18 mars 2016
La Fromagerie Polyethnique en péril?
Par: Sarah-Eve Charland
La Fromagerie Polyethnique doit faire face à une amende de près d’un million de dollars. | TC Média - Sarah-Eve Charland

La Fromagerie Polyethnique doit faire face à une amende de près d’un million de dollars. | TC Média - Sarah-Eve Charland

L’entreprise Fromagerie Polyethnique Le Bédouin à Saint-Robert, pourtant florissante, pourrait être en péril en raison d’une entente à l’amiable de près d’un million de dollars avec Les Producteurs de lait du Québec pour avoir contourné le Règlement sur les quotas.

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La Fromagerie Polyethnique, son directeur général et copropriétaire Jean-Pierre Salvas et la Ferme Franjeamar sont impliqués dans ce dossier les opposant aux Producteurs de lait du Québec. Ce dossier s’est réglé hors cour en décembre 2015. La décision devra être homologuée par un juge de la Cour du Québec le 22 mars, au palais de justice de Sorel-Tracy.

En vertu du Règlement sur les quotas des producteurs de lait, l’organisme Les Producteurs de lait du Québec négocie les prix du lait au nom des fermiers et détient un monopole sur la vente de lait aux transformateurs, dont la Fromagerie Polyethnique. Or, M. Salvas s’est directement approvisionné en lait à partir de sa ferme familiale pour développer un yogourt destiné aux communautés libanaises.

Le lait utilisé n’a jamais été commercialisé, comme la règlementation le stipule, assure-t-il.

« Le lait est une denrée dispendieuse. Lorsqu’on fait de l’essai-erreur, ce n’est pas long pour perdre 10 000$ », met en contexte M. Salvas.

Est-ce que l’entreprise pourra surmonter cette amende? « C’est l’avenir qui nous le dira », commente le copropriétaire.

Un dossier réglé

Les Producteurs de lait du Québec ont remarqué les méfaits vers la fin de l’année 2014.

« Il y a des règles qui permettent d’assurer un approvisionnement stable. Il y a des gens qui décident de ne pas les suivre, ce qui n’est pas acceptable. L’entente à l’amiable a été acceptée par les deux parties parce qu’elle leur convenait », commente le porte-parole des Producteurs de lait, François Dumontier.

Du côté de M. Salvas, la situation ne s’est pas révélée aussi simple. « Je ne me cache pas; je suis fautif dans l’histoire. Toutefois, la fédération m’a dit que si je ne coopérais pas, elle coupait mon approvisionnement. C’est ce qui est honteux selon moi », mentionne-t-il.

Des programmes disponibles

Le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) offre un programme d’aide financière Innov’Action agroalimentaire. La Commission canadienne du lait a également des programmes d’aide offerts aux entreprises souhaitant développer des produits.

La Fromagerie a eu accès à du financement, mais cela n’a pas été suffisant pour couvrir les coûts de la recherche. « Quand il s’agit de yogourt, on considère qu’il s’agit d’un produit déjà sur le marché. C’est très difficile d’obtenir du financement. On se situe dans une niche très précise; ce n’est pas évident », affirme Jean-Pierre Salvas, sans toutefois préciser le financement reçu par sa fromagerie.

Freinée dans son développement

Malgré une importante croissance économique, la Fromagerie Polyethnique Le Bédouin met le frein sur plusieurs projets de développement, en raison d’une entente à l’amiable de près d’un million de dollars avec Les Producteurs de lait du Québec (voir autre texte).

« C’est dommage. Dans nos valeurs, on priorise le bonheur de nos employés et le bonheur des clients. […] Les gens viennent maintenant cogner à notre porte, mais on doit mettre des choses de côté », affirme le copropriétaire, Jean-Pierre Salvas.

Grâce notamment à la production de ce yogourt conçu avec le développement duquel l’entreprise a été sanctionnée, la Fromagerie Polyethnique a connu une croissance de près de 71% depuis deux ans. Elle a embauché une quinzaine de personnes pour atteindre 55 employés en 2016. Elle livre près d’un million de pots de ce yogourt par année.

Jean-Pierre Salvas a plusieurs autres idées de développement pour son entreprise. Le 6 avril, la Fromagerie enverra une palette de produits aux États-Unis afin d’approvisionner huit entrepôts Costco.

« Ce n’est pas énorme, mais ce sont des gros sous. Il y a un potentiel énorme », ajoute-t-il.

Toutefois, il devra mettre de côté son projet de développement d’un fromage Panir destiné aux communautés indiennes, en raison de ses obligations envers Les Producteurs de lait du Québec.

La Fromagerie Polyethnique a réagi par communiqué, via Facebook, à l’article, vendredi matin:

St-Robert le 18 mars 2016 – À la suite de la parution d’un article sous la plume de Sarah Eve Charland dans le journal la Voix dans l’édition de ce jour, le Directeur général de l’entreprise M Jean-Pierre Salvas, tient à rassurer ses employés et la population par rapport à la situation de l’entreprise. « Nos employés et partenaires sont bien aux faits de cette situation depuis longtemps. Bien que l’entreprise a convenue, par entente, de rembourser une somme importante à la fédération des producteurs de lait, et que certains projets de développement ont été ralentis pour le moment, et nous sommes tous très optimistes face à l’avenir de l’entreprise et au marché dans lequel nous œuvrons. « La fromagerie n’est donc aucunement en péril » de dire Jean-Pierre Salvas.

Soulignant son 20ième anniversaire en 2015, la Fromagerie procure du travail à près de 50 personnes et s’assure toujours de respecter sa mission en offrant les mêmes produits de qualité aux communautés ethniques. Ces produits sont acheminés principalement aux marchés de Montréal et de Toronto, mais également à ceux de Calgary et de Vancouver. Les produits de La Fromagerie Polyethnique sont connus sous plusieurs marques telles que Le Bédouin, Phoenicia et Cedar.

Source : La Fromagerie Polyethnique

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