10 mars 2020
L’affaire de tous!
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit une chronique hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

Le 8 mars n’est pas une journée comme les autres. C’est celle où l’on traite des droits des femmes.

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C’est à la fois l’occasion de repérer leurs avancées et de dénoncer les discriminations, inégalités et violences dont elles sont l’objet.

Au Québec, l’égalité homme-femme semble souvent un fait accompli. Mais l’est-il vraiment ou y a-t-il encore des impasses?

Voilà une journée qui hélas, après avoir été largement soulignée dans la région, bat désormais de l’aile. Comme si tout était maintenant parfait dans le meilleur des mondes. Certains pensent même qu’il serait bon de la rayer du calendrier, car disent-ils, les femmes et leurs filles ont tout gagné, au détriment des hommes et de leurs fils! Quelle erreur!

Il est vrai que les femmes peuvent désormais disposer plus librement de leur corps en matière de maternité (contraception et avortement), d’intégrité corporelle, de sexualité consentie. Elles ont décroché au fil des ans le droit de voter, de poser leur candidature, de signer des contrats, d’être dans la famille l’égale du conjoint. De recevoir une éducation supérieure, de travailler. Québec a même déployé, pour les aider, des services nouveaux. Et en 2019, les hommes assument de plus en plus de responsabilités familiales.

Mais les femmes sont encore celles qui portent trop souvent le poids de la conciliation famille-travail. Et elles n’ont certes pas encore accédé à une équité salariale complète. Le salaire minimum est encore le pécule de plusieurs. Ce qui les maintient sous le seuil de pauvreté.

Victimes violentées – agression physique, mentale et sexuelle – elles éprouvent des difficultés majeures à faire valoir leurs droits devant les tribunaux. Des droits pourtant essentiels dans une société qui se veut égalitaire.

Les plus sages le savent bien : même si des femmes ont marqué des points, brisant même le plafond de verre, en matière de droits, rien n’est définitivement acquis. C’est le cas de l’avortement notamment, alors que des députés au Canada sont à même de déposer des projets de loi pour en limiter l’accessibilité. On voit aussi dans la foulée de #MeToo où des femmes ont enfin pu briser le mur du silence et dénoncer leurs agresseurs sans souvent que l’on donne suite à ces plaintes.

Oui, c’est vrai qu’au Québec, on semble l’avoir plus facile. On peut manifester, voter, divorcer, travailler, etc. Mais peu de femmes sont élues à divers postes. Les partis politiques se disent plus ouverts, mais posent des embûches!

Ce pourquoi il faut rester solidaire du combat que mènent toutes les femmes d’ici et d’ailleurs encore bafouées au travail, à la maison, dans la rue, dans les médias sociaux, etc.

C’est là tout le sens que prend la journée du 8 mars. Et le terme féministe. Humaniste. Une étiquette que je porte avec fierté et sans gêne. Pour ne pas oublier non plus qu’on revient de loin.

Oui, je suis consciente que toutes les femmes sont différentes, uniques chacune à sa façon. Tout comme les hommes, elles ont entre elles des vues divergentes, vivent des réalités quotidiennes différentes, prennent des voies diversifiées pour se réaliser.

Certaines refusent encore de porter l’étiquette féministe. Trop militante pour elles. Trop gauchisante. Cependant, on sait très bien qu’au fond d’elles-mêmes, toutes les femmes souhaitent pour leurs enfants, leurs frères et sœurs, leurs pères et mères, l’égalité pour tous entre eux et en société.

Pourtant, revendiquer ces mêmes droits pour tous, de meilleures conditions de vie, de salaire, d’équité, de sécurité, de représentation médiatique et politique, d’épanouissement de chacun, c’est l’affaire de tous et de toutes, non? Pas seulement celle des femmes!

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