3 avril 2018
Dossier sur la perception de Sorel-Tracy
Les natifs de Sorel-Tracy misent sur la fierté et la culture
Par: Julie Lambert

Nicole Salvail. et André Lepage (Photo: Julie Lambert)

Gabrielle Gélinas St-Ours (Photo : Julie Lambert)

Laurie-Ève Lambert (Photo : Julie Lambert)

Dans l’édition du 27 mars, le journal Les 2 Rives a questionné trois nouveaux arrivants sur leur perception de la ville. Dans cette deuxième partie du reportage, quatre natifs de Sorel-Tracy effectuent le même exercice.

Nicole Salvail, André Lepage, Gabrielle Gélinas St-Ours et Laurie-Ève Lambert ont en commun d’être originaires de la région. Si certains l’ont quittée quelques années pour mieux revenir, d’autres n’ont pas envisagé une seconde de partir. Les natifs trouvent certains défauts à leur région, mais sont fiers et très optimistes face à son avenir.

Nicole Salvail a demeuré la majorité de sa vie à Sainte-Anne-de-Sorel et Saint-Joseph-de-Sorel. La femme de 50 ans n’a quitté la région que pendant une période de quatre ans. Pour elle, son patelin est l’endroit où elle désire vivre.

« J’aimais mieux être plus proche. J’étais en campagne, mais j’aimais mieux ma campagne ici, explique-t-elle. Tous les jeunes aujourd’hui terminent leur école et s’en vont à l’extérieur parce qu’ils trouvent qu’on est trop renfermés ici, dans notre ville. Je pense qu’on reste quand même, quand on aime notre ville. Je suis contente de vivre ici, je ne partirais pas. »

Même chose pour André Lepage, 59 ans, qui n’a jamais demeuré à l’extérieur de Sorel-Tracy. « C’est sur que j’aime voyager, j’ai un bicycle (moto), mais Sorel c’est mon patelin. Toute ma famille est encore ici et on est tissé serré. Il n’y a peut-être pas aussi d’aventure en moi, rigole-t-il. Je ne me verrais pas partir. Peut-être que si je n’avais pas travaillé à l’hôpital, je serai parti en dehors, mais j’y ai été 32 ans. »

Laurie-Ève Lambert, 27 ans, a tenté de demeurer à Québec et Longueuil, mais chaque fois, elle est revenue après six mois. « J’aimais mieux avoir ma famille près de moi. C’est un lieu tranquille. Je me sens en sécurité ici et il y a de beaux quartiers. C’est petit, mais on est proche de tout. Tout est facile d’accès, on ne doit pas faire d’autoroute pour aller à l’épicerie », souligne la mère de famille de trois enfants.

La situation a été différente pour Gabrielle Gélinas St-Ours, âgée de 30 ans. Elle a quitté la région à 17 ans, a fait du travail humanitaire à l’étranger et est demeurée longtemps à Montréal. Mme Gélinas a décidé de revenir à l’été 2016 avec son conjoint, aussi de Sorel-Tracy, pour se rapprocher de sa famille à l’arrivée d’un premier enfant.

« Je ne voulais plus rien savoir de Sorel-Tracy. Je n’aurais jamais cru revenir, avoue la maman. Je trouvais qu’il n’y avait rien à faire. C’était une ville avec une population vieillissante qui n’avait pas beaucoup d’activités pour les jeunes. J’avais le goût de voir autre chose. J’ai rencontré mon conjoint et lorsqu’on allait avoir notre enfant, on regardait pour s’installer sur la Rive-Sud. On s’était dit qu’on allait revenir et essayer pendant un an, puis finalement, on a passé le test. »

Un fort potentiel

Les quatre participants perçoivent leur région avec un fort potentiel, surtout en raison de sa position stratégique au milieu de plusieurs centres urbains plus imposants. Sorel-Tracy possède également un attrait majeur : sa proximité avec l’eau et ses îles.

« On n’est pas assez reconnu avec nos richesses comme les îles. Je ne peux pas croire que les gens ne connaissent pas ça. Tous mes amis qui viennent d’en dehors me demandent c’est où Sorel. Quand je les amène se promener dans les îles, ils sont très surpris. Même les gens de Sorel n’y vont pas assez. Une ville proche de l’eau, en partant, c’est un gros attrait », croit André Lepage.

Nicole Salvail croit que les projets majeurs au niveau culturel comme Statera sont la planche de salut de Sorel-Tracy afin de se faire connaître au cours des prochaines années. « On a plein de choses ici. La Maison du marais, le cinéma, le centre culturel. On commence à se faire connaître grâce à M. Péloquin, avec Statera, on va pouvoir se développer. Il faut se développer pour se faire connaître, mais depuis un bout, cela explose », pense-t-elle.

