27 mai 2021
Projet de terminal de conteneurs à Contrecœur
L’habitat naturel du chevalier cuivré ne pourra pas être détruit, tranche Ottawa
Par: Jean-Philippe Morin

Le chevalier cuivré est une espèce unique au monde dont l’habitat naturel se retrouve à l’endroit où doit être construit le terminal de conteneurs à Contrecœur. Photo Ghislain Caron

Un arrêté ministériel, publié le 26 mai dans la Gazette du Canada, interdit dorénavant la destruction de l’habitat naturel du chevalier cuivré, une espèce en voie de disparition, ce qui pourrait mettre des bâtons dans les roues du Port de Montréal avec son projet de conteneurs à Contrecœur.

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Une partie de l’habitat de ce poisson unique au monde se trouve dans la zone prévue pour ce projet majeur et afin de le protéger, la ministre des Pêches et Océans Canada, Bernadette Jordan et le ministre d’Environnement et Changement climatique Canada, Jonathan Wilkinson, ont déposé cet arrêté.

« C’est une grande victoire pour le chevalier cuivré, une victoire inconditionnelle qui remet en question la possibilité de poursuivre à Contrecœur le projet d’expansion du port de Montréal. Tous les voyants sont au rouge pour la seule et unique population mondiale de chevaliers cuivrés, nous n’avons tout simplement plus le droit à l’erreur pour cette espèce », affirme Alain Branchaud, directeur général de la Société pour la nature et les parcs (SNAP) Québec.

Selon l’organisme, le gouvernement canadien aura accumulé un retard de 101 mois sur les délais prescrits par la Loi sur les espèces en péril, « un retard effarant pour une espèce au bord du gouffre », soutient SNAP Québec dans un communiqué. En effet, le fédéral avait jusqu’au 17 décembre 2012 pour protéger le chevalier cuivré.

Rappelons qu’un rapport de 13 pages publié le 24 mars dernier par quatre biologistes, dont Alain Branchaud, avait sonné l’alarme sur des « impacts négatifs sous-estimés » de la construction de ce terminal de conteneurs à Contrecœur par rapport à l’habitat du chevalier cuivré.

Un feu vert attendu

Le fédéral a pourtant autorisé, le 1er mars dernier, l’Administration portuaire de Montréal (APM) à aller de l’avant avec les travaux d’agrandissement du Port de Montréal à Contrecœur. L’Agence d’évaluation d’impact du Canada avait aussi donné son aval au projet le même jour, non sans provoquer certaines craintes du milieu environnemental.

Selon ce que mentionnait à ce moment le ministre Jonathan Wilkinson, cette décision a fait suite à un « processus d’évaluation environnementale rigoureux et fondé sur des données scientifiques ». L’APM se devait toutefois de respecter 330 conditions qui s’étaleront pour toute la durée de vie du projet. Les mesures d’atténuation proposées par l’APM étaient alors jugées satisfaisantes par le ministre.

Or, l’APM doit aussi obtenir un permis en vertu de la Loi sur les espèces en péril. Cette loi est plus restreignante, même avec des compensations.

Le projet suit son cours

Du côté de l’APM, sa directrice des communications maintient sa position : le Port continuera de déployer les mesures de compensation. « L’expansion du Port de Montréal à Contrecœur fait l’objet d’une planification minutieuse et le processus d’évaluation environnementale a demandé plus de cinq ans de travail, avec des centaines d’experts et une large consultation. Aucun effort n’a été ménagé et aucun effort ne sera ménagé pour que le projet soit exemplaire et que l’impact soit minimal : c’est une préoccupation continue de l’APM », avait-elle déclaré dans nos pages il y a quelques semaines.

L’APM avait d’ailleurs accepté de modifier l’échéancier du projet puisque les conditions demandées par le fédéral nécessitaient plus de temps. Ainsi, il n’y aura pas d’intervention dans l’eau avant 2023 et le terminal n’ouvrira pas avant la fin de 2025.

Environ 5000 emplois sont prévus pendant la phase de construction et 1000 lors de la phase d’exploitation pour ce projet qui équivaut entre 750 M$ et 950 M$. La capacité annuelle maximale est évaluée à 1,15 million de conteneurs. Déjà, le gouvernement fédéral a annoncé une aide de 300 M$ via la Banque d’investissement du Canada, alors que le gouvernement provincial fournira 55 M$ pour sa phase de démarrage.

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