23 juin 2020
Les producteurs agricoles ont besoin de pluie
Par: Sébastien Lacroix
Gérald Brouillard estime que les producteurs de bovins sont les plus durement affectés. 
Photo Pascal Cournoyer | Les 2 Rives ©

Gérald Brouillard estime que les producteurs de bovins sont les plus durement affectés. Photo Pascal Cournoyer | Les 2 Rives ©

La sécheresse qui sévit depuis un mois et demi affecte grandement les producteurs agricoles, notamment la douzaine d’éleveurs de bovins dont les animaux se nourrissent normalement dans les pâturages.

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C’est le cas de Gérald Brouillard, le représentant des producteurs de bovins au sein de l’UPA Richelieu-Yamaska. Celui qui élève des veaux pour la boucherie estime que ses pertes s’élèvent présentement autour de 60 %. « C’est du jamais-vu », insiste-t-il.

Celui qui réside sur le chemin de la Vallière, à Sorel-Tracy, est particulièrement malchanceux. Puisqu’il est dans le secteur où il a plu le moins dans la région. « J’ai un lac chez nous pour faire boire les animaux et il est vide. Je n’ai jamais vu ça en 55 ans », témoigne-t-il.

Il s’agit d’ailleurs d’une troisième année consécutive que la météo fait des siennes pour l’éleveur qui entretient 25 vaches et qui engraisse leurs veaux pour la boucherie. L’an dernier, il estime que les pertes se sont élevées à 40 % et à environ 30 % l’année d’avant.

Étant donné que l’herbe a jauni, il ne peut plus se fier sur les pâturages pour nourrir ses bêtes. De plus, comme il doit attendre le plus possible pour faire sa première fauche de foin, pour avoir le plus de fibre possible, il a dû s’en procurer au gros prix. « C’est le double de ce que ça coûte d’habitude, souligne-t-il. Une chance que j’avais pu en acheter un peu de fermes laitières qui ont fermé et qui ont vendu. »

Des pertes de 20 % pour les producteurs de grains

Du côté des producteurs de grains, ce sont environ 20 % des champs qui ont été affectés. Dans quelques cas, il y en a même qui devront être ressemés. « Il y en a peut-être 5 % », indique le président de l’UPA Richelieu-Yamaska, Sylvain Joyal, qui a fait le point avec les différents producteurs de la région, la semaine dernière.

« C’est qu’en plus du stress hydrique vécu au cours des dernières semaines, les producteurs ont dû composer avec les débris de maïs provenant de l’automne dernier, en plus d’une période de forte chaleur, à la fin du mois de mai, suivi du froid au début du mois de juin, explique le représentant des producteurs de grains de l’UPA Richelieu-Yamaska, Ghislain Beauchemin. Or, quand la température est descendue à près de deux degrés Celsius, les plans en émergence, à proximité des amas de débris, ont été plus affectés. »

« Les conditions sèches aux semis ont toutefois permis aux plants de bien s’enraciner en créant un isolant. Ce qui a permis une bonne capillarité entraînant ainsi une remontée de l’humidité à la surface, ajoute-t-il. Là où il y a plus de problèmes, c’est surtout sur les terres de sable, qui n’ont pas de réserves d’eau, et sur les terres argileuses, qui ont été travaillées trop hâtivement au printemps. »

Le foin plus touché que le maïs

Le pire est surtout dans le foin jusqu’ici. Parce que le manque d’eau a fait en sorte que la première coupe n’a pas permis de prendre le volume nécessaire. Si bien que les pertes rapportées jusqu’ici vont de 30 % à 70 %. La deuxième et la troisième coupe pourraient tout de même limiter les dégâts et faire en sorte qu’elles se chiffrent à 20 % ou 25 %, à la fin de l’année, plutôt qu’une moyenne de 50 %, jusqu’ici.

« C’est plus tragique dans le foin. Parce que le retard qu’ils ont pris, ils ne pourront pas le rattraper, admet Sylvain Joyal. Dans le maïs, les semis ont été excellents et s’il avait plu normalement, les plants seraient un pied plus hauts. »

« En ce moment, la plante garde son énergie pour les racines, observe-t-il. Ça va peut-être mieux pousser en juillet et en août et nous permettre de passer au travers d’un été sec. Tandis que l’an dernier, le printemps pluvieux n’avait pas permis de faire assez d’enracinement. »

Il est toutefois temps qu’il pleuve, insiste Ghislain Beauchemin. Encore une semaine de sécheresse et ce pourrait devenir plus problématique. « Parce qu’il y a une limite à ne pas avoir d’eau et à aller en prendre dans les réserves du sol, rappelle-t-il. Tout le monde attend la pluie. Il y en a même qui hésitent à avancer des ventes. Parce qu’ils ne sont pas sûrs d’avoir assez de récoltes. Quand ça ne pousse plus, on ne vend plus. »

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