10 juin 2020
Mort de la baleine à bosse : la collision avec un navire est l’hypothèse privilégiée
Par: Jean-Philippe Morin

Plusieurs médias étaient sur place, le 10 juin, pour assister à la nécropsie de la baleine. Photo Jean-Philippe Morin | Les 2 Rives ©

C'est la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal qui a procédé à la nécropsie de la baleine à bosse, à Sainte-Anne-de-Sorel. Photo Jean-Philippe Morin | Les 2 Rives ©

C'est la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal qui a procédé à la nécropsie de la baleine à bosse, à Sainte-Anne-de-Sorel. Photo Jean-Philippe Morin | Les 2 Rives ©

Robert Michaud, président du GREMM et Stéphane Lair, vétérinaire, ont rencontré les médias à 13 h mercredi. Photo Jean-Philippe Morin | Les 2 Rives ©

C'est la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal qui a procédé à la nécropsie de la baleine à bosse, à Sainte-Anne-de-Sorel. Photo Jean-Philippe Morin | Les 2 Rives ©

La nécropsie pratiquée sur la baleine à bosse mercredi, au quai de Sainte-Anne-de-Sorel, a permis d’en apprendre un peu plus sur les circonstances de son décès.

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Selon les résultats préliminaires analysés par le Dr Stéphane Lair et son équipe de vétérinaires, le rorqual a probablement été frappé par un navire puisqu’il « présentait des signes de traumatismes possibles. [Il présentait] des hématomes et des hémorragies qui suggèrent fortement » cette hypothèse.

Le diagnostic n’est pas définitif, a prévenu le spécialiste en mammifères marins de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, en point de presse à 13 h aujourd’hui.

« À ce moment-ci, c’est trop tôt pour confirmer cette hypothèse. On va devoir compléter nos analyses et un rapport sera produit d’ici un à deux mois avec un diagnostic beaucoup plus précis », a soutenu le Dr Lair, devant les journalistes.

Un animal en santé avant sa mort

Le rorqual était une femelle âgée d’environ 2 ans, qui mesurait 10,2 mètres et pesait 17 tonnes. D’après l’hypothèse de Stéphane Lair, le jeune animal aurait pu partir en exploration dans le fleuve, comme le font à l’occasion certains autres jeunes animaux sauvages comme le béluga. « C’est aussi possible qu’il se soit avancé dans le fleuve à la recherche d’une proie. Nous, on n’a pas été capables de documenter s’il y avait présence de poissons dans le corps. Donc ça reste un mystère si l’animal s’est alimenté dans le fleuve ou pas », explique-t-il.

Malgré tout, l’animal marin semblait en bonne santé avant sa mort. « Des vidéos fournies nous indiquaient qu’il semblait en bon état corporel. Ça nous suggère qu’il n’avait pas de difficulté à s’alimenter, donc c’est moins probable qu’il ait eu une maladie chronique. Quand ils sont malades, ils ont tendance à maigrir », avance le vétérinaire.

Selon le Dr Lair, il est plutôt rare pour son équipe de connaître la date exacte de la mort d’un cétacé avant de procéder à sa nécropsie, ce qui était le cas pour cette baleine à bosse.

« J’ai été surpris de voir la vitesse à laquelle l’état de décomposition s’est installé. On peut penser que quand la carcasse a dérivé et s’est échouée sur l’eau, elle a été exposée au soleil, ce qui fait que les organes étaient en état de putréfaction avancée. La quantité d’analyses reste donc limitée pour les organes », souligne-t-il.

À l’aise avec la décision

De son côté, le président du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM), Robert Michaud, s’est dit parfaitement à l’aise avec la décision de ne pas intervenir directement afin de ramener l’animal dans l’eau salée.

« On avait bon espoir que cette aventure se termine mieux », a d’abord dit M. Michaud aux journalistes présents.

« Ça fait 20 ans qu’on dirige des interventions envers des animaux en difficulté et notre préférence est de laisser la nature suivre son cours. Normalement, ils retournent chez eux en 10 à 14 jours », ajoute-t-il.

Selon lui, le fait qu’un animal marin effectue une telle erreur de navigation est un phénomène naturel « pas très fréquent, mais régulier ». Il reste que les moyens de le retourner chez lui étaient limités.

« Les options ont été tentées à d’autres endroits, comme en Californie, soit d’attirer l’animal avec des sons. Ça peut marcher pour une petite distance, mais pas pour 450 kilomètres. Par exemple, un son de prédateur comme l’épaulard, pourrait l’effrayer, sa réaction peut être inattendue et il peut s’échouer. Le mieux qu’on pouvait faire, c’est de lui offrir un séjour sécuritaire », souligne le président du GREMM, qui souhaite que la population aura retenu quelque chose de positif malgré cette triste fin.

« Espérons que l’héritage que l’animal aura laissé avec son passage sera heureux. Beaucoup de gens auront pris connaissance que seulement 450 kilomètres en aval du pont Jacques-Cartier, vivent des animaux magnifiques. Alors plus on fait attention au Saint-Laurent, plus on fait attention à ses confrères et consœurs qui seront en grand nombre cet été dans le golfe », conclut-il.

Après la nécropsie, le rorqual a été dépecé, puis envoyé dans un site d’enfouissement sanitaire.

Le parcours du rorqual

24 mai : La baleine est d’abord aperçue à Saint-Irénée, près de Charlevoix;

26 mai : Sous le pont de Québec;

27 mai : À Portneuf;

28 mai : À Bécancour et près du pont Laviolette à Trois-Rivières;

29 mai : Près de l’île aux Basques, à Sainte-Anne-de-Sorel, puis à Lanoraie et Contrecœur;

30 mai : À Montréal (elle y reste pendant une semaine, se donnant en spectacle de temps à autre);

7 juin : Le GREMM et les équipes en charge d’observer ses déplacements la perdent de vue;

9 juin : La baleine est retrouvée échouée dans le secteur de Varennes. Elle est remorquée jusqu’au quai de Sainte-Anne-de-Sorel;

10 juin : Une grue la ramène sur la terre ferme et une nécropsie est pratiquée.

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