11 juin 2019
Jean Trempe de retour sur les plages de Juno
Par: Jean-Philippe Morin

Jean Trempe a remis les pieds dans les eaux des plages de Juno, là où il est débarqué il y a 75 ans. Photo Jacinthe Villandré

Jean Trempe a fièrement montré sa photo alors qu'il n'avait que 18 ans au journal Les 2 Rives lors de notre visite à sa résidence de l'Hôpital Sainte-Anne, à Sainte-Anne-de-Bellevue. Photo Marcel Rainville | Les 2 Rives ©

Cette photo a été prise le 4 juin, alors que la gouverneure générale du Canada, Julie Payette, a visité les anciens combattants du Jour J, en France. Photo Sgt Johanie Maheu, Rideau Hall © BSGG, 2019.

Jean Trempe n'était âgé que de 18 ans lorsqu'il est débarqué en Normandie en 1944. Photo Marcel Rainville | Les 2 Rives ©

Texte de Sébastien Lacroix et de Jean-Philippe Morin

Dans le cadre de la cérémonie internationale de commémoration des 75 ans du Débarquement de Normandie, la semaine dernière, le Sorelois Jean Trempe était de retour à Courseulles-sur-Mer, à quelques kilomètres d’où il était débarqué, sur les plages de Juno.

Où le 6 juin 1944, à l’âge de 18 ans seulement, il avait participé à cette opération qui avait nécessité plus de 150 000 soldats alliés, dont 14 000 Canadiens envoyés au front, au cours de laquelle d’innombrables vies humaines ont été perdues.

Un « sacrifice » qui allait permettre d’ouvrir une brèche en France pour préparer la libération de l’Europe et mener à la capitulation des Allemands, un an plus tard, mettant fin à la Deuxième Guerre mondiale.

Le fusiller mitrailleur qui s’était enrôlé à Longueuil, en novembre 1943, avec le Régiment de Maisonneuve, avait fait partie de la deuxième division à se rendre sur les plages de Juno pour participer à la plus grande bataille de l’histoire militaire moderne.

Le Sorelois avait d’ailleurs été le héros d’un petit Français de quatre ans qui se trouvait au milieu du chaos. Il l’avait agrippé et placé derrière un mur, à l’abri du danger. Un homme qu’il avait d’ailleurs pu rencontrer il y a neuf ans et qu’il espérait revoir une dernière fois.

Jean Trempe avait ensuite servi son pays jusqu’à un an après l’Armistice. Il était en effet demeuré en Allemagne pour l’occupation d’après-guerre.

De retour depuis quelques jours de ce périple, l’homme, vif d’esprit, a accepté de livrer ses commentaires au journal Les 2 Rives .« Je vais dire comme les jeunes : j’ai capoté. Donner la main à M. Trudeau, des généraux, des ministres… La gentillesse du monde », raconte-t-il.

Les pieds dans l’eau

Après avoir reçu les hommages des premiers ministres canadiens et français, en compagnie de 37 autres soldats canadiens qui ont fait le voyage pour la commémoration du Jour J, l’homme de 94 ans est allé marcher dans les eaux froides de la Manche.

Les mêmes dans lesquelles il était descendu, fusil à la main, la terreur au ventre, sous une pluie de projectiles et dans des conditions météorologiques très difficiles, lors du Débarquement de Normandie.

« Mon cœur me disait : va marcher dans l’eau », a expliqué le vétéran à la journaliste Fannie Olivier, dépêchée sur place par Radio-Canada. Celle-ci a terminé son reportage en rappelant que « si leurs pieds ont pris quelques minutes à sécher, leurs larmes, elles, ont pris toute la vie ».

En entrevue à RDI, le Sorelois a ensuite ajouté à quel point sa visite du cimetière, la veille, l’avait mis à l’envers. « Parce que je me pose la question, pour quoi faire que lui est en terre et que moi je suis vivant? Ça doit être comme une loterie… Si tu es chanceux, tu reviens et si tu n’es pas chanceux, tu meurs », a-t-il raconté, avant d’ajouter à quel point il est heureux d’avoir vécu jusqu’à ce jour et d’être resté en santé, même si sa vue a faibli.

Celui qui est le dernier vétéran sorelois de la Deuxième Guerre mondiale avait le sentiment qu’il s’agissait de sa dernière visite des lieux. Il en a profité pour lancer un message à la jeunesse, à qui, faut-il le rappeler, il a permis de vivre dans un monde libre.

« Jouez à n’importe quoi : au soccer, au tennis, mais pas à a guerre, a-t-il lancé à la caméra. Il n’y a rien de bon là-dedans. Sois que tu meurs, sois que tu es handicapé. Si tu es chanceux, tu viens à bout de vivre, mais avec des rêves et des cauchemars. » Il est passé de la parole aux actes en arrêtant de fumer et en restant actif avec notamment une course de 5 km à l’âge de 70 ans.

M. Trempe a d’ailleurs dévoilé au journal qu’il se rendra, en novembre, en Hollande. Là où il a reçu, en temps de guerre, des éclats d’obus dans la peau. Cet endroit est symbolique pour lui puisqu’au fil des années, il a perdu ces morceaux d’obus dans des incendies.

Jean Trempe a six enfants, huit petits-enfants et 14 arrières-petits-enfants. S’il se rend à 100 ans, il espère pouvoir devenir arrière-arrière-grand-père.

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