation et d’autres problèmes personnels, Nathalie (nom fictif) est tombée dans la spirale de la dépression. Après avoir touché le fond du baril et tenté de mettre fin à ses jours, elle a repris le chemin vers la lumière grâce à l’aide apportée par différents organismes locaux.

La femme de 56 ans venait de se séparer en décembre dernier et vivait beaucoup de difficultés dans sa vie personnelle. Au mois de mars, sa vie a changé.

« J’avais eu beaucoup de bouleversements dans ma vie et je n’avais plus d’endroits où vivre après ma séparation. Voyant mon état et mes idées noires, mon médecin a pris la décision d’aller chercher de l’aide pour moi et c’était la meilleure chose qui pouvait m’arriver dans ma vie », explique-t-elle.

Au bout du rouleau, elle a été internée par son médecin à l’unité psychiatrique de l’Hôtel-Dieu pendant plusieurs jours avant d’être transférée au Centre de prévention du suicide (CPS) Pierre De Saurel où elle est restée près de deux mois.

Pendant plusieurs semaines, elle a été soutenue par les intervenants du centre, des membres de sa famille et différents professionnels de la santé du CISSS de la Montérégie-Est afin de retrouver un peu d’espoir.

« Quand on tombe en dépression, on dirait qu’on ne voit plus clair. Je ne voyais plus rien autour de moi. Je n’étais plus capable de trouver de solutions à mes problèmes. Je ne pensais jamais que cela pouvait m’arriver, ça part seulement d’un coup. C’est très difficile quand on ne sait pas où trouver de l’aide, mais j’ai finalement pu profiter du soutien de plusieurs personnes. »

Elle confie que sans cette intervention, elle ne sait pas où elle se trouverait aujourd’hui. Encore maintenant, Nathalie a de la difficulté à parler de cette période noire de sa vie où elle se sentait prise dans une spirale et ne voyait plus la lumière au bout du tunnel.

Pour elle, le nouveau nom choisi par le CPS pour son centre d’hébergement, La traversée, est vraiment représentatif de tout ce qu’elle a vécu au cours de la dernière année.

« J’étais au point où je me disais: soit je m’en sors ou je vais en finir. Mais j’ai décidé de m’en sortir. Les intervenants m’ont aidée à voir qu’il y avait des solutions. J’habite maintenant seule pour la première fois. Les gens ne doivent pas avoir honte d’aller chercher de l’aide. On ne peut pas tout prendre sur ses épaules », conclut-elle.

image