5 mai 2020
Journalisme 101
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit une chronique hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

Chaque fois que je lis les commentaires de lecteurs qui honnissent les journalistes à cause des questions qu’ils posent lors de points de presse, la moutarde me monte au nez!

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Parfois, c’est de la colère. Impuissante, je me dis que ces gens ne comprennent rien à notre travail.

Parfois, c’est de l’incompréhension. Une tristesse inquiète en pensant qu’une société ne doit jamais s’abandonner à ses dirigeants, buvant leurs paroles sans susciter des questions, des incompréhensions, des idées méritant d’être partagées.

D’accord, les journalistes n’ont pas de mandat spécifique comme celui des élus choisis au scrutin universel. Mais, pierre angulaire de la démocratie, ils doivent s’assurer de la véracité des faits et des dires avancés, surveiller les décideurs, leurs façons de faire et de choisir ce qui conviendra le mieux au bien commun.

Bien sûr, ils ne forment pas une caste homogène. Leurs perceptions diffèrent selon leur provenance socioéconomique, leur éducation et instruction, leurs valeurs profondes, leur optimisme ou leur pessimisme.

Mais ils sont mus par une vision commune et entendue de leur rôle et de l’éthique qui doit les gouverner dans leur quête d’information. Comme ils doivent respecter les règles de l’art prescrites par l’ensemble de la profession.

Et comme l’objectivité totale est un concept idéal, donc impraticable même si on cherche à y tendre, ils se doivent d’être néanmoins profondément honnêtes intellectuellement! D’autant que toute personne qui se sent lésée par le traitement d’une nouvelle peut recourir au tribunal (Conseil de presse ou Cour civile) pour qu’il tranche la validité de sa plainte.

Tous les journalistes n’ont pas la même ambition. Et n’ont pas les mêmes talents et intérêts. Selon leur personnalité, certains agissent comme des alerteurs, d’autres comme des fouilleurs, d’autres comme des gens de synthèse et de vulgarisation. Et c’est bien ainsi.

Mais tous sont des témoins de l’actualité. Ils se tuent à en comprendre les tenants et aboutissants. Ils sont en quête de la logique et de la cohérence qui doivent présider à la définition des problèmes et à la justesse des décisions arrêtées pour les régler.

Leur premier outil à tous : poser des questions. Et ce, même si des lecteurs les croient non nécessaires, voire stupides. Les questions s’inscrivent dans cette quête incessante de vérité essentielle au mieux-être d’une société.

Oui, certaines questions posées ne semblent pas pertinentes à tous. Mais elles assurent au journaliste qu’une fois prêt à traiter son sujet, il aura en mains toutes les informations qui lui paraissent nécessaires pour écrire une nouvelle juste, adéquate et pertinente. Cette démarche vaut pour tous les journalistes, peu importe où ils travaillent.

Je me sens aussi souvent interpellée par les gens qui critiquent le journal local, ses choix de nouvelles et l’ordre dans lequel elles sont publiées. Ce n’est pas un phénomène nouveau, mais amplifié par les réseaux sociaux.

Pourtant, le rôle du journal est de consigner la petite histoire de la région, avec ses réalités – bonnes ou mauvaises – ses initiatives heureuses et malheureuses, ses décisions percutantes ou douteuses, ses gens aux gestes bénéfiques ou maléfiques. Des nouvelles qui doivent, par définition, intéresser les gens et être d’intérêt public.

Une chose est certaine : le journal décrit de quoi est faite cette région. Ses lecteurs doivent connaitre les forces et difficultés qui en modulent le quotidien. Pour ainsi pouvoir évaluer les gestes posés ou à initier pour la mener à bon port.

Oui, critiquer les médias et journalistes est un de vos droits fondamentaux, mais de grâce, faites-le de la bonne façon. Sans insulter. En expliquant pourquoi vous pensez qu’il devrait en être autrement. Tout le monde y gagnerait!

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