16 février 2016
Le nombre de plaintes pour cruauté animale explose dans la région
Par: Sarah-Eve Charland
Le nombre de plaintes pour cruauté animale sur le territoire de la MRC Pierre-De Saurel est passé de 21 en 2014 à 34 en 2015. | TC Média - archives

Le nombre de plaintes pour cruauté animale sur le territoire de la MRC Pierre-De Saurel est passé de 21 en 2014 à 34 en 2015. | TC Média - archives

La nouvelle loi visant à améliorer le bien-être des animaux, adoptée en décembre 2015, tombe à point : on constate une augmentation de 62% du nombre de plaintes reliées à la cruauté animale entre 2014 et 2015 sur le territoire de la MRC Pierre-De Saurel.

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Cette augmentation n’est cependant pas étrangère au fait que le MAPAQ a instauré en 2014 une ligne téléphonique permettant de dénoncer les cas d’abus à l’égard des animaux.

Les données reflètent le nombre de plaintes fondées et non fondées déposées au ministère de l’Agriculture, Pêcheries et Alimentation du Québec (MAPAQ). Une plainte est déposée lorsqu’une personne a jugé inacceptable une situation impliquant des animaux. Ces plaintes peuvent s’adresser autant à des propriétaires qu’à des animaleries ou des chenils.

Dans la MRC Pierre-De Saurel, 34 inspections ont été réalisées en 2015, comparativement à 21 en 2014. Au Québec, le MAPAQ a enregistré 1706 plaintes et a effectué 3981 inspections en 2015.

« Les inspections sont réalisées en fonction des plaintes et d’une méthode aléatoire pour des inspections surprises », affirme le porte-parole du MAPAQ, Yohan Dallaire-Boily

À chaque fois qu’une plainte est déposée, le ministère dépêche un inspecteur sur les lieux pour établir si la plainte est fondée. Si c’est le cas, l’inspecteur peut donner un avertissement. « On fait un suivi rapproché », ajoute M. Dallaire-Boily.

L’inspecteur peut également donner des constats d’infraction en fonction de la gravité de la faute, sans toutefois se rendre jusqu’à la condamnation. Mais s’il y a récidive, il y a une gradation des pénalités pouvant résulter en une condamnation ou à la saisie des animaux.

Agir pour le bien des animaux

Le propriétaire de l’Hôpital vétérinaire du Bas-Richelieu, Derek Tardif, est souvent l’un des témoins de la maltraitance auprès des animaux. Il lui est arrivé à quelques reprises de soigner des chiens touchés par des balles de plomb.

« Ça me surprend qu’il n’y ait pas plus de plaintes. Dans les cas de maltraitance auxquels je suis confronté, ce ne sont pas les personnes qui maltraitent qui viennent nous voir. On voit les cas par la bande », explique-t-il.

Même si certaines personnes n’osent pas encore dénoncer, la ligne 1-844-ANIMAUX, mise en vigueur en 2014, a permis à un plus grand nombre de personnes de déposer une plainte, croit le porte-parole du MAPAQ.

La directrice générale du Centre animalier Pierre-De Saurel, Karine Marcotte, pense que l’ouverture de l’organisme en février 2013 a eu un impact sur la population. « Les gens sont de plus en plus conscientisés. Je crois que notre présence les rassure aussi. On reçoit plusieurs appels concernant les cas de maltraitance. »

Lorsque le Centre animalier reçoit ce type d’appel, le contrôleur animalier, Marc-André Dionne, entre en jeu. Il doit obtenir des preuves avant de pouvoir donner des avertissements ou des constats d’infraction lorsqu’il est amené à traiter une plainte.

« Je travaille avant tout pour les animaux. Certaines personnes n’ont tout simplement pas les moyens pour garder un animal. Il faut faire attention. Le domaine dans lequel je travaille est très émotif. Il faut savoir agir avec sensibilité et faire comprendre que le bien-être de l’animal est important. C’est une mentalité que la société doit acquérir », mentionne-t-il.

