23 octobre 2020
Laiterie Chalifoux : une affaire de famille depuis 100 ans
Par: Jean-Philippe Morin

Cette charrette de livraison de lait, tirée par les chevaux, a été inventée dans les années 20 par Alexandrine Chalifoux, l’arrière-grand-mère d’Alain. Photo gracieuseté

D’aussi loin qu’il se souvienne, Alain Chalifoux a toujours été impliqué avec sa famille dans l’entreprise. La Laiterie Chalifoux, qui fête ses 100 ans cette année, fait remémorer plusieurs bons souvenirs à son président.

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« Toute la famille, on habitait un à côté de l’autre. Quand mon père partait à l’usine à pied le matin, je partais chez mon arrière-grand-mère jusqu’à l’âge de 7 ans et j’allais déjeuner là. Quand je revenais de l’école, il y avait des camions à décharger, du fromage à faire, etc. Toute la famille, ensemble, on s’aidait », raconte Alain Chalifoux, président de l’entreprise depuis 2009.

Alain représente, avec son frère Maxime et sa cousine Mélanie, la quatrième génération des Chalifoux à la barre de l’entreprise. Pour lui, ces souvenirs doivent rester puisqu’ils font partie de l’histoire.

« Nous avions tous des téléphones raccordés sur l’usine avec des câbles souterrains. On dépannait les week-ends et on répondait aux appels quand il manquait de stock chez Steinberg à Montréal. On se parlait avec les intercoms ou on se déplaçait entre les maisons, c’était assez particulier à l’époque », poursuit-il.

Une évolution grâce à l’innovation

C’est justement grâce à l’arrière-grand-mère d’Alain Chalifoux, Alexandrina Chalifoux, que l’entreprise est née en 1920. À cette époque, elle distribuait des surplus de lait de son troupeau.

Puis en 1959, la marque Riviera a vu le jour grâce à l’arrivée du cheddar, gracieuseté de Jean-Paul Chalifoux, le grand-père d’Alain. Il fut l’un des premiers à obtenir son permis de pasteurisation en 1942.

Puis en 1976, le père d’Alain, Jean-Pierre, a repris le flambeau avec ses frères André, Jacques et Sylvain. Ensemble, ils ont modernisé les équipements et implanté des technologies de collecte du lait, des équipements et un processus de fabrication. Ils ont aussi commencé à distribuer leurs produits à travers la province.

Et en 1988, Alain a implanté des innovations de technologie supérieure, comme l’ultrafiltration du lait et la coagulation en contenu, une première en Amérique du Nord.

« Chaque génération a apporté quelque chose. Mon arrière-grand-mère, c’était les voitures à chevaux. Mon arrière-grand-père Napoléon, forgeron de métier, a bâti quatre voitures à lait à l’époque. Puis mon grand-père Jean-Paul a amené l’usine là où elle est présentement, alors qu’elle était auparavant près de la ferme. Avant, c’était du lait pur, mais il a amené le lait pasteurisé, en plus de la vente de lait de consommation à Sorel. Mon père Jean-Pierre a amené le fromage et la qualité. Il a surtout amené notre distribution chez Steinberg », énumère-t-il.

Génération des yogourts

Selon lui, l’entreprise a connu une baisse de régime dans les années 2000. C’est alors qu’Alain, Mélanie et Maxime sont entrés en jeu en 2009. On leur doit entre autres les nouveaux fromages fins et la conquête de l’Ontario et de l’Ouest canadien.

« Ça prenait un autre coup de barre à l’organisation. Avec Mélanie, ingénieure de formation et Maxime, qui a fait ses classes chez le fromager Arla, on a implanté une planification stratégique puisqu’on avait un défi. Le fromage qui fait squick squick, il y en a une cinquantaine au Québec. Du lait de consommation, il y a déjà de gros joueurs au Québec, c’est difficile se démarquer. Il fallait se trouver une niche et c’est là que l’idée des yogourts est venue », raconte Alain Chalifoux.

L’entreprise française Alsace Lait est ainsi devenue, en 2014, actionnaire minoritaire de la Maison Riviera, ce qui a permis de développer le marché des ultrafrais. Environ 70 produits ont été lancés par la suite, dont les yogourts, ce qui a permis de doubler le chiffre d’affaires dans les cinq dernières années. D’ailleurs, une des premières offres végétaliennes sur le marché canadien est sortie en 2019 avec la collection des Délices végétaux. Cette gamme leur a rapporté des prix.

Toutefois, le défi reste entier , particulièrement au niveau de la main-d’œuvre. « C’est incroyable, avec un taux de chômage aussi élevé, d’avoir autant de la misère à embaucher du monde. Pourtant, les salaires sont bons, le programme d’assurances aussi. On va regarder pour avoir de l’aide financière afin de robotiser nos appareils puisqu’on ne trouve pas les employés », prévient le président de la Laiterie Chalifoux.

Et ça prendra quoi pour durer encore 100 ans? « Du cash, des idées et de la relève! Ce sera peut-être moins familial, on ne sait pas encore. C’est trop tôt pour le dire. Mais il faut continuer d’avoir des idées et d’innover », conclut M. Chalifoux.

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