1 décembre 2015
Les directions trouvent les coupures difficiles à encaisser
Par: Julie Lambert
Les CPE déplorent que la qualité des services aux enfants pourrait être affectée par les nouvelles coupures du gouvernement. | Photo: TC Média - Julie Lambert

Les CPE déplorent que la qualité des services aux enfants pourrait être affectée par les nouvelles coupures du gouvernement. | Photo: TC Média - Julie Lambert

Les Centres de la petite enfance (CPE) de la région vivent difficilement les coupures exigées par le gouvernement libéral dans les derniers mois. Leurs budgets ont été amputés et le seront encore l’an prochain, créant de l’incertitude auprès des directions qui ne savent plus où couper sans toucher aux services offerts aux enfants.

Pour sensibiliser le public à leur réalité, les CPE ont amorcé une campagne de sensibilisation intitulée CPE en péril, depuis le 17 novembre dernier, en installant devant leurs locaux des affiches dénonçant la hauteur de la coupure imposée.

La directrice du CPE des Marguerites, Lucie Saint-Germain, ne sait plus quoi penser de la situation présentement. Son budget de 1,2 M$ par année a été amputé de 33 545$. Elle croit que les nouvelles coupures ne seront pas faciles à encaisser.

« C’est très inquiétant. Nous avons réussi à pallier les coupures cette année, mais on ne sait pas comment faire l’an prochain. Sérieusement, on ne sait pas pourquoi le gouvernement s’acharne comme cela sur les CPE », déplore-t-elle.

Du côté du CPE La Marelle, le budget de 1,7 M$ a dû être réduit de 66 000$ cette année. Sa directrice Isabelle Guay attendra le mois de janvier pour faire les choix qui s’imposent en 2016 puisque le ministère de la Famille travaille actuellement sur la refonte du financement du réseau.

« J’aime mieux savoir comment il souhaite qu’on le fasse avant d’essayer de couper à un endroit et le regretter par la suite. J’ai 156 enfants par jour dans mes installations. Il faut bien qu’ils mangent et aient une éducatrice. On ne sait pas à quoi le gouvernement joue. C’est triste », réagit-elle.

Plus de marge de manœuvre

Dans les dernières semaines, le Regroupement des centres de la petite enfance de la Montérégie (RCPEM) a dénoncé les coupures de 8,5 M$ faites dans les CPE de la région en 2015.

Selon la directrice générale du RCPEM, Claudette Pitre-Robin, les directions des CPE sont à bout de souffle et n’ont plus aucune marge de manœuvre pour faire face aux autres coupures prévues l’an prochain.

« Plusieurs directions sont très découragées. Les CPE ont coupé partout où ils pouvaient. Ils n’ont pas touché aux services, mais plus des trois quarts du budget total sont consacrés au salaire des éducatrices, une masse salariale normée, qui respecte l’ancienneté et la formation. Le reste n’est que du soutien et du service direct aux familles et aux jeunes enfants », souligne-t-elle.

Mme Pitre-Robin souligne que le budget des CPE a été réduit en moyenne de 3%, mais un autre effort devra être réalisé l’an prochain avec une coupure supplémentaire anticipée de 120 M$ pour le Québec, dont 13,8 M$ seulement en Montérégie.

« Cela s’ajoutera à ce que nous avons déjà fait. Le gouvernement ne semble pas comprendre qu’il ne reste plus d’endroit où couper sans toucher à l’essentiel. On y goûte présentement. »

Le personnel des CPE a participé à une manifestation le 28 novembre à Montréal pour dénoncer la situation.

La refonte du système de financement est nécessaire, croit le ministère

Alors que le gouvernement du Québec avait demandé un effort budgétaire de 74 M$ au réseau des garderies en mars dernier, le ministère de la Famille a annoncé des coupures de 120 M$ en 2016, ce qui cause une vague d’inquiétude dans tout le réseau.

Le ministère est conscient des craintes soulevées par le réseau des CPE, souligne sa porte-parole Nadia Caron. Un groupe de travail sur les services de garde subventionnés évalue en ce moment plusieurs scénarios, souligne-t-elle.

« Nous avons des échanges avec les garderies et nous sommes dans une phase exploratoire. Nous ne sommes pas encore à l’étape de trouver des solutions », mentionne Mme Caron.

Selon elle, le ministère trouve important de remettre à niveau le modèle de financement qui n’a pas été revu depuis une quinzaine d’années. Le ministère comprend les inquiétudes des CPE, affirme la porte-parole, et les discussions se poursuivront au cours des prochaines semaines.

« À l’heure actuelle, on mise sur un constat commun. Des solutions finales seront apportées éventuellement en prenant en compte les réalités du réseau », dit Mme Caron.

La ministre de la Famille, Francine Charbonneau, a expliqué aux médias la semaine dernière qu’il n’est pas normal que le tiers des CPE affiche de bonnes performances budgétaires.

« On ne peut pas passer à côté du fait qu’il faut se poser des questions sur pourquoi il y a un tiers performant? Pourquoi, en ce moment, il y en a qui réussissent très bien et il y en a qui ont de la difficulté? Est-ce que c’est les régions? Est-ce que c’est le nombre qu’on accueille dans les CPE? (…) Il faut qu’on se questionne », a–t-elle réagi.

Encore des surprises

Ces difficultés s’ajoutent à celle de la nouvelle tarification des services de garde subventionnés appliquée depuis quelques mois aux revenus des parents.

Pour le moment, les impacts ne se font pas encore sentir, affirment les directrices des CPE de la région, mais cela ne devrait pas tarder.

« On en saura plus lorsque les rapports d’impôt seront faits. On ne sait pas si les gens vont trouver plus avantageux de se tourner vers le privé. Cela met vraiment en péril notre système public actuellement », mentionne la directrice du CPE des Marguerites, Lucie Saint-Germain.

La directrice du CPE La Marelle, Isabelle Guay, pense même mettre sur la glace son projet de nouvelle installation en raison du branle-bas de combat vécu dans le réseau.

« Plusieurs scénarios circulent, dont la fusion des CPE. Je pense que cela pourrait inciter des gens à se tourner vers le privé. Nous avons toujours eu des listes d’attente dans les dernières années, mais pour la première fois, peut-être que nous aurons besoin de faire de la publicité pour vanter nos services », se questionne-t-elle.

Du côté de l’Association des garderies privées du Québec, le président Samir Alahmad mentionne que ses membres vivent actuellement les deux côtés de la médaille.

La majorité de ses membres sont des garderies privées subventionnées à qui Québec a également exigé des coupes de l’ordre de 22 M$, mais le reste représente les garderies privées non subventionnées.

« Les coupures nous préoccupent. Avant, les parents choisissaient surtout les garderies privées non subventionnées en attendant de trouver une place dans le réseau public. On pense que plusieurs calculeront et trouveront plus avantageux de rester dans leur garderie privée surtout s’ils sont satisfaits des services et de sa proximité », mentionne M. Alahmad.

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