16 