6 février 2018
Mettre la pédale douce
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit un éditorial hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

Il sera légal de consommer du cannabis récréatif dès juillet. Déjà les élus sorelois ont unanimement adopté, le 15 janvier, une résolution laissant croire qu’ils interdiront aux consommateurs de fumer leur joint dans ses espaces publics.

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La résolution n’est cependant pas aussi explicite. Elle rappelle que son règlement 2880* spécifie l’interdiction de fumer dans les lieux publics (édifices, voies publiques, parcs et espaces verts, etc.). Elle demande à Québec de donner aux municipalités des outils législatifs nécessaires pour modifier l’encadrement de l’utilisation du cannabis sur leur territoire et ainsi mieux répondre aux préoccupations de leurs citoyens respectifs.

La résolution ne spécifie pas non plus si des citoyens ont réclamé cette intervention. Elle a été adoptée dans la foulée de celles des maires de Saint-Jérôme et de Saint-Jean-sur-Richelieu ou de la CAQ qui ne veulent autoriser l’usage du cannabis ailleurs que dans les résidences privées.

Il y a toutefois certains éléments dont le conseil devra tenir compte avant d’arrêter sa position finale sur le sujet.

D’abord, le cannabis est omniprésent au Canada. Statistiques Canada estimait récemment que 4,9 millions de Canadiens de 15 à 64 ans ont dépensé en 2017 quelque 5,7 milliards de dollars pour en acheter. Les 18 à 24 ans sont les plus grands usagers (48%) suivis des 25 à 44 ans (29%), des 15 à 17 ans (12%) et des 45 à 64 ans (10%). 90% de ce cannabis était destiné à un usage récréatif.

Impossible de croire que l’interdiction a porté ses fruits! Et Sorel-Tracy n’y échappe pas. Le cannabis circule déjà dans ses endroits publics où souvent son usage est toléré.

Le conseil doit donc prendre le temps, avant de légiférer, d’observer les changements qu’engendrera cette nouvelle loi ici. Il sera ensuite toujours temps de déterminer comment en encadrer l’usage.

Ces règles ne doivent surtout pas être plus restrictives que celles touchant la cigarette qui laissent déjà peu de latitude aux fumeurs. Peut-être même pourrait-il envisager assouplir sa réglementation sur la fumée dans certains secteurs de ses parcs.

Le conseil doit aussi décider s’il fixera une priorité d’intervention des policiers en la matière en s’assurant que cela ne monopolisera pas indûment leur attention au détriment de d’autres aspects importants de leurs responsabilités.

Il faut aussi espérer que les élus ne compteront pas assurer des revenus supplémentaires à la Ville, sous forme d’amendes, en légiférant de façon très serrée l’usage légal du cannabis.

N’oublions pas que la prohibition ajoute nécessairement à l’attrait d’un produit. Particulièrement chez les plus jeunes. Rappelons-nous notre propre adolescence!

Il ne s’agit pas là de banaliser pour autant la consommation de cannabis. Particulièrement celle des mineurs. Le conseil doit plutôt vite initier une concertation des parents, éducateurs, intervenants de la santé pour trouver comment prévenir, ici, les effets néfastes d’une telle consommation en bas âge.

Se taire sur le sujet ne fera pas disparaitre cette réalité. Trop restreindre ne fera que valoriser le produit!

*chapitre 2, article 10,6

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