22 janvier 2016
Les clients ne se bousculent pas aux portes
Par: Julie Lambert
Les nouveaux pouvoirs octroyés aux pharmaciens semblent ne pas attirer plus de clientèle depuis le mois de juin. | Photo: TC Média – Archives

Les nouveaux pouvoirs octroyés aux pharmaciens semblent ne pas attirer plus de clientèle depuis le mois de juin. | Photo: TC Média – Archives

Malgré l’octroi de sept nouveaux pouvoirs aux pharmaciens depuis juin, les clients ne se bousculent pas aux portes pour profiter de ces nouveaux services, dont quatre sont payants. Les pharmaciens réussissent tout de même à combler la demande malgré des difficultés financières.

Le projet de loi 41 a permis aux pharmaciens de poser sept actes qui étaient auparavant réservés aux médecins.

Convaincus que cette mesure allégerait le système public surtout en raison de la pénurie de médecins de famille, les pharmaciens s’attendaient à recevoir davantage de demandes au cours des derniers mois.

Mais la clientèle s’est faite timide, souligne le pharmacien propriétaire chez Uniprix, Alexandre Martel. Il craignait de devoir augmenter la charge de travail de ses employés, malgré des budgets plus serrés.

« Les demandes ont commencé très tranquillement, souligne-t-il, mais elles augmentent graduellement. Ça va plutôt bien. Nous avons réussi à instaurer une bonne routine de travail pour que cela ne retarde pas le reste. Nous avons fait travailler des employés supplémentaires et nous avons aussi dit aux gens de prendre rendez-vous. »

S’il n’y a pas autant de personnes que prévu, c’est surtout en raison de leur méconnaissance des pouvoirs déchus maintenant aux pharmaciens, pense pour sa part le pharmacien propriétaire du Brunet, David Gauthier.

« Les gens ne semblent pas encore trop au courant de ce que l’on peut faire ou pas. On a plus de pouvoirs, mais on pourrait dire qu’on les fait avec des menottes puisqu’il y a parfois des contre-indications. Un pharmacien ne remplacera jamais un médecin », pense-t-il.

Il donne en exemple l’Alberta où on avait enregistré peu de demandes la première année de mise en place du service et une augmentation considérable quatre ans plus tard. « Ce n’est pas parti en feu et on n’a pas eu une demande explosive du jour au lendemain. Il faut que la demande se crée. »

Prêts à mettre le prix

Concernant le prix des nouveaux actes, la clientèle semble satisfaite, pense M. Martel. Quatre des actes sont remboursés par la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) ou par l’assureur privé du client. Les trois autres actes ne seront pas rémunérés pour les pharmaciens. Leur prix varie entre 12$ et 25$.

« On essaie de les sensibiliser en leur disant que cela leur évitera d’aller à l’urgence attendre 24h pour traiter, par exemple, un feu sauvage, mais certaines personnes ne veulent pas payer et décident d’aller voir leur médecin. D’autres rouspètent un peu, mais en majorité, les gens comprennent la situation », mentionne le pharmacien.

Entente sur leur rémunération: les pharmaciens estiment perdre des milliers de dollars

Étant donné que le gouvernement n’a pas encore appliqué sa part d’une entente visant la rémunération des pharmaciens, ceux-ci estiment qu’ils en sont présentement affectés dans la région. Ils craignent de tomber dans le rouge depuis l’octroi de leurs nouveaux pouvoirs, mais aussi en raison des compressions imposées par Québec en juin dernier.

Deux pharmacies ont fermé leurs portes au Québec en novembre 2015 et des pharmaciens de la région de Montréal ont dû réduire leurs heures d’ouverture, a souligné le président de l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP), Jean Thiffault.

Le 19 juin dernier, le gouvernement du Québec a signé une entente avec eux afin qu’ils acceptent de subir des compressions de 400 M$ sur trois ans. Depuis septembre, ils ont versé 25 M$ au gouvernement.

En contrepartie, Québec s’était engagé à lever le plafond des ristournes des fabricants de médicaments, qui est gelé à 15%, mais le délai de cette entente se prolonge, déplore M. Thiffault.

« Plusieurs pharmaciens sont inquiets parce qu’ils n’ont pas tous la capacité de faire face aux compressions sans mesure d’atténuation. Ça nécessite des choix douloureux pour certains. Si cela continue tel quel, plusieurs pharmaciens n’auront pas beaucoup d’options », pense-t-il.

Perte de milliers de dollars

Le pharmacien propriétaire chez Uniprix, Alexandre Martel, a perdu 100 000$ dans les derniers mois. Ses ententes avec d’autres secteurs lui ont permis de compenser ses pertes, mais la situation est loin d’être rose, souligne-t-il.

« Depuis ma sortie de l’école il y a 18 ans, je n’ai jamais vu cette situation où des pharmacies ferment. On reçoit même des candidatures de pharmaciens. Mes ententes me sauvent un peu. Je ne suis pas obligé de couper, mais mon profit sera moins élevé à la fin de l’année parce que j’ai compensé mes pertes », mentionne-t-il.

Un des pharmaciens propriétaires chez Brunet, David Gauthier, constate dans son milieu professionnel que plusieurs pharmacies en arrachent depuis les derniers mois.

Avec l’augmentation des pouvoirs et des compressions, les pharmaciens se demandent comment ils vont y arriver, analyse-t-il.

« On ne souffre pas encore de ça, mais ça nous enlève des milliers de dollars chaque mois. Je connais des propriétaires qui sont sur leur mage de crédit et qui subissent des pertes énormes. Cela ne peut pas continuer comme ça parce que certains n’en viendront pas à bout », croit M. Gauthier.

Dans les délais

Du côté du gouvernement, l’attachée de presse du ministre de la Santé et des Services sociaux, Joanne Beauvais, explique que le processus suit son cours à l’Assemblée nationale et que pour cela, cela prend du temps.

« Le projet de loi 81 doit être entériné et l’entente s’étalera sur trois ans dès son entrée en vigueur. Le processus suit son cours et nous n’avons pas d’échéancier. Le ministère est conscient des préoccupations des pharmaciens et de leur positionnement », conclut-elle.

Les sept nouveaux actes

– Prescrire un médicament lorsqu’aucun diagnostic n’est requis. (Diarrhée du voyageur, nausées de grossesse, cessation de tabagisme, contraception orale temporaire)

– Prescrire des médicaments lorsque le diagnostic est déjà connu. (Eczéma, infection urinaire récente, vaginite à levure, feu sauvage)
– Prolonger l’ordonnance d’un médecin.
– Ajuster l’ordonnance d’un médecin.
– Prescrire des analyses de laboratoire.
– Substituer un médicament.
– Administrer un médicament pour démontrer l’usage approprié.
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