30 janvier 2018
Les infirmières essoufflées par le temps supplémentaire obligatoire
Par: Sarah-Eve Charland

La vice-présidente de la FIQ Fannie Thivierge et le président Jean-Michel Varin dénoncent l'augmentation de temps supplémentaire obligatoire à l'Hôtel-Dieu de Sorel. (Photo : Sarah-Eve Charland)

La pénurie d’infirmières est de pire en pire à l’Hôtel-Dieu de Sorel. Elles ont dû multiplier les heures supplémentaires obligatoires au cours des derniers mois. Bien que dénoncée à plusieurs reprises, la situation s’est gravement détériorée.

Selon la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), plus de 100 quarts de travail en temps supplémentaire obligatoire ont été attribuées auprès des infirmières et infirmières auxiliaires de décembre à janvier, ce qui équivaudrait à plus de 800 heures. Le calcul du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) Montérégie-Est s’élève plutôt à 85.

« La situation est pareille partout dans le réseau, mais elle est pire à Sorel-Tracy parce que les équipes sont plus petites. Le tour pour faire du temps supplémentaire obligatoire revient plus rapidement. Il y a une grave problématique. On a été avisé au début décembre. Depuis, on a des rencontres avec l’employeur à ce sujet », explique le président de la FIQ, Jean-Michel Varin.

L’équipe à l’Hôtel-Dieu de Sorel compte 304 infirmières et infirmières auxiliaires.

La situation s’est aggravée en décembre en raison d’une recrudescence de l’influenza et de la gastro-entérite à l’urgence de l’Hôtel-Dieu de Sorel. À cela s’ajoutent les départs imprévus de personnel qui ne sont pas remplacés, mentionne M. Varin.

« Nous avons connu un achalandage important à l’urgence de l’Hôtel-Dieu de Sorel depuis la période des Fêtes comme dans la plupart des hôpitaux du Québec, souligne la porte-parole du CISSS, Catherine Latendresse. La présence de deux virus de la grippe simultanément ainsi que le vieillissement de la population sont des facteurs importants. Les problèmes de santé sont plus graves, les soins nécessaires plus importants, ce qui contribue à l’achalandage de l’urgence. »

Selon le président de la FIQ, la situation est alarmante. « En plus, il y a le temps supplémentaire habituel qui s’additionne. Plusieurs en prennent pour aider. Au final, les infirmières viennent dans mon bureau en détresse, en larmes ou en risque de faire des erreurs. Même durant leur quart de travail régulier, elles n’ont pas la conscience tranquille parce qu’elles savent que leur tour arrive bientôt », dénonce-t-il.

Au cours des dernières semaines, le syndicat a fourni des informations auprès de ses membres. Selon le code de déontologie, elles peuvent refuser un temps supplémentaire obligatoire si elles ne sont pas aptes.

« Par exemple, si elles se considèrent trop fatiguées ou à risque d’erreurs. Pour le moment, aucun cas de refus n’est venu à mes oreilles, mais je ne serais pas surpris qu’il y en ait eu », ajoute M. Varin.

Le CISSS en mode réaction

Le CISSS reconnaît qu’il y a eu une augmentation marquée en décembre et en janvier à l’Hôtel-Dieu de Sorel. En plus des virus et des départs d’employés, le CISSS a dû s’adapter au transfert d’une vingtaine d’employés vers le nouveau centre de détention ouvert depuis cet automne.

Il mise donc sur une campagne de recrutement, mais se bute également à des campagnes de recrutement dans l’ensemble des établissements de santé du Québec, aussi à la recherche de personnel infirmier.

L’organisation a ouvert un poste d’infirmière auxiliaire aux équipes à l’ambulatoire, un agent de sécurité et un commis de nuit en support à l’équipe, un préposé de soir aux soins intensifs et à l’urgence et une infirmière assistante à l’urgence et aux soins intensifs. Elle prévoit également recourir à de la main-d’œuvre indépendante.

Mesures de soutien

La mise sur pied d’un comité de travail d’où découlera un plan d’action en fonction des actions et pistes de solutions retenues.

– La coordonnatrice des séjours du Réseau local de santé (RLS) Richelieu-Yamaska a été envoyée à plusieurs reprises en support au RLS de Pierre-De Saurel pour diminuer la pression sur l’urgence.

– Une présence soutenue du conseiller-cadre de la direction des soins infirmiers.

– Le changement des moniteurs cardiaques à l’Unité des soins intensifs permettant d’avoir une meilleure technologie et facilitant la surveillance.

– Le déplacement de personnel entre les services pour répondre le plus adéquatement aux besoins.

– Le prêt de service des infirmières des autres installations du CISSS afin de prêter main forte.

– Information régulière de la situation aux syndicats.

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