Des défis à relever

S’ils sont contents de voir leur ville progresser, les participants croient toutefois qu’il existe certaines lacunes. Mme Salvail et M. Lepage disent sans hésiter que le manque est au niveau de l’emploi.

« On en a perdu pas mal. Quand j’étais jeune, on avait les usines Atlas, Marine Industries, QIT, Tioxide, Les poudres, énumère André Lepage. On en avait de l’ouvrage. Là, on en a moins. Tu te promènes aux Promenades de Sorel et tu dis : ouin, il y a beaucoup de boutiques vides. C’est plein de trous et tu dis : voyons, pourtant on a du monde ici. »

« Quand on a perdu Marine Industries, ç’a paru beaucoup. Des restaurants, il y en a de moins en moins et ils ferment tous un après l’autre. C’est juste le monde local qui peut acheter, il n’y a personne qui vient de l’extérieur pour ça. On ne veut pas être une ville morte », pense la femme de 50 ans.

« C’est au niveau culturel qu’il faut miser pour attirer les gens, pour avoir des emplois. Ce genre de chose, c’est bon pour la région. Ceux qui critiquent, c’est toujours la vieille génération. Il faut se dire : let’s go. Il faut se faire connaître pour que ça ne ferme pas. Il y a encore moins d’argent qu’avant, mais on est encore là », affirme André Lepage.

De leur côté, les deux mères déplorent plutôt le manque d’activités pour les familles. « J’aimerais qu’on ait un café ou un restaurant plus familial avec une aire de jeux pour les enfants. Les parents pourraient prendre leur café tranquillement pendant que les enfants s’amusent. Je trouve aussi qu’il manque de diversité au niveau de l’alimentation santé. On n’a pas tant de choix végétariens. Il manque également d’endroits de rencontres pour les mamans dans la journée », mentionne Mme Gélinas St-Ours.

« Il devrait y avoir plus de spectacles pour les enfants et dans les parcs. On devrait aussi mettre plus d’animation dans les rues parce qu’à part le Festival et quelques trucs l’été, cela ne bouge pas tant que ça », soulève Laurie-Ève Lambert.

La construction d’un pont qui relierait les deux rives est également sur les lèvres des quatre natifs. Selon eux, cela permettrait de développer l’économie, mais aussi aux gens de s’intéresser davantage à la région.

« Les loyers et les taxes de maison ne sont vraiment pas chers dans la région. Les emplois qui sont difficiles à avoir pourraient être accessibles pour les gens résidant des deux côtés », croit Mme Lambert.

« Cela va nous faire connaître. Les gens vont pouvoir aller et venir plus facilement un peu partout », assure Mme Salvail.

Une image moins reluisante

Même s’ils apprécient leur région, les quatre participants s’entendent pour dire que l’image de Sorel-Tracy n’est pas très bonne à l’extérieur. Son emplacement «au bout de la 30», le repaire des Hells Angels, un lieu où il n’y a rien à faire; les qualificatifs donnés à Sorel-Tracy sont souvent négatifs, croient-ils.

« Mes amis de Repentigny ont même une expression qui dit : être dans le champ comme à Sorel-Tracy. J’avais été surprise d’entendre ça, mais en règle générale, l’opinion des gens est très négative. Je crois que les plus jeunes qui vont étudier à l’extérieur ne sont pas de bons ambassadeurs de la ville. On devrait s’attarder sur eux pour que leur discours soit plus positif. Il faut qu’ils aient dans leur bagage le désir d’en parler et de revenir », soulève Mme Gélinas St-Ours.

Mme Salvail et M. Lepage ont un sentiment d’appartenance et de fierté très élevé. Selon eux, la région possède de bons ambassadeurs au niveau culturel et sportif, ce qui permet de donner une belle image de la région.

« On rencontre beaucoup de solidarité. On a beaucoup de talent ici autant du point de vue sportif, des artistes et des artisans. Les gens de Sorel, même si on ne les connait pas personnellement, on aime les voir réussir ailleurs et les suivre dans les journaux. On les appuie et on est très fier », conclut Mme Salvail.

Les participants ont été sélectionnés au hasard après un appel Facebook sur la page du journal Les 2 Rives. Aucun d’entre eux ne se connaissait et ils ont été choisis pour représenter différentes strates de la population afin que le reportage soit le plus représentatif possible de ses habitants.

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