Plaintes et condamnations dans la MRC Pierre-De Saurel

Plaintes Condamnations
2015 34 1
2014 21 0
2013 13 1
2012 7 0
2011 2 0

Le Chenil Riendeau condamné trois ans plus tard

L’ancien propriétaire d’une usine à chiots à Sainte-Victoire-de-Sorel, Maurice Riendeau, a été condamné à verser une amende de 2800$ pour cruauté animale près de trois ans après avoir reconnu sa culpabilité à de multiples infractions liées notamment à la maltraitance de chiens et à l’insalubrité.

L’organisme pour la protection des animaux, Humane Society International Canada a démantelé l’usine à chiots au Chenil Riendeau située à Sainte-Victoire-de-Sorel en juin 2012. Une soixantaine de chiens, qui s’y trouvaient dans des mauvaises conditions, ont été pris en charge par l’organisme.

« Les animaux se trouvaient dans des conditions horribles. Les installations n’étaient pas adéquates pour ces bêtes dont la santé était compromise », a souligné la directrice générale de la Humane Society International Canada, Rebecca Aldworth, au moment du démantèlement.

Le propriétaire, qui a plaidé coupable en octobre 2012, a été condamné pour plusieurs méfaits, dont celui d’avoir élevé des animaux dans des installations jugées dangereuses pour les animaux, de ne pas avoir maintenu les lieux propres et de ne pas avoir nourri suffisamment les animaux en eau potable.

Contacté par le Journal, M. Riendeau n’a pas voulu commenter. Il a confirmé ne plus élever des chiens.

Le jugement est tombé le 26 juin 2015. Il s’agit de la seule condamnation dans la MRC Pierre-De Saurel en 2015.

« Lorsqu’un individu a déjà reçu une plainte, le ministère l’inspecte plus régulièrement par la suite », affirme le porte-parole de l’Agriculture, Pêcheries et Alimentation (MAPAQ), Yohan Dallaire-Boily.

M. Riendeau n’en est pas à ses premiers démêlés avec la justice. Entre 2003 et 2012, il a été condamné à cinq reprises, dans des causes présentées devant les petites créances, à verser une somme compensatoire aux plaignants. En tout, il versé 2381$ en indemnisations. On lui a reproché, entre autres, d’avoir vendu des chiens en très mauvaise santé. Alors que certains chiens étaient atteints de diabète ou du parvovirus, certains étaient si mal en point que les propriétaires ont dû procéder à l’euthanasie.

La loi sur le bien-être animal est applaudie dans la région

Un soulagement, un pas dans la bonne direction, une avancée; les experts qui interviennent auprès des animaux sont unanimes au sujet de la Loi visant l’amélioration de la situation juridique de l’animal, adoptée le 4 décembre 2015 par le gouvernement du Québec.

« Le Québec affichait beaucoup de retard au niveau du bien-être animal. Cette loi représente une évolution législative positive qui témoigne des avancements de notre société », a affirmé le ministre de l’Agriculture, Pêcheries et Alimentation (MAPAQ), Pierre Paradis, par le biais d’un communiqué au moment de l’adoption de la loi.

Les animaux ne seront plus considérés comme un bien meuble, mais comme un être doué de sensibilité. Pour le moment, on ne sait pas encore quels seront les effets sur les services de l’organisme.

La loi prévoit des amendes pouvant atteindre 250 000$ pour une première infraction en lien avec la maltraitance des animaux et des peines d’emprisonnement pouvant atteindre 18 mois en cas de récidive.

« Étant donné les nouvelles dispositions de la loi, ça va permettre de donner des jugements plus sévères. Le ministère s’est doté des outils nécessaires pour pouvoir appliquer la loi de façon efficace », ajoute le porte-parole du MAPAQ, Yohan Dallaire-Boily.

Cette nouvelle loi aura vraiment un effet persuasif, croit le propriétaire de l’Hôpital vétérinaire du Bas-Richelieu, Derek Tardif.

« Avant, un propriétaire pouvait recevoir une amende 250$ alors qu’il peut faire des milliers de dollars en vendant des chiens. Ce n’était pas assez persuasif. Les animaux doivent être protégés. Ça va permettre de donner des dents à cette loi. »

« C’est un grand pas dans la bonne direction », ajoute la directrice générale du Centre animalier Pierre-De Saurel, Karine Marcotte.

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