16 juin 2015
La réputation d’une commerçante attaquée sur Spotted Sorel-Tracy
Par: Julie Lambert
La propriétaire de l’animalerie Dalton, située aux Promenades de Sorel, affirme avoir été victime d’une atteinte à sa réputation sur la page Spotted Sorel-Tracy. | Photo : TC Média – Julie Lambert

La propriétaire de l’animalerie Dalton, située aux Promenades de Sorel, affirme avoir été victime d’une atteinte à sa réputation sur la page Spotted Sorel-Tracy. | Photo : TC Média – Julie Lambert

La propriétaire de l’animalerie Dalton, Line Blais, a été victime de propos virulents à la suite d’un message anonyme publié sur la page Facebook Spotted Sorel-Tracy il y a quelques mois. Depuis, elle doit vivre avec les répercussions négatives sur son commerce et rebâtir sa réputation.

Cette page, gérée par un administrateur anonyme, permet aux gens de publier des messages ou des commentaires tout aussi anonymes. Dans cette publication, une personne se prétendant une source fiable venant de l’interne, affirmait que la propriétaire de l’animalerie gardait une chienne à l’arrière du magasin pour faire de la reproduction et qu’il s’agissait d’une usine à chiots.

Sans même prendre la peine de vérifier le bien-fondé de l’accusation anonyme, plusieurs internautes ont publiquement dénigré la propriétaire en réponse au message, affirme Mme Blais.

« Cela a déboulé vite et les commentaires étaient très négatifs. Chaque minute, il y en avait un nouveau. Cela n’avait vraiment pas de bon sens. Un moment donné, ils n’avaient même plus rapport avec le message et c’était des attaques gratuites. »

Mme Blais déplore que cette tempête sur les réseaux sociaux soit partie d’un commentaire totalement faux, soutient-elle. Il y avait bien une chienne dans son arrière-boutique, mais comme il était impossible de lui trouver un propriétaire permanent, elle l’a gardée quelque temps avant de la mettre en vente.

« Je n’ai jamais fait de reproduction avec ce chien. Le bien-être des animaux me tient très à cœur. J’ai choisi ce métier pour ça. Je prends toujours des nouvelles de ceux que j’ai vendus. Les animaux que je vends, je les aime comme si c’était les miens », raconte-t-elle.

Des répercussions toujours présentes

Ce message fait encore des ravages plusieurs mois après sa diffusion, affirme Mme Blais. Elle allègue que son commerce perdrait environ 4000$ par mois depuis sa publication. La propriétaire a même engagé une firme de communication pour rebâtir sa réputation.

« Je n’ai pas de rancune envers la personne qui a fait ça. Je ne pense pas qu’elle voulait me causer du tort, mais je suis déçue de la façon dont je suis maintenant perçue. J’espère pouvoir retrouver mon chiffre d’affaires. C’est Internet qui m’a fait du mal, c’est par lui que je veux me rebâtir », dit-elle.

La commerçante a fait des démarches auprès des administrateurs anonymes de la page pour que le message soit enlevé en menaçant de mettre un avocat dans le dossier.

La réponse écrite, dont le Journal a obtenu copie, a été cinglante : « ce n’est pas moi qui suis responsable des commentaires des gens….Si c’est non fondé, pourquoi tant de gens sont d’accord? La vérité choque madame, mais elle doit être dite. […] Arrêtez d’encourager l’exploitation animale et peut-être les gens vont vous crisser la paix. »

Mais le message a été enlevé de la page quelques heures plus tard… Invités à commenter, les administrateurs de Spotted Sorel-Tracy, joints via Facebook, n’ont pas répondu aux questions du Journal.

Mme Blais avait répondu dans son message que des inspecteurs du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ), venus faire une inspection, en réponse aux accusations portées contre elle, ont jugé les plaintes infondées.

Le porte-parole du MAPAQ, Yohan Dallaire-Boily, a confirmé qu’une plainte concernant l’animalerie a été déposée. « Nous ne pouvons pas parler de la plainte, mais elle est suivie par notre service d’inspection », s’est-il contenté de dire.

« Les gens s’attardent aux rumeurs sans vérifier à la source » — Vicky Jean-Allard

Deux témoins d’accusations anonymes envers l’animalerie Dalton ont été scandalisées de voir les ravages de cette publication. Encore aujourd’hui, elles doivent défendre la réputation de l’entreprise.

L’ex-employée de l’animalerie, Vicky Jean-Allard, a elle-même été interpelée sur Facebook par un internaute dans un commentaire après la publication de ce message anonyme, dont elle a pris connaissance.

Même si le message (voir autre texte) n’a été en ligne qu’une seule journée, les dommages pour l’entreprise et la propriétaire Line Blais ont été dévastateurs, pense la jeune femme, qui donne une version des faits contredisant les accusations portées contre la propriétaire de l’animalerie.

« La chienne a été amenée par son propriétaire qui l’a laissée avec ses bébés, explique-t-elle. Elle était mal en point et Mme Blais lui a donné des soins. Elle est restée un bon bout en arrière parce qu’elle devait être adoptée. Je n’aurais jamais pensé que cette histoire irait jusque-là. Les gens s’attardent aux rumeurs sans vérifier à la source », déplore-t-elle.

La toiletteuse occasionnelle de l’entreprise, Johanne Brunet, a elle aussi vu la publication et en a averti la commerçante. Cet événement a encore des impacts sur Mme Blais, affirme-t-elle.

« Les gens ne devraient pas avoir le droit de nuire comme ça à la réputation de quelqu’un. Je rencontre souvent des gens, dans le cadre de mon travail, qui me disent de ne pas aller à l’animalerie du centre d’achats parce qu’elle a une mauvaise réputation. Je leur dis que je travaille là et que tout est faux. »

Des recours impossibles

L’avocat Serge Mercier, de Sorel-Tracy, souligne que de plus en plus de gens sont victimes d’atteinte à la réputation depuis l’avènement d’Internet et des médias sociaux.

Il a suivi lui-même un cours il y a quelques mois sur les recours possibles devant la justice pour les personnes ayant vécu cette problématique. Habituellement, dans ce genre de cas, trois facteurs sont évalués pour analyser la recevabilité d’une poursuite : s’il y a eu une faute commise par une personne, le lien de causalité et les dommages.

« Il faut prouver ces trois éléments. Dans un cas comme sur cette page Facebook Spotted, nous ne sommes pas en mesure de déterminer l’auteur. Même si la propriétaire est capable de prouver les torts causés, il n’y a personne à qui incombe la responsabilité de la faute. »

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