11 août 2015
Les agriculteurs craignent le pire
Par: Sarah-Eve Charland
Le vice-président de la Fédération des producteurs laitiers de la Montérégie-Est, François Cournoyer, craint de perdre une part du marché advenant l’entente d’un accord de libre-échange transpacifique. | TC Média - Sarah-Eve Charland

Le vice-président de la Fédération des producteurs laitiers de la Montérégie-Est, François Cournoyer, craint de perdre une part du marché advenant l’entente d’un accord de libre-échange transpacifique. | TC Média - Sarah-Eve Charland

L’inquiétude règne chez plusieurs producteurs agricoles de la région alors que le gouvernement du Canada est en pleine négociation d’un accord de libre-échange avec des pays de l’Asie. Advenant un accord, les producteurs pourraient perdre une partie du marché canadien.

Le gouvernement du Canada était sur le point de conclure l’accord de libre-échange du Partenariat transpacifique avec des pays de l’Asie et des Amériques le 31 juillet. L’entente n’a pas été conclue et les agriculteurs demeurent dans l’incertitude.

« Nous sommes très inquiets. Cet accord pourrait mettre en danger le système de la gestion de l’offre qui permet une stabilité aux producteurs. C’est un très beau système. C’est important de le garder », explique le vice-président du Syndicat de la Fédération des producteurs laitiers de la Montérégie-Est et copropriétaire d’une ferme à Sainte-Victoire-de-Sorel, François Cournoyer.

On compte 370 fermes dans la MRC Pierre-De Saurel. Les producteurs d’œufs de consommation et les producteurs laitiers représentent respectivement 8% et 5% des productions en Montérégie. Plus de 70 fermes sont touchées par la gestion de l’offre dans la région.

Le domaine agricole produit des recettes monétaires de 2,5 milliards de dollars par année en Montérégie, ce qui équivaut à 33% des recettes agricoles québécoises. La production laitière dans la MRC Pierre-De Saurel rapporte 22,8 M$ en revenus annuellement.

Le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA) de Richelieu-Yamaska, Sylvain Joyal, a constaté une vague d’inquiétude parmi les agriculteurs de la MRC.

« C’est le sujet de l’heure. Ça se parle beaucoup. Plus de 99% des agriculteurs de la région veulent protéger ce système. Je suis producteur de grain. J’aimerais beaucoup que la gestion de l’offre s’applique à mon domaine. »

La gestion de l’offre

Le système de la gestion de l’offre touche les producteurs laitiers, d’œufs, de poule d’engraissement, de poulet d’incubateur et de dindes. Depuis les années 70, le gouvernement établit des quotas selon les besoins du marché.

« On produit ce qu’on consomme. On s’arrange pour qu’il n’y ait pas de perte. On a un système stable. Si jamais le gouvernement cède la gestion de l’offre, c’est tout le Canada qui va souffrir », croit-il.

Convaincu du bienfondé du système de la gestion de l’offre, M. Cournoyer ne croit pas que le gouvernement abandonnera complètement ce fonctionnement.

« Par exemple, il peut céder 2% du marché. Cela veut dire que 2% des produits sur les tablettes ne proviendront plus du Canada et que les producteurs vont produire 2% de moins. On ne sait pas combien on va perdre », ajoute-t-il.

Le dossier de l’accord de libre-échange Canada-Europe n’est pas encore terminé non plus. Advenant une entente, on estime que les producteurs et transformateurs canadiens perdront 500 M$ de revenus, souligne M. Cournoyer. « Que va-t-on perdre encore? »

Les agriculteurs comptent bien ne pas se laisser faire. Bien que pour le moment, aucun moyen de mobilisation ne soit en marche, les agriculteurs rencontreront tout de même les candidats en lice pour les élections fédérales.

Les candidats défendent les agriculteurs de la région

La gestion de l’offre et l’accord de libre-échange transpacifique feront partie d’un des dossiers chauds de la campagne électorale dans le comté Bécancour-Nicolet-Saurel alors que les candidats en feront l’un de leurs chevaux de bataille.

Le député sortant et candidat pour le Bloc québécois, Louis Plamondon, a déjà lancé quelques flèches à ses adversaires sur le sujet en leur demandant d’afficher clairement leur position. Il n’est pas question de conclure une entente sur le dos des agriculteurs, affirme-t-il.

« Je serai le défenseur de la gestion de l’offre. Je compte remettre sur la place publique ce dossier. Puisqu’il n’y a pas eu d’entente, ça nous laisse du temps. En Nouvelle-Zélande, le gouvernement a abandonné ce système. Près de 60% des fermes ont fait faillite. On ne peut pas laisser passer ça », assure-t-il.

De son côté, le candidat pour le Nouveau Parti démocratique (NPD), Nicolas Tabah, compte également se battre pour garder ce système en place. « Il ne doit y avoir aucun compromis. C’est notre façon de faire et c’est la meilleure. Ça permet d’avoir des produits de qualité dans nos assiettes et de garder nos emplois. »

Le candidat libéral, Claude Carpentier, a mis ce dossier au sommet de ses priorités. « La circonscription est un grand territoire agricole. Nous avons plusieurs producteurs laitiers. Il faut que le système soit maintenu tel qu’il est en ce moment. »

Un gouvernement confiant

L’accord commercial entre le Canada et le Japon permettrait de supprimer les droits de douane et renforcer les possibilités d’investissement dans de nombreux domaines tels que les secteurs agroalimentaires, des produits forestiers, du poisson et de la fabrication, peut-on lire dans un communiqué du ministre du Commerce international, Ed Fast.

« Notre gouvernement est résolu à créer des emplois pour les travailleurs canadiens et des occasions pour les entreprises des quatre coins du pays, en stimulant les échanges et les investissements avec l’Asie-Pacifique », a-t-il souligné dans le communiqué.

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