5 novembre 2015
Normand L’Amour, une vocation tardive
Par: Louise Grégoire-Racicot
Son premier CD vendu chez Archambault, en 1998. | Photo TC MEDIA - Gracieuseté

Son premier CD vendu chez Archambault, en 1998. | Photo TC MEDIA - Gracieuseté

Début des années 80. Normand L’Amour, portant sa légendaire casquette blanche, frappait aux portes de Sorel-Tracy, une boîte de carton remplie de cassettes dans les mains. Ses chansons, disait-il.

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Comme les auditeurs ne les connaissaient pas vraiment, il promenait sa main au-dessus de la boîte et la laissait s’arrêter au-dessus d’une cassette – là où il sentait ce qu’il nommait une vibration prémonitoire. « Ces chansons vous feront du bien », promettait-il. Il les vendait 3$ chacune.

L’amour dont il voulait témoigner, il n’en parlait pas vraiment alors, se contentant de l’afficher dans le patronyme qu’il s’était donné – L’Amour – référant, on le sait aujourd’hui, au Dieu Amour dont il disait qu’il n’était que le chantre, le transmetteur de message. Ainsi avait-il relégué au second plan son nom de famille, Cournoyer, qu’il portait depuis déjà 60 ans.

Mais ce n’est qu’une dizaine d’années plus tard, quand Serge Péloquin a pris en main son destin musical, que Normand L’Amour, originaire de Saint-Joseph-de-Sorel, a émergé de la région.

On voyait en lui d’abord un amuseur public, puis un personnage incongru animé d’une douce folie. On ne savait pas le classifier: humoriste ou chanteur-compositeur? Il chantait d’une voix chevrotante qui n’avait pas de précédent dans la chanson québécoise. Ses mots étaient ceux de tous les jours. Le quotidien, son sujet de prédilection. Ses textes étaient répétitifs, sans air, difficiles à interpréter, souvent psalmodiés, mais presque zen à la longue. Il les enregistrait lui-même, à l’aide d’un clavier, micro et magnétocassette, les moyens du bord, dans son petit appartement où il invitait jeunes et moins jeunes à venir les découvrir.

Ainsi celui qui avait vendu son dépanneur à la suite d’un vol à main armée dont il avait été victime, est devenu la coqueluche de plusieurs: les médias nationaux se sont emparés de lui qui savait faire rire mais aussi médusait. Mais pour ceux qui le connaissaient, Normand L’Amour n’était pas un personnage inventé mais touchant, toujours fidèle à lui-même.

Il avait des fans de tous les âges. Certains en riaient, d’autres le respectaient voyant en lui un « punk » d’une autre époque, un électron libre. Un homme hors-norme dans un monde où souvent l’image fait foi de tout. Une musique presque spontanée fort loin des chansons léchées auxquelles le public était habitué.

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