30 octobre 2018
Projet de loi sur les conducteurs âgés
« Je ne veux pas qu’il soit mort pour rien » – Chantal Bernard, conjointe de Normand Gravel
Par: Julie Lambert

La conjointe de l'employé décédé sur le traversier, Chantal Bernard, souhaite faire changer la loi afin de rendre plus strictes les règles d'obtention du permis des personnes âgées. (Photo : Julie Lambert)

Chantal Bernard est la conjointe de Normand Gravel, happé mortellement sur le traversier en janvier dernier. Elle ne garde aucune rancune envers le conducteur qui a subi un malaise, mais elle souhaite déposer un projet de loi afin de réglementer davantage la conduite des personnes âgées et ainsi éviter qu’un drame semblable ne se reproduise.

Chantal Bernard était soulagée d’apprendre que le conducteur de 78 ans, Réal Savoie, n’avait posé aucun geste criminel. « Il n’y avait aucune preuve suffisante pour porter des accusations d’acte criminel ou de conduite dangereuse. On a toutefois su que ce monsieur avait des problèmes de santé. Je n’ai rien contre cet homme, mais selon les informations que nous avons eues sur son état de santé, je me demande seulement s’il aurait dû prendre le volant », mentionne-t-elle.

Des tests aux deux ans

Selon Chantal Bernard, ce qui est présentement en place n’est pas suffisant. Elle souhaite déposer le projet de loi Normand Gravel afin de faire changer les procédures d’évaluation de la conduite des automobilistes de plus de 70 ans.

« De plus en plus, nous avons des conducteurs vieillissants. Je ne veux pas interdire aux personnes âgées de conduire, mais je souhaite que quand cette personne conduit, ce soit aussi sécuritaire pour elle que pour les autres. Ce que j’aimerais et les démarches que je vais faire, c’est qu’il y ait un examen pratique de conduite aux deux ans à partir de 70 ans », explique la conjointe du défunt.

Actuellement, les règles de la Société d’assurance automobile du Québec (SAAQ) établissent que les conducteurs doivent remplir un rapport médical à 75 ans, à 80 ans et aux deux ans par la suite. Cet examen médical doit être effectué par un omnipraticien et un optométriste.

Le porte-parole de la SAAQ, Mario Vaillancourt, souligne que chaque fois qu’un projet de loi ou une suggestion est déposé, une analyse est réalisée. « Au niveau législatif, la SAAQ ne prend pas de décisions. On peut toutefois collaborer à des changements législatifs et analyser les propositions », souligne-t-il.

Chantal Bernard croit que le gouvernement pourrait, avec cette nouvelle loi, envoyer une lettre aux personnes âgées lorsque leur examen annuel est prévu, comme le milieu de la santé le fait avec les mammographies. « J’aimerais seulement que ce soit vérifié. Si la personne passe son examen, tant mieux! Ce projet va seulement aller renforcer ce qui peut être fait à la légère par le médecin. Tu as le temps de voir ton état de santé se dégrader pas mal en cinq ans », croit-elle.

Des démarches à venir

Mme Bernard souhaite utiliser le drame et son énergie à travailler à un but positif qui pourra aider d’autres familles dans les prochaines années. Elle a déjà en main les papiers et les procédures pour déposer son projet de loi. Des démarches auprès des députés seront aussi réalisées.

« Le conducteur qui a happé mon conjoint ne peut plus conduire son auto. Il est un peu trop tard. Il a fallu une chose comme ça. Si la loi était mieux faite, probablement que cette personne-là n’aurait plus été au volant ou elle aurait eu des restrictions. L’être humain a tendance à ne pas respecter ses propres limites. Je comprends les gens de vouloir être indépendants et autonomes, mais des fois, ils vont conduire leur véhicule sans être bien. On m’a dit que si je ne bougeais pas, il n’y avait rien qui allait se faire. Je ne veux pas qu’il soit mort pour rien », conclut-elle.

Quelques chiffres

En 2017, la SAAQ a procédé à 130 492 évaluations de personnes âgées de 75 ans et plus au Québec. Selon les données, 1 143 permis ont été suspendus à la suite du contrôle et 5 220 personnes ont elles-mêmes renoncé à leur permis.

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