14 octobre 2015
Les maires applaudissent la décision
Par: Julie Lambert
Ottawa ne donnera pas son aval à Montréal pour le déversement des eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent avant qu’un expert indépendant se penche sur la question. | © Studio Manning - Philippe Manning

Ottawa ne donnera pas son aval à Montréal pour le déversement des eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent avant qu’un expert indépendant se penche sur la question. | © Studio Manning - Philippe Manning

Le lieutenant politique au Québec de Stephen Harper, Denis Lebel, a annoncé cet après-midi que le gouvernement fédéral va s’en remettre à un expert indépendant avant de donner son aval au déversement de huit milliards de litres d’eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent par la Ville de Montréal.

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M. Lebel a décrété un « arrêté provisoire » de l’opération en vertu de l’article 37 de la Loi fédérale sur les pêches. Le fédéral ne sait pas pour l’instant si les substances déversées dans le fleuve « ont un degré de toxicité aigu ».

En rappelant que le ministère avait le dossier entre les mains depuis un an et accusant le gouvernement de faire de la politique sur le dos des Montréalais, le maire de Montréal, Denis Coderre, a assuré aux médias qu’il respectera la décision, mais qu’Ottawa devra porter la responsabilité si des impacts surviennent à Montréal.

« S’il y a des bris, parce qu’il va y avoir des bris, à ce moment-là, il va y avoir encore plus de déversement dans le fleuve. Ça va aussi créer des problèmes à notre usine d’épuration et là, il va y avoir encore plus d’eaux usées. Là, on va être en réaction, plutôt qu’en planification», a-t-il soutenu.

Le dossier en sursis

L’actuelle décision de la ministre de l’Environnement a été bien accueillie dans la région, même si elle sera tranchée par le nouveau gouvernement après le 19 octobre. Le maire de Sorel-Tracy, Serge Péloquin, pense par contre que le dossier est encore loin d’être clos.

« Le fédéral a décidé de ne pas jouer les emmerdeurs. Le fleuve est actuellement en sursis. Il faut voir plus loin : nous devons trouver collectivement une solution durable à ce problème. On s’est rendu compte grâce à tout ça à quel point il y avait du travail à faire. Nous avons aussi été surpris de ce qui se passait dans les autres municipalités et compris pourquoi certaines sont restées silencieuses », a-t-il dit.

Le maire de Sainte-Anne-de-Sorel, Michel Péloquin, se réjouissait que le déversement soit suspendu. Même s’il croit que cette décision est surtout politique, il pense que la médiatisation de l’événement aura eu un effet positif.

« Peu importe la décision qui sera rendue, jamais une campagne de sensibilisation n’aura été aussi efficace. Une pétition de 90 000 noms a été signée par la population et il y a eu de nombreux échanges dans les médias. Tout ça ne peut qu’être une bonne nouvelle pour la conscientisation des gens sur les eaux usées rejetées dans le fleuve », souligne-t-il.

De son côté, la mairesse de Contrecœur, Suzanne Dansereau, pense que le battage médiatique a été fait sur le dos de la Ville de Montréal qui n’a tout simplement pas le choix en ce moment de procéder à ce déversement.

« La décision du fédéral ne m’a pas surprise, c’est politique. Cette période avait été évaluée comme la moins dérangeante pour l’environnement. Je connais des villes au Québec qui n’ont rien fait dans les dernières années pour améliorer le rejet de leurs eaux usées. C’est un mouvement de masse. Tout le monde devrait regarder dans sa cour avant de crier au scandale », déplore-t-elle.

Le conseiller responsable de l’environnement au Conseil des Abénakis d’Odanak, Alexis Wawanoloath, se dit satisfait, peu importe la raison derrière la décision du gouvernement conservateur de demander un arrêt du déversement.

« Il [NDLR : le gouvernement] a au moins décidé d’agir. On espère que l’expert indépendant consultera les communautés autochtones. Nous n’avons toujours eu aucune réponse à nos demandes aux gouvernements provincial et fédéral pour qu’ils respectent leurs obligations à notre égard. On va attendre les prochaines actions », conclut-il.

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