22 mai 2018
L’école et nous
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit un éditorial hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

Les palmarès canadiens comparatifs, qu’ils traitent des taxes et impôts, des rémunérations des médecins ou du taux de diplomation des étudiants du secondaire, me semblent toujours boiteux.

Pourtant, on leur confère un statut révélateur, les qualifiant d’inquiétants, descriptifs, objectifs. Même s’ils ne comparent souvent, selon moi, que des pommes avec des oranges.

Car en les présentant, on décrit rarement la méthodologie utilisée et les contextes précis dans lesquels se vivent les situations que l’on cherche à exposer et comparer.

Le taux de taxation des municipalités m’est toujours apparu comme un exemple flagrant. Ces statistiques comparaient celui de Sorel-Tracy – trop élevé par rapport à celui de villes comparables, dénonçaient alors des citoyens.

Pourtant, ce taux ne disait rien en soi. Il ne prenait son sens que si accouplé à l’évaluation municipale. Seule la facture finale adressée au contribuable compte. Ce qu’on ne trouvait pas dans ces palmarès.

Les palmarès scolaires sont du même acabit. Récemment, les comparaisons entre les taux de diplomation plaçaient le Québec en fin de peloton canadien. Ce qui a soulevé un tollé de questions et de protestations.

Pourtant, rien n’est aussi divergent que les approches de formation scolaire entre les provinces – de l’âge de fréquentation scolaire aux programmes obligatoires, des tests imposés à leur évaluation.

Ce qui importe donc, ce n’est pas de savoir qu’en Ontario, plus de diplômes sont accordés, mais de savoir si la réalité québécoise s’améliore par rapport à l’année précédente. En la comparant à elle-même. En identifiant les avancées et les reculs pour déterminer la suite des choses en matière de décrochage, par exemple.

Attention, rien n’empêche de constater les réalisations des autres et de s’en inspirer pour améliorer les nôtres et d’estimer s’il serait sage de les implanter chez nous.

Encore faut-il aussi définir ce qu’est la réussite : des notes parfaites? Moins de décrochage? Un secondaire terminé en cinq ans? Oui, il y a un prix à payer dans chaque cas.

Mais l’essentiel n’est-il pas que nos étudiants s’intéressent à ce qu’ils apprennent? Découvrent le bien-fondé de l’effort et de la discipline? S’améliorent? Se fassent confiance?

Qu’ils terminent leurs études secondaires en six ans ou sept ans n’est pas l’essentiel. L’important, c’est qu’ils les terminent et les intègrent bien ensuite dans leur quotidien, non? Qu’ils s’accomplissent dans ce qu’ils entreprendront.

Autre rôle essentiel que contribue l’école est la formation d’étudiants autonomes et responsables, capables de communiquer ce qu’ils savent et pensent et s’ouvrent à aborder ce qui est moins clair pour eux. Là, on n’a pas de comparaisons possibles encore!

Dommage que l’on pense que l’école est un milieu de vie qui ne prépare qu’au marché du travail (dont elle n’a pas à adopter les codes et conduites).

Lieu de socialisation, l’école doit aussi nourrir la formation personnelle (morale, sexuelle, éthique, etc.), la transmission de valeurs fondamentales de vie en société, dont le respect de soi et de l’autre.

Microcosme de la société, elle mérite qu’on la revalorise. Qu’on salue et accompagne ceux qui la fréquentent – qu’ils y travaillent ou qu’ils y étudient.

Parce qu’on souhaite toujours contribuer à l’émancipation de notre société sous toutes ses formes, on doit prendre soin de l’école. Y investir attention, temps et argent pour en faire un milieu stimulant. Donc, suivre de près ce qui s’y vit. Après tout, n’y forme-t-on pas les citoyens qui, dans quelques années, prendront la relève de leurs parents vieillissants, à la maison, au travail, entre amis, au sein d’organismes et de groupes communautaires, en milieux économique et politique, voire à la tête du pays?

Je brûle d’entendre ce que les candidats à l’élection de 2018 en pensent.

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