20 juillet 2015
Les municipalités rurales se sentent négligées par Québec
Par: Louise Grégoire-Racicot
Le transport collectif est un des projets dans lequel de l’argent provenant du pacte rural a été investi. | Photo:TC Média - Archives

Le transport collectif est un des projets dans lequel de l’argent provenant du pacte rural a été investi. | Photo:TC Média - Archives

Déception chez la plupart des maires ruraux de la région: l’annulation du pacte rural à compter de 2016 les privera de sommes intéressantes pour concrétiser des projets ajustés aux besoins de leurs commettants.

« Il était prévu que le pacte rural s’étale sur dix ans (2014 à 2024). Le gouvernement y met fin brutalement en 2016, après deux ans seulement. C’est d’autant triste que ce pacte permettait de renforcer le développement des milieux ruraux. Quel message veut-on nous envoyer sur l’importance du milieu rural? On ne sait pas », affirme le maire de Massueville, Denis Marion, président du comité de la ruralité à la MRC de Pierre-De Saurel.

Le pacte qui a débuté en 2002 soutenait des projets qui amélioraient des conditions de vie des collectivités rurales et misaient sur les gens qui vivent dans les milieux ruraux afin de mieux utiliser les ressources naturelles et patrimoniales de leurs collectivités.

Plusieurs projets ont été déployés grâce à l’argent du pacte (voir autre texte).

Qu’en disent les autres maires ruraux?

Pour un, le préfet Claude Pothier, maire de Saint-Roch-de-Richelieu, trouve la situation inquiétante. « Ce fut un choc pour la ruralité. On est devant le néant même si on nous dit qu’il faut d’abord s’entendre sur un pacte fiscal. »

Le pacte a permis d’améliorer les services, dit-il. « Toutes les municipalités en ont profité. On a pu installer Internet haute vitesse dans nos milieux grâce à la fibre optique. Que fera-t-on dans le futur? On ne le sait pas. On ne peut que planifier à très court terme. »

À Sainte-Victoire-de-Sorel, le maire Jean-François Villiard rappelle que le pacte était un levier important pour sa municipalité qui a permis notamment d’aménager le site de Sainte-Victoire en fête avec ses sentiers de marche sécuritaires.

Gilles Salvas de Saint-Robert rappelle qu’il a aussi utilisé l’argent du pacte fiscal. « Ça nous a permis de réaliser des projets comme le terrain des loisirs, sans augmenter les taxes de nos contribuables. Sans pacte, il faudra piger dans leurs poches pour réaliser d’autres projets. »

À Saint-David, dit son maire Michel Blanchard, l’argent du pacte rural a permis de mettre en place la garderie, la bibliothèque, etc. « Sa disparition nous affecterait beaucoup surtout qu’on est coupé de partout. C’est le cas de toutes les petites municipalités comme la nôtre. »

À Saint-Gérard-Majella, le maire Luc Cloutier n’est pas inquiet outre mesure. Il croit que ce pacte sera remplacé par un autre programme, mais il reconnaît que sa municipalité a profité de sommes qui en provenaient pour aménager ses parcs publics et de pétanque.

À Saint-Ours, le maire Sylvain Dupuis reconnaît que les 38 000$ venant du pacte rural ont donné un bon coup de pouce à la municipalité pour établir son parc multigénérationnel.

« Ça nous a permis ensuite d’aller voir l’entreprise privée pour chercher des sommes additionnelles. L’argent du pacte a aussi permis d’installer le WiFi dans les parcs, ce que tous apprécient. »

Mais il a confiance que l’argent sera toujours disponible à l’intérieur d’autres programmes pour que les municipalités assument leurs responsabilités.

La disparition du pacte rural s’ajoute au reste, note le député Sylvain Rochon. « On a laissé tomber le développement local en affectant les CLD, on a fusionné commissions scolaires et hôpitaux. Et le pacte rural qui a fait lever tant de choses disparaît à son tour. Où est donc l’intérêt pour les régions? », se demande-t-il.

Quant au ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire, a précisé sa porte-parole Audrey Garon, c’est via le pacte fiscal transitoire que les transferts financiers aux municipalités pour 2015 s’appliquent du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2015. « Le gouvernement a entrepris des discussions avec ses partenaires municipaux en vue de conclure un nouveau pacte fiscal qui s’appliquerait à partir du 1er janvier 2016. »

Pacte rural en bref

Le pacte rural a été implanté en 2002. Les municipalités de la MRC de Pierre-De Saurel ont su en profiter pleinement, déposant de petits projets d’abord (mobilier urbain, enseignes, etc.). Avec les années, elles ont déposé des projets de plus grande envergure, voire même régionaux. Voilà une liste non exhaustive des réalisations quand on fouille dans les rapports d’évaluation des pactes passés.

Réalisations de 2002 à 2007

L’implantation de la fibre optique.

Création d’une coop de santé couvrant plusieurs municipalités.

53 projets communautaires (en tourisme, culture, amélioration des services de proximité).

Réalisations de 2007 à 2014

Embauche d’une agente responsable de la politique familiale, une autre de la politique culturelle et un de développement rural.

Naissance de « La route des épouvantails ».

Menée d’enquêtes orales auprès de personnes âgées sur certains aspects de la vie régionale.

Service de transport collectif.

Service Internet Haute-Vitesse en ruralité (études de faisabilité, achat d’équipement et mise en place de la Coopérative de services Internet Pierre-De Saurel).

Sites web (conception, programmation et l’hébergement de sites web) pour les municipalités.

Concertation des intervenants du bassin versant de la Baie Lavallière.

Parcs dans différentes municipalités.

Mémoires de St-Ours.

Restauration du cimetière Wurtele.

Presbytère Saint-Roch et ses activités.

Club agroenvironnemental.

Bateau passeur pour cyclistes.

Jeux d’eau.

Quelques chiffres
Années Versé par le pacte Investissements totaux Retombées
2002-2007 445 479$ 1 000 000$ 2,9M$
2007-2014 2 089 617$ 4 558 668$ ND
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