9 février 2016
La fraude des grands-parents : une stratégie qui fait encore plusieurs victimes
Par: Sarah-Eve Charland
Quatre personnes ont été arrêtées pour avoir volé des cartes de crédit. | TC Média - Archives

Quatre personnes ont été arrêtées pour avoir volé des cartes de crédit. | TC Média - Archives

Le phénomène de fraude des grands-parents est loin de se résorber. Sans pouvoir avancer des chiffres, la Sûreté du Québec confirme que plusieurs cas de fraude ont été signalés au cours des trois derniers mois dans la région.

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Même si ce type de fraude existe depuis longtemps, le phénomène auprès des personnes âgées de 60 ans et plus s’est particulièrement accentué depuis cinq ans, selon les données du Centre antifraude Canada. L’automne dernier, plusieurs cas rapportés à Sorel-Tracy ont mené, notamment, à quatre arrestations.

« Nous n’élaborerons pas sur nos techniques d’enquête, mais ces arrestations ont eu lieu grâce à la vigilance de certaines victimes et aussi d’employés des services financiers », affirme la sergente de la Sûreté du Québec, Lucie Poirier.

La fraude des grands-parents consiste à appeler un aîné en se faisant passer pour un proche qui se serait retrouvé en prison. Le fraudeur demande un montant d’argent afin de payer une caution.

« Généralement, le fraudeur va mettre de la pression pour qu’une transaction se fasse rapidement et qu’une somme d’argent soit fournie. Le fraudeur va alors jouer sur les émotions de sa victime, sur l’aspect de la confidentialité et de l’urgence de la situation », explique la sergente.

La coordonnatrice du programme d’Aînés-Avisés donné par la FADOQ, Josée Brunet, abonde dans le même sens. « Les fraudeurs sont très habiles. Ils arrivent à soutirer des informations par leur stratégie. Ils jouent sur la sensibilité et le côté émotif. »

Il est toutefois impossible de constater l’ampleur du phénomène dans la région de Sorel-Tracy. Aucune donnée statistique n’est comptabilisée ni par les organismes, ni par la Sûreté du Québec. « Il y a différents types de fraudes. Aussi, certaines personnes ne portent pas plainte », mentionne Mme Poirier.

« On en entend très peu parler. Souvent, les gens ont peur d’en parler puisqu’il s’agit d’une erreur. Ils peuvent avoir honte », souligne le coordonnateur au Centre récréatif Au fil des ans, Gilles Paradis.

La prévention avant tout

La meilleure façon de protéger les aînés est la sensibilisation et la prévention, assure la sergente Lucie Poirier. Cette dernière donnera des ateliers en collaboration avec la FADOQ, dans le cadre du programme Aînés-Avisés, au cours des prochains mois dans les différentes municipalités de la MRC Pierre-De Saurel.

Les prochains ateliers se dérouleront à Saint-Roch-de-Richelieu le 23 février et à Sorel-Tracy le 16 mars. Pour connaître tous les détails, les personnes intéressées peuvent consulter le site Internet de la FADOQ Richelieu-Yamaska.

Depuis 2013, près de 250 personnes ont assisté à l’une des séances sur le territoire de la MRC Pierre-De Saurel. Au terme de ces séances, les intervenants en sont venus à conclure que la fraude financière est la forme de maltraitance la plus courante suivit de près de la maltraitance psychologique.

Le nombre de fraudes téléphoniques envers des personnes âgées de 60 ans et plus au Québec*

Plaintes Victimes Montant escroqué
2015 135 58 337 186$
2014 301 157 443 915$
2013 375 176 911 245$
2012 287 124 419 414$
2011 257 101 335 129$
2010 54 18 68 037$

*Source : Centre antifraude Canada

Les institutions financières sont proactives

Alors que les fraudes financières ne cessent de croître, les institutions bancaires, souvent les premiers témoins des transactions inhabituelles, sont de plus en plus conscientisées.

En plus de donner des formations aux employés, elles tentent d’informer leurs membres.

« Si on a des doutes, on va faire une approche, toujours dans la délicatesse. On va poser des questions ouvertes. On va donner des dépliants informatifs sur les différents types de maltraitance. C’est délicat. Ces personnes veulent juste aider un de leurs proches. Sans les juger, on les guide », affirme la directrice du service aux membres à la Caisse Desjardins Pierre-De Saurel, Caroline Arpin.

Du côté de la Banque Nationale, la vigilance des employés a permis deux arrestations au mois de décembre 2015.

« On consulte le dossier tout d’abord pour voir si la transaction est inhabituelle. On pose quelques questions. On suit notre instinct. On peut parfois refuser la transaction ou bien aviser la Sûreté du Québec. Cette fois-ci, l’instinct a été bon », raconte la directrice de succursale, Karine Demers.

Sa suspicion l’a sauvée d’une arnaque

La Soreloise Raymonde Bajt fait partie des nombreuses personnes aînées dans la région ayant été interpellées par un inconnu qui a tenté de la frauder au téléphone. Grâce à sa suspicion, elle n’est pas tombée dans le panneau.

L’année dernière, elle a reçu un coup de fil à son domicile. L’homme au téléphone s’est présenté comme étant le meilleur ami de son petit-fils. Mme Bajt sa rappelle que l’homme connaissait le nom exact de son petit-fils et de son meilleur ami.

Il a affirmé être en prison et a demandé un montant de 2000$ pour une caution. « Ça avait l’air sérieux. Il avait l’air en panique. C’était urgent selon lui », raconte Mme Bajt.

La fille de Mme Bajt avait été victime d’usurpation d’identité quelques années plus tôt, ce qui a laissé des traces au sein de la famille. Depuis cette époque, la dame de 74 ans est devenue suspicieuse. Elle s’est donc mise à poser des questions.

« Je lui disais que je ne reconnaissais pas sa voix. Il continuait son baratin. Je continuais à poser des questions. Plus il parlait, plus je commençais à douter. Je connais très bien le meilleur ami de mon petit-fils. Je connais très bien sa voix. »

Le doute est devenu si persistant qu’elle a décidé de raccrocher le combiné. Sans attendre, elle a appelé le meilleur ami de son fils.

« Il m’a affirmé ne pas être en prison. Il s’est même mis à rire. Moi, je ne trouvais pas ça drôle. Comment se fait-il qu’il connaissait les noms exacts? », s’est-elle inquiétée.

Elle a rapporté ces événements à la police. Elle ne sait toutefois pas si sa plainte a mené à une enquête.

Cet appel l’a perturbée, dit-elle. Depuis ce moment, elle se montre de plus en plus méfiante, que ce soit des courriels ou des appels douteux.

« C’était la première fois que j’entendais parler de ce stratagème. Je ne doute pas que certaines personnes peuvent se faire prendre. Le fraudeur connaissait certaines informations qui pouvaient me faire douter. C’est inquiétant. »

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