25 novembre 2019
Les producteurs de grains dans l’incertitude
Par: Sébastien Lacroix
Des producteurs ont circulé en tracteur dans les rues de Montréal pour se faire entendre devant les bureaux du CN.
Photo gracieuseté

Des producteurs ont circulé en tracteur dans les rues de Montréal pour se faire entendre devant les bureaux du CN. Photo gracieuseté

C’est une tuile après l’autre qui tombe sur la tête de la centaine de producteurs de maïs-grains de la région qui ont vécu énormément de stress au cours des dernières semaines. Le tout sans savoir si les programmes d’assurances seront ajustés en fonction de la situation exceptionnelle de cette année.

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Après un printemps froid et pluvieux, un été trop court, des grands vents qui ont causé des dégâts à l’automne, s’est ajoutée une tempête hivernale précoce qui a été suivie de temps froids et d’un cocktail météo qui a durement affecté les cultures. Si bien que les producteurs parlaient déjà de l’une des pires années qu’on ait vu jusqu’ici.

Pire encore, avec encore 50 % du maïs-grain à récolter, il a fallu tout arrêter en raison d’une pénurie de propane. Un gaz qui est nécessaire pour faire fonctionner la grande majorité des séchoirs dans la région.

Une crise qui a éclaté au pire moment de l’année en raison de la grève du CN. Un convoi est finalement parti d’Edmonton, vendredi, pour approvisionner le Québec, mais les producteurs de grains savaient qu’ils passeraient après les besoins des hôpitaux, des résidences pour aînés, des écoles et des élevages d’animaux.

« Sans propane pour le faire sécher, ça ne donne rien d’aller battre le maïs dans le champ, même si on était dans les plus belles journées pour le faire, expliquait le représentant des producteurs de grains au sein de l’UPA de Richelieu-Yamaska, Ghislain Beauchemin, lundi avant-midi.

« Il y a des séchoirs au gaz naturel, mais encore faut-il qu’il y en ait dans notre région et elle a souvent été ignorée parce qu’il n’y avait pas assez de demandes, continue Ghislain Beauchemin, qui estime qu’il y aura des leçons à tirer de cette crise. Il aurait peut-être fallu fabriquer du propane au Québec. […] La transition n’est pas faite pour s’en aller juste à l’énergie verte. »

Le temps presse

Le producteur de Saint-Ours estimait qu’il restait encore trois semaines de battage dans le meilleur des mondes et qu’il faudrait des températures sous la barre de –6 degrés Celsius pour récolter dans la neige. S’il tombe encore une bordée, il sera possiblement trop tard. Le maïs passera un hiver sous la neige et le grain risquera de s’endommager en subissant des gels et des dégels.

« En considérant que ça [la grève du CN] se réglerait ce matin [lundi], il faudrait une semaine pour que le propane arrive. On finirait peut-être pour Noël, s’il n’y a pas de tempête de neige », indique-t-il.

Des répercussions politiques

Après des manifestations à Châteauguay et Montréal, vendredi, des producteurs se sont rendus devant le bureau de circonscription du premier ministre Justin Trudeau, à Montréal, pour réclamer une intervention d’urgence.

Si son chef ne cautionnait pas l’idée d’une loi spéciale, le député de Bécancour-Nicolet-Saurel, Louis Plamondon, réclamait quant à lui que Justin Trudeau fasse preuve de leadership. « Les producteurs de grains ont été abandonnés, peut-être même utilisés par le gouvernement fédéral et les producteurs de pétrole de l’Ouest, a-t-il déclaré. La pénurie de propane n’a pas été annoncée aux clients du CN. Il n’y a eu aucun plan d’urgence ou avis de faire des réserves. Tout cela malgré le fait que la date de la grève des travailleurs était connue depuis plusieurs semaines. »

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