7 novembre 2016
Le secteur laitier devra s’adapter au libre-échange Canada-Europe
Par: Deux Rives
Le vice-président des Producteurs de lait de la Montérégie-Est, François Cournoyer. | Photo: TC Média - Archives

Le vice-président des Producteurs de lait de la Montérégie-Est, François Cournoyer. | Photo: TC Média - Archives

L’Accord de libre-échange Canada-Europe autorise l’importation de 17 700 tonnes de fromages européens. Il affectera des entreprises de la région, croient Alain Chalifoux, Jean-Pierre Salvas et François Cournoyer.

Hommes d’affaires, les trois hommes cherchent à tirer leur épingle du jeu.

Alain Chalifoux, président de la Laiterie Chalifoux, a lancé depuis un an une autre gamme de fromage et de produits, dans un créneau particulier non affecté par ce libre-échange. Il compensera une stagnation possible des ventes de fromages après l’arrivée des produits européens.

« J’espère que ces quotas d’importation seront destinés aux entreprises et non aux épiceries et aux brokers qui ne créent pas beaucoup d’emplois et ne feraient que les revendre. Je me bats pour que ces quotas soient destinés aux transformateurs de fromage, au prorata de leur production. On pourra ainsi les intégrer dans notre production. »

Ce sont plutôt les fromages dits de commodité, comme le Parmesan, le Suisse ou le Gouda qui seront exportés ici, car ils voyagent bien, peuvent supporter 40 jours à bord d’un bateau sans se détériorer, dit-il. Ce qui n’est pas le cas des fromages fins.

Une occasion d’affaires

Jean-Pierre Salvas, de la Fromagerie Le Bédouin de Saint-Robert, a plutôt préparé la voie à l’exportation de ses produits. Il passait, en octobre dernier, au Salon international de l’alimentation (SIAL) de Paris, pour rencontrer des producteurs français intéressés à ses produits destinés aux communautés libanaises.

Et il en a croisé, dit-il. « J’ai trouvé des gens qui savent qu’une telle demande existe. Suivront des visites d’usines », dit-il, optimiste.

« Je crois qu’il y a de la business à faire là. Les gens se promènent d’un pays à l’autre. Pourquoi les aliments n’en feraient-ils pas autant? J’ai déjà du plaisir à voir le lait de nos producteurs de la région voyager dans 70 villes américaines », poursuit-il.

Certains le croiront peut-être naïf, reconnaît-il. « Mais mes fromages voyagent bien! Le gouvernement lève des barrières. La porte ouvre des deux côtés », conclut-il.

Dans la même perspective, il visitera en 2017, le SIAL d’Allemagne.

Des compensations

Ce libre marché avantage de nombreux producteurs canadiens, mais pose des problèmes aux producteurs laitiers, explique M. Cournoyer, de Sainte-Victoire-de-Sorel, premier vice-président des Producteurs de lait de la Montérégie-Est.

« Une portion du marché actuel nous échappera. Elle sera donnée à l’Europe. M. Harper avait promis qu’il y aurait une compensation pour le secteur laitier, mais il ne l’a pas chiffrée. Le gouvernement Trudeau non plus. »

Il estime que le fromage européen remplacera le fromage québécois, car les consommateurs favorisent le prix à la qualité et ne mangeront pas plus de fromage. Ce qui imposerait aux producteurs de lait une perte permanente de 2% de leur marché.

« Ce sont nos perspectives de croissance qui sont menacées. Actuellement, le prix du lait est plus bas qu’il y a six ou sept ans. On consomme le lait autrement, solide plutôt que liquide. Et on est moins payé pour le lait destiné au beurre et aux confiseries que pour celui à boire. »

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