3 mars 2020
Manquer le bateau?
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit une chronique hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

Surprise fort désagréable pour plusieurs citoyens que l’annonce, via un banal communiqué, de la remise à plus tard du projet de complexe sportif et récréatif tel que déposé en janvier par le conseil municipal de Sorel-Tracy. Les coûts ont explosé de 28,5 M$ à 40 M$, explique-t-on. On ira de l’avant avec le complexe aquatique. Exit le terrain de soccer intérieur pour le moment!

Pourtant, le conseil avait prôné avec enthousiasme cette construction estimée à 28,5 M$ – vidéo à l’appui. Les citoyens l’ont applaudie. La réalité est que le seul complexe aquatique coûtera 30 M$, dont 2 M$ pour pallier la mauvaise capacité porteuse du sol!

Mais à quand remonte donc le dernier estimé des coûts pour qu’ils soient 25 % plus élevés que prévus?

Et comment ne pas avoir évalué dès le départ la capacité porteuse du sol avant d’estimer ces coûts? D’autant que plusieurs constructions récentes – dont la gare du CIT et le poste de police de la SQ – avaient coûté beaucoup plus cher parce qu’on avait dû poser des pieux sur lesquels les ériger. On a la mémoire courte!

N’aurait-on pas dû aussi compléter toutes ces démarches avant le dépôt public du projet?

Aujourd’hui, il faut aussi questionner la décision de scinder ce projet attendu depuis trop longtemps. Car elle déçoit des milliers de personnes – joueurs de soccer et football, leurs parents, les nageurs etc. – et décourage amèrement leurs entraineurs et bénévoles qui y investissent temps et énergie.

Et ensuite parce que la construction du seul complexe aquatique – nécessaire pour pallier les installations actuelles déficientes – coûtera de toute façon 30 M$, gonflant ainsi les prochains comptes de taxe de 15 $ à 35 $ par an, pour le propriétaire d’une maison moyenne pendant 25 ans.

Somme toute, voilà une décision prise vite, en catimini, sans qu’on sache qui l’a prise, quelles autres avenues ont été considérées. Et sans savoir surtout si les citoyens accepteraient d’absorber une hausse de taxe annuelle de 19 $ à 44 $ par an (vs 15 $ à 35 $ d’abord estimés) pour jouir à court terme d’un véritable complexe sportif, comme celui proposé en janvier? Pourquoi ne pas leur avoir demandé ce qu’ils en pensent avant de trancher?

Car il y a fort à parier que reporter une partie du projet à plus tard – le terrain synthétique de soccer et la piste de course – ne coûtera pas moins cher. D’autant que les chances d’obtenir une deuxième subvention pour terminer le projet – si une première est accordée pour la piscine – sont fort minces. Trop de municipalités sont en demande!

Il est fort prévisible aussi que les coûts de construction soient plus élevés qu’en 2020, variant au gré du coût de la vie et de la demande en construction.

A-t-on considéré aller de l’avant avec ce projet global alors que les taux d’intérêts sont bas, que la ville reçoit des retombées de l’opération du parc éolien, qu’elle réalise régulièrement des surplus budgétaires?

Car cette construction est loin d’être une dépense, mais un investissement tant dans les jeunes et la santé publique que dans l’image d’une ville plus progressiste et attrayante. De telles installations où pratiquer et tenir des compétitions intérieures sont essentielles aujourd’hui pour inciter les jeunes familles de l’extérieur à découvrir ce que Sorel offre comme qualité de vie et de loisirs. On n’attire pas les mouches avec du vinaigre!

Mené comme il l’a été – espoir, déception – voilà un autre dossier qui risque d’alimenter le cynisme des citoyens à l’égard des élus, voire de l’avenir de la région. À penser qu’une fois de plus, la question se pose : manque-t-on le bateau?

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