9 septembre 2016
Les conducteurs encore nombreux à enfreindre la loi
Par: Julie Lambert

Alors qu’un coroner suggère de criminaliser le cellulaire au volant, les citoyens semblent toujours banaliser ce geste. Une enquête non scientifique effectuée par le journal La Voix révèle qu’environ 10% des 420 conducteurs observés utilisaient leur téléphone cellulaire au volant malgré l’interdiction en vigueur depuis 2008.

À trois reprises, la journaliste s’est rendue à un endroit déterminé où il y a un fort achalandage de véhicules pour noter, dans un calepin, les conducteurs qui prenaient leur téléphone en main alors qu’ils étaient sur la route.

Le premier test s’est déroulé à la sortie du Cégep de Sorel-Tracy, en fin d’après-midi. En 40 minutes, on a noté le passage de 61 automobilistes, mais seulement deux d’entre eux ont fait le mouvement pour consulter leur téléphone, soit d’avoir la tête légèrement penchée ou un geste avec le bras qui s’allonge.

Près de 220 conducteurs ont été observés lors du deuxième test qui avait lieu en face de l’intersection près du stationnement de l’épicerie Métro du secteur Tracy, sur l’heure du dîner. Au cours de cette opération, 23 personnes avaient un téléphone en main.

La troisième fois, la journaliste s’est installée aux feux de circulation à l’angle du boulevard Poliquin et de la rue Dauplaise, près du IGA, vers l’heure du souper. Sur 142 automobilistes, une quinzaine ont baissé la tête pour consulter leur appareil pendant qu’ils attendaient sur le feu rouge pour qu’il passe au vert.

Au total, sur les 423 automobilistes observés, un total de 40 conducteurs ont été aperçus avec leur téléphone en main, soit environ 9,5%. Les conducteurs fautifs n’étaient pas seulement des jeunes, mais provenaient de plusieurs catégories d’âge.

Des résultats peu surprenants

Informée par le journal La Voix sur les résultats de son enquête, l’instructrice de l’école de conduite Bouvier, Denise Drolet, trouvaient que les chiffres représentaient la réalité sur le terrain.

Souvent sur la route pour donner des cours, elle constate que les conducteurs enfreignent régulièrement la loi, que ce soit sur des feux rouges ou directement sur la route.

« Il m’arrive qu’un jeune me dise : pourquoi le conducteur n’avance pas? Je lui dis : regarde, sa tête est penchée, il est sur son cellulaire. Le message ne passe pas même si la loi est encore plus sévère. Les gens ont tendance à croire que ce n’est pas si dangereux que ça. Même dans nos cours, les jeunes ont de la difficulté à le laisser de côté », déplore-t-elle.

Selon les chiffres obtenus auprès de la Société d’assurance automobile du Québec (SAAQ), le nombre de constats d’infraction sont en diminution depuis 2012 (voir tableau).

Selon sa porte-parole Audrey Chaput, il est risqué d’interpréter ces chiffres puisqu’ils sont évolutifs et qu’ils dépendent de plusieurs facteurs comme les contestations à la Cour municipale, mais aussi des opérations policières.

« On tire des conclusions seulement lorsqu’on constate une tendance pendant cinq années consécutives. Depuis sept ans, on utilise aussi de plus en plus le téléphone cellulaire, alors il est normal qu’il y en ait plus. Les contrôles policiers sont aussi différents d’une année à l’autre. Il y a des années où cette thématique engendre des efforts intensifs et d’autres moins », conclut-elle.

« Les automobilistes ont besoin d’un message plus clair »

Même si chaque année des campagnes de sensibilisation sont effectuées pour informer les gens des risques d’utiliser son cellulaire au volant, des efforts sont encore nécessaires pour faire changer la tangente.

Selon l’institutrice de l’école de conduite Bouvier Denise Drolet, il faudrait augmenter la sévérité des amendes imposées aux automobilistes déclarés coupables de cette infraction.

« Il y a encore beaucoup d’accidents qui pourraient être évités. L’utilisation du téléphone cellulaire réduit les capacités d’analyser une situation et diminue le champ visuel du conducteur. Utiliser un cellulaire pendant quatre à six secondes à 90 km/h est l’équivalent de traverser un terrain de football les yeux fermés », explique l’institutrice.

Le coroner Michel Ferland a d’ailleurs suggéré, le 22 août dernier, dans son rapport sur l’accident ayant coûté la vie au camionneur Jimmy Brunet-Rotondo, distrait par son cellulaire en mars 2016, de durcir le ton envers les conducteurs pris avec un cellulaire au volant afin de « contrer ce fléau ».

Il déplorait qu’année après année, plus de 60 000 constats d’infraction soient donnés au Québec, malgré les campagnes de sensibilisation et les amendes sévères.

Du côté de la Sûreté du Québec (SQ), la sensibilisation auprès des automobilistes reste une priorité, comme la ceinture de sécurité et la conduite avec les facultés affaiblies.

« Ce sont des infractions sur lesquelles on porte beaucoup d’attention. On effectue différentes opérations au cours de l’année. C’est interdit, mais il y en aura toujours pour enfreindre la loi. Cette distraction est responsable d’une centaine de collisions routières avec blessures de faible gravité par année », se désole la porte-parole de la SQ, Ingrid Asselin.

La Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) poursuit chaque année, depuis la mise en place de la loi en 2008, une campagne pour suggérer aux conducteurs d’utiliser une application qui permet d’envoyer des messages lorsqu’on conduit.

« C’est une application qui fonctionne comme celle « en mode avion ». Un message automatique est envoyé pour dire que le conducteur est en train de conduire. Ce moyen réduit les risques. On sait que pour 50% de tous les accidents, la distraction est un des facteurs contributifs selon les rapports d’accident et pour 33% des décès, la distraction était aussi en cause », renseigne la porte-parole de SAAQ, Audrey Chaput.

Nombre d’infractions pour l’usage d’un téléphone au volant
2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014
MRC Pierre-De Saurel 73 213 200 279 314 267 237
Montérégie 4615 11 667 12 553 13 576 16 971 16 609 15 527
Québec 18 254 48 835 50 647 59 155 62 608 67 567 62 072
*Source : Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ)
Ce que dit la loi sur l’utilisation du cellulaire au volant

Il est illégal de tenir un téléphone en main, peu importe s’il est utilisé pour faire un appel, envoyer un message texte ou aller sur les réseaux sociaux. Seul un appareil de communication vocale sans fil à mains libres, de modèle « Bluetooth » par exemple, est permis par la loi.

Depuis avril 2015, les fautifs sont sanctionnés de quatre points d’inaptitude, contre trois points auparavant.

*Source : Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ)
Sanctions

Utiliser un cellulaire en conduisant ou le manipuler de quelque façon que ce soit entraîne automatiquement:

– une amende de 80$ à 100$

– 4 points d’inaptitude

*Source : Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ)
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