8 avril 2021
L’agroécologie : innover en misant sur le respect de l’environnement
Par: Alexandre Brouillard

Jessy Pelletier, cultivateur de grandes cultures à Saint-Aimé, possède déjà des champs verts grâce à l’agroécologie. Photo Pascal Cournoyer | Les 2 Rives ©

Pierre-Olivier Gaucher, agriculteur de Contrecœur et fondateur de la société Terralis, a adopté l’agroécologie à la suite de voyages en Europe et aux États-Unis. Photo gracieuseté

Jessy Pelletier et Pierre-Olivier Gaucher, deux agriculteurs de la région, ont innové il y a quelques années en misant sur l’agroécologie, une technique agricole qui diminue l’empreinte carbone, favorise la biodiversité et restaure la fertilité des sols.

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Jessy Pelletier, cultivateur de grandes cultures à Saint-Aimé, utilise l’agroécologie dans ses champs depuis environ 10 ans. « J’ai commencé l’agroécologie à petite échelle et, aujourd’hui, je cultive environ 75 % de mes terres de cette façon. J’innove en étant presque seulement en semis direct sous couvert végétal (SCV), c’est-à-dire que je ne travaille presque plus mon sol. Il y a toujours une plante qui pousse avec ma culture principale. De cette façon, j’amène plus de vie dans mon sol, je vais chercher plus de nutriments et ça emmagasine du carbone dans le sol », explique-t-il.

Pierre-Olivier Gaucher, créateur de la société Terralis située à Contrecœur, a également adopté l’agroécologie. « En 2011, à la naissance de Terralis, une société qui développe et applique l’agroécologie, on faisait rire de nous parce que les mentalités étaient différentes. Les gens priorisaient les herbicides et la propreté entre les rangs de culture. De notre côté, on arrivait avec les ambitions d’une technologie un peu plus européenne, qui favorisait la couverture du sol. Nous avons poussé le projet et aujourd’hui, le consortium réussit bien », explique Pierre-Olivier Gaucher, vraisemblablement fier de ses différentes réalisations.

Dans ses champs, M. Pelletier a innové avec une armée souterraine de bactéries et de vers de terre, qui structurent le sol et alimentent les racines de ses cultures. « Les agriculteurs qui adoptent l’agroécologie tentent de reproduire l’écosystème que nous connaissons. De plus, en recouvrant nos sols de couverture végétale, cela nous permet de bénéficier le plus possible de l’accumulation de la photosynthèse. Bref, notre but est de rendre nos terres pratiquement autosuffisantes », ajoute-t-il.

M. Gaucher précise que l’agroécologie s’inspire de la notion de la vie des sols. « Plus les sols sont vivants, plus ils sont résilients et autonomes. Je couvre donc mes champs en permanence pour accumuler le plus de matière organique. En ce moment, mes champs sont tous verts et ils font de la photosynthèse et je ne suis pas le seul. Notre consortium qui s’étend de la Gaspésie jusqu’à l’Ontario représente un beau réseau dans lequel tout le monde travaille de cette façon », précise-t-il.

Un modèle pour tous

Pour M. Pelletier, l’agroécologie peut s’appliquer à tous les types d’exploitations agricoles. « Que ce soit pour une exploitation de 400 ou de 800 hectares, l’agroécologie peut s’appliquer. Il faut toutefois avoir les ressources nécessaires, parce qu’une plus grande superficie demandera plus de travail. Le plus important, c’est de prendre le temps de faire la transition entre le type d’agriculture plus traditionnel et l’agroécologie », soutient-il.

« L’agroécologie peut sans aucun doute s’appliquer à toutes les grandeurs d’exploitations, mais il y a du chemin à faire. Aujourd’hui, beaucoup d’agriculteurs pratiquent les méthodes d’il y a 25 ans! Les opinions concernant les couvertures de sols sont très mitigées. Il y a encore des organisations sérieuses qui affirment que les engrais verts ne servent pas à grand-chose. Je crois qu’on va demeurer dans ces vieux paradigmes pour encore une bonne décennie », croit le fondateur de Terralis.

Pour Jessy Pelletier, la transition vers l’agroécologie est primordiale pour les générations futures. « À long terme, je ne crois pas que le système de production alimentaire actuel sera soutenable. Lors des dernières années, malgré les grands écarts de température, les canicules et les manques d’eau, ma méthode en semis direct sous couvert végétal m’a permis de conserver des rendements assez stables. Je crois donc que l’agroécologie devra être plus répandue dans le futur afin de répondre aux changements climatiques », conclut-il.

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