17 novembre 2020
Marche arrière
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit une chronique hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

Le Centre Sacré-Cœur, propriété de la Ville de Sorel-Tracy, abrite des services municipaux, des organismes communautaires, de loisirs et des ateliers d’artistes. L’idée d’y hausser les loyers pour se rapprocher de ceux du secteur privé tient-elle vraiment?

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Poser la question est presque y répondre. Le conseil choisit de désormais fixer les loyers selon la superficie occupée et des coûts d’opération du bâtiment. Un ajustement jusqu’en 2024.

Cela se défendrait, surtout si elle absorbe sa large part des coûts pour les espaces importants qu’elle occupe dans ce centre. Mais en 2021, ces hausses doubleront ou tripleront le loyer de certains locataires. C’est carrément inacceptable!

Alors que la Régie des logements, par souci d’équité, n’accepte pas que les propriétaires privés imposent des hausses de plus de 2 % par année, pourquoi en serait-il autrement pour la Ville?

D’autant que la majorité de ses locataires ne sont pas des services lucratifs ou le gagne-pain principal de leurs locataires. Si c’était le cas, il est évident que la Ville serait alors un compétiteur du privé.

Mais pour les organismes communautaires, la Ville a aussi la responsabilité morale, sinon le devoir, de les soutenir dans leurs actions auprès de ses propres citoyens. Surtout que l’Association Vivre et vieillir, l’Association des personnes handicapées de Sorel-Tracy, la Coopérative de Solidarité en entretien ménager et Santé mentale Pierre-De Saurel soutiennent les plus démunis, les plus âgés. Voilà des organismes déjà pas subventionnés à la hauteur des besoins auxquels ils répondent. Ils ne peuvent pas, du jour au lendemain, assumer une hausse importante de loyer sans pénaliser leur clientèle grandissante, plus précaire que jamais ces temps-ci.

Autres locataires, les artistes. La Ville ne s’est-elle pas donné comme mission, dans sa politique culturelle, d’offrir aux utilisateurs d’équipements culturels des tarifs abordables qui facilitent l’éclosion d’œuvres? La culture n’est-elle pas un volet important de la qualité de vie des Sorelois, un élément moteur de leur développement sur laquelle elle a cette prise?

Enfin d’autres organismes qui y logent – dont le Cercle ferroviaire, l’École de boxe olympique de Sorel-Tracy et la Ligue navale – rejoignent des groupes diversifiés aux intérêts multiples, mais aux moyens fort limités pour financer local et activités.

Oui, des gens diront toujours que les loyers devraient être les mêmes pour tous, que le proprio soit privé ou public. D’autres allégueront toujours une compétition déloyale dès que la Ville soutient un organisme plutôt qu’un autre. Mais elle ne peut remettre les compteurs à zéro pour autant.

Elle doit permettre aux locataires d’ajuster leurs propres sources de revenus, surtout en cette période de pandémie où rien n’est comme avant. Où les organismes et les artistes s’attendent, avec raison non pas à une assommante hausse de loyer, mais à un véritable soutien de la part leur milieu.

Décidément, le moment était mal choisi. Il faut faire marche arrière. Rien ne dit cependant qu’il ne faille pas revenir sur le sujet une fois la pandémie disparue. Ce qui donnera du temps pour mettre sur papier une véritable politique de location à long terme de locaux municipaux. De bien définir ensemble les critères qui devraient présider à ces locations autres que la seule superficie des espaces loués. Avec le souci d’encourager le monde culturel, communautaire et de loisir – au même titre qu’elle le fait pour le monde sportif – quand il est question d’infrastructures et d’équipements.

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