21 mai 2019
Le 3125, rue Joseph-Simard
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit une chronique hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

Non je ne crois pas qu’un maléfice ait frappé la bâtisse du 3125, rue Joseph-Simard à Sorel-Tracy, bâtiment qui a successivement abrité Conporec, SDD-Conporec, Recyclo-Environnement et Absolu technologies de recyclage. Des entreprises vouées à la récupération et au recyclage de matières résiduelles, disparues aujourd’hui du paysage d’affaires sorelois. Mais cela donne à penser!

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Oui, chacune de ces entreprises a cherché à combler sans succès les ambitions de leader en environnement que la région a caressées au cours des 30 dernières années. Depuis que le Bas-Richelieu a été affublé du titre de la région la plus polluée du Québec à cause notamment de son air au trop plein de SO2, de ses eaux polluées par ses rejets industriels, de ses BPC accumulés, de ses sites contaminés. Ses activités industrielles la minaient à petit feu.

Il a toutefois fallu l’ordonnance par Québec de fermer son site d’enfouissement du rang Sainte-Thérèse et les frais additionnels de transport de ses déchets pour éveiller les consciences et l’audace de certains entrepreneurs régionaux. Ils ont su user de leur éloquence pour convaincre les élus d’alors de leur permettre l’introduction d’une technologie française de compostage et l’implantation de Conporec près de zones habitées afin d’implanter à gros prix une collecte et un traitement de déchets avant-gardistes. La MRC deviendrait ainsi une région qui avait su se virer sur un trente sous et régler sur place le traitement de ses déchets domestiques.

L’histoire a tourné à l’horreur : la technologie convenait peu aux déchets traités, des odeurs irrespirables émanaient du bâtiment. On tardait à trouver des solutions adéquates. Le succès de la vente de bioréacteurs à d’autres municipalités fut mitigée. L’entreprise a fait faillite en 2008.

En 2009, SDD la reprenait, incapable cependant de convaincre des élus, malgré son ambitieux plan d’investissement, de recevoir un contrat de gré à gré. L’usine ferme et SDD dépose une poursuite. Un règlement hors-cour prévaudra en 2016.

Le Recyclo-Centre achète la bâtisse en 2016 pour y implanter une usine de démantèlement de déchets électriques et électroniques. Elle manque de clients et ferme. Enfin, Absolu technologies, qui traite les plastiques recyclés, apparue au dossier à l’automne 2017, déclare faillite en février dernier.

Décidément, le développement durable est un concept attrayant et logique. Mais il tarde à s’actualiser ici.

Préserver l’écosystème est l’objectif global. Contribuer localement est le principe de base. Ce que les élus d’ici ont cherché à faire. Qu’apprendre de ces expériences qui ont coûté temps, énergie et argent?

C’est vrai qu’a certains moments, ces projets ont « boosté » la fierté régionale. Mais à d’autres, elles ont grugé les rapports entre les gens, alimenté la moquerie, sinon le cynisme et la méfiance!

Chose certaine, ces échecs prouvent qu’entreprendre en environnement n’est pas donné à tous. Cela demande imagination et créativité, mais surtout méthode, savoir et connaissances techniques, patience et esprit d’analyse et beaucoup d’argent. Même avec les meilleures intentions du monde, on ne s’improvise pas en la matière, et ce, malgré les sillons ouverts par les Fagen, Melri et Minéraux Mart qui œuvrent déjà dans ce secteur de la récupération.

Cela demande aussi aux décideurs de ne pas se laisser séduire impunément. Ils doivent questionner, savoir compter, se renseigner à diverses sources, de ne pas hésiter à consulter des experts – chercheurs ou ingénieurs – avant d’autoriser des projets. Les savoirs de chacun, leurs hésitations et conseils ne peuvent qu’être bénéfiques pour la suite d’un dossier. Et les frais pour les obtenir valent leur pesant d’or.

Oui il faut continuer de penser en termes de développement durable, mais surtout s’assurer qu’on se donne tous les moyens de sa pérennité.

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