26 novembre 2019
Levée de boucliers des élus et des syndicats de l’éducation contre le projet de loi 40
Par: Katy Desrosiers

La présidente du Syndicat de l'enseignement du Bas-Richelieu Lisette Trépanier, la déléguée du Syndicat des professionnels-les Caroline Lambin-Himbeault et la présidente du Syndicat du personnel de soutien Marie-Lou Crevier. Photo Katy Desrosiers | Les 2 Rives ©

La Ville de Sorel-Tracy, la MRC de Pierre-De Saurel et trois syndicats du milieu de l’éducation régionale montent aux barricades contre le projet de loi 40 qui, selon eux, en impactant la structure des commissions scolaires, pénalisera les élèves et le personnel.

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Le projet de loi, s’il est adopté, transformerait les commissions scolaires en centres de service, abolirait les élections scolaires et permettrait à la direction des écoles, après consultations avec l’enseignant, de majorer la note d’un élève s’il existe des motifs raisonnables liés à son cheminement scolaire.

Lisette Trépanier, présidente du Syndicat de l’enseignement du Bas-Richelieu (SEBR-CSQ), Marie-Lou Crevier, présidente du Syndicat du personnel de soutien de la Commission scolaire de Sorel-Tracy (FEESPCSN) et Caroline Lambin-Himbeault, déléguée de l’unité Sorel-Tracy pour le Syndicat des professionnels (les) des commissions scolaires Richelieu-Yamaska CSQ, ont rencontré le député Jean-Bernard Émond pour signifier leur mécontentement.

« Quand on présente ce projet de loi en prétendant faire des économies et rapprocher les décisions de ceux qui connaissent le nom des élèves, c’est complètement raté. Quand on valorise le personnel de l’éducation, on travaille à les soutenir et à prendre en compte leur expertise, pas à diluer leurs droits et à les sanctionner », ont souligné les trois représentantes.

Les syndicats craignent que le projet soit adopté sous bâillon et plusieurs points posent problème, selon eux.

Ils craignent entre autres le fait que les membres du conseil d’administration qui géreront le nouveau centre de service ne seront principalement pas issus du milieu scolaire et qu’ils devront prendre des décisions concernant les élèves, la pédagogie et les ressources des écoles.

Aussi, avec la nouvelle loi, l’élève ou ses parents pourront choisir parmi les écoles qui dispensent les services et non parmi les écoles de la commission scolaire dont il relève. Les syndicats craignent que l’exode des élèves ait un impact direct sur les emplois du personnel scolaire dans la région.

Les élus municipaux s’en mêlent

La Ville de Sorel-Tracy, de son côté, a adopté une résolution unanime lors de la séance du conseil du 25 novembre afin de demander au gouvernement de reporter l’adoption du projet de loi.

« Ce qu’on souhaite encore une fois, c’est éviter la centralisation. On l’a vécue sévèrement au niveau de la santé, est-ce qu’on doit la subir au niveau de l’éducation? », a demandé le maire Serge Péloquin, après la lecture des raisons évoquées pour adopter cette résolution.

Parmi ces raisons, on note que la région de Sorel-Tracy, comme le reste du Québec, a des caractéristiques et des besoins spécifiques qui doivent se refléter dans la gestion de leur établissement scolaire et qu’à la lecture du projet de loi, les enfants sont les grands perdants de ce brassage structurel.

Avec cette résolution, la Ville souhaitait réitérer l’importance de maintenir des commissions scolaires élues, représentant un territoire donné et demeurant imputables à leurs citoyens, des orientations et des décisions prises en matière d’éducation publique.

Elle souhaite aussi qu’une consultation soit tenue sur l’avenir de l’éducation au Québec et sur le meilleur mode de gouvernance visant à assurer la réussite scolaire.

Les maires de la MRC de Pierre-De Saurel ont aussi demandé au gouvernement qu’il attende avant de se prononcer sur le projet de loi 40.

Le maire de Massueville, Denis Marion, qui a ajouté le point à l’ordre du jour de la dernière séance du conseil le 27 novembre, a soulevé plusieurs inquiétudes.
Il dit craindre que le territoire perde un pouvoir décisionnel comme lors de la fusion de trois CSSS pour la création du CISSS de la Montérégie-Est.

Il souligne l’importance des petites écoles dans les villages et craint de perdre des services de spécialistes en milieu rural.

Aussi, la possibilité pour les parents d’envoyer leur enfant dans une école de leur choix pourrait désavantager certaines municipalités rurales.

Il ajoute qu’il n’est pas rassuré que des parents bénévoles puissent gérer les budgets, car contrairement aux élus, ils ne seraient pas redevables.

Jean-Bernard Émond se fait rassurant

Le député de Richelieu, Jean-Bernard Émond, affirme qu’il entend et prend acte des inquiétudes des syndicats et des élus et comprend qu’ils ont été échaudés avec le brassage de structures dans le domaine de la santé. Il précise cependant que le projet de loi, plutôt que de centraliser les services, veut redonner de l’autonomie aux écoles.

Il affirme qu’avec ce projet, l’enfant sera placé au coeur des priorités du réseau scolaire, en investissant dans les services à l’élève plutôt que dans les structures et en dépolitisant la gouvernance scolaire.

« L’avenir de nos jeunes demeurera toujours au cœur de mes priorités, à l’instar de notre gouvernement. L’obtention, dans la dernière année, d’un montant de 8,5 M $ pour l’agrandissement du pavillon Notre-Dame de l’école intégrée d’Yamaska (un projet qui était attendu depuis plus de 10 ans) et de 1,3 M $ supplémentaires pour le Cégep de Sorel-Tracy en font foi », a-t-il commenté.

Avec la collaboration de Sébastien Lacroix

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