22 juin 2017
Minéraux Mart devra mettre en place des mesures correctives
Par: Julie Lambert
Une trentaine de citoyens ont participé à la réunion d’information sur les 65 résidences touchées sur le rang Nord. | Photo: TC Media – Julie Lambert

Une trentaine de citoyens ont participé à la réunion d’information sur les 65 résidences touchées sur le rang Nord. | Photo: TC Media – Julie Lambert

Minéraux Mart, située à Saint-Victoire-de-Sorel, devra mettre en place des mesures correctives pour réduire la présence de manganèse dans l’air, jugée trop élevée, d’ici l’été 2018.

Les analyses ont été effectuées par le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) au cours des derniers mois à la demande de la Direction de la santé publique (DSP) de la Montérégie et de la municipalité de Sainte-Victoire.

Une séance d’information a eu lieu le 21 juin afin de dévoiler les résultats d’une deuxième analyse, sur la qualité de l’air, aux résidents du secteur touché.

La DSP a notamment demandé la décontamination des terrains situés sur le bord de la route et près de l’usine, là où la concentration de particules est plus élevée.

Le ministère a demandé de son côté un plan correcteur qui devra lui être envoyé dans les prochains jours, a mentionné sa directrice régionale adjointe, Lyne Longpré.

« Minéraux Mart doit faire des études pour déterminer les meilleurs moyens pour réduire à la source. L’objectif est que ce soit réglé maximum l’année prochaine. L’entreprise devra les mettre en place, mais on s’attend à ce que ça prenne plus d’une journée. On va étudier le plan correcteur et on va s’assurer que les mesures seront réalistes et efficaces. »

Un risque à ne pas courir

Si le manganèse n’est pas néfaste à court terme pour la santé, la quantité prélevée grâce aux stations de mesures fixes installées à quatre différents endroits sur le rang Nord dépasse les seuils jugés sécuritaires.

Le médecin-conseil pour la DSP, Huy Hao Dao, a expliqué aux résidents du rang Nord les impacts sur la santé d’une forte et très longue exposition à l’élément (voir tableau), assurant toutefois que la situation était loin d’en être là.

« Les niveaux sont au-dessus des normes, mais il n’y a pas de craintes à avoir pour ceux qui seraient en contact à court terme sinon des effets très légers sur la santé. Pour avoir des effets importants sur l’organisme, il faut qu’il y ait des milligrammes dans les particules. Il faudrait des niveaux 1000 fois plus élevés pour cela alors qu’on est à des microgrammes », a tenté de rassurer le docteur.

Trop peu et trop tard pour les citoyens

Rappel des événements
– L’entreprise Minéraux Mart dépose en 2015 une demande d’attestation pour son projet d’augmentation de la production de son usine.
– La municipalité commande quelques jours plus tard une analyse à une firme d’experts pour connaître la concentration de manganèse dans le sol afin de répondre à cette demande d’attestation.
– En janvier 2016, les résultats ont été jugées jusqu’à 32 fois trop élevées et non-réglementaires près de l’usine.
– Après une analyse du rapport de la municipalité, la DSP dépose ses conclusions en mars 2016. Elle estime que la concentration évaluée ne présente pas de risque pour la santé à court terme. Une analyse plus poussée est toutefois demandé au ministère de l’Environnement.
– Des prélèvements pour évaluer la qualité de l’air sont réalisés à l’automne 2016.
– Le ministère de l’Environnement termine son analyse en mai pour que la DSP l’étudie. Les résultats exprimant un risque à long terme sont dévoilés le 21 juin aux résidents.
Qu’est-ce que le manganèse et ses impacts?

Le manganèse est un métal qui se retrouve naturellement dans l’air, l’eau, le sol et dans les systèmes vivants. Son rôle est essentiel pour les humains.

S’il n’est pas cancérigène ni toxique, une exposition à une concentration importante dans l’air sur une très longue période peut entraîner chez les adultes des tremblements des mains et une perte de dextérité.

Pour les enfants, la mémoire, l’attention et la concentration peuvent être affectées et causer une diminution de la performance scolaire.

Les craintes étaient nombreuses chez les citoyens du rang Nord, à Sainte-Victoire-de-Sorel présents à la réunion d’information. Ils ont exigé des actions concrètes et rapides pour régler le problème.

Lors de cette rencontre, le maire Jean-François Villiard ainsi que des représentants de la Direction de la santé publique (DSP) de la Montérégie et du ministère de l’Environnement étaient présents pour répondre à leurs questions.

Plusieurs citoyens ont exprimé leur ras-le-bol des désagréments causés par la compagnie en raison du trafic imposant de camions lourds qui répand de la poussière sur leurs terrains et sur leurs résidences.

« Je suis vraiment inquiète. Je suis écœurée de la poussière. Ils se foutent de nous! C’est quoi les risques? », a exprimé Manon Dumas lors des échanges.

La réunion a duré près de deux heures. Les différents intervenants ont expliqué à plusieurs reprises que le manganèse trouvé n’était pas cancérigène ni toxique pour les personnes et que leurs effets sur la santé sont réversibles.

« Est-ce qu’un suivi va être fait par le ministère de l’Environnement? Comment cela va fonctionner si les mesures ne sont pas mises en place? », a questionné le résident et conseiller municipal, Martin Cournoyer.

La chef d’équipe à la direction régionale du ministère, Michelle Marcotte, a assuré qu’un suivi rigoureux sera réalisé. Si la compagnie ne respecte pas ses obligations, le ministère utilisera les moyens à sa disposition pour que les mesures soient mises en place et respectées, a-t-elle spécifié.

« On va appliquer les recours qu’on peut. Cela pourrait être des sanctions administratives ou même des poursuites. On va évaluer les moyens, dépendamment de la gravité des faits », a-t-elle affirmé aux citoyens.

Malgré les nombreuses explications fournies et leur désir de se montrer rassurants, les intervenants ont eu de la difficulté à convaincre les résidents. Ils étaient toujours craintifs à la sortie de la réunion que certains avaient quittée avant la fin, montrant des signes de colère.

« C’est bien trop long comme délai, un an! Ça fait 30 ans que ça dure. On est tanné! », a exprimé un des participants.

Après avoir entendu ces inquiétudes, le maire Villiard s’est engagé à faire un suivi dans six mois auprès des intervenants et de communiquer l’avancée du dossier aux citoyens.

« Les solutions vont permettre de diminuer la pollution dans le rang Nord. L’entreprise à des changements à faire. On va laisser la chance au coureur, a réagi le maire de Sainte-Victoire-de-Sorel, Jean-François Villiard. Cette réunion servait à informer les citoyens et à bien expliquer la situation. »

Le président et directeur général de Minéraux Mart, Michel Beaudoin, n’a pas répondu pour le moment à la demande d’entrevue du journal.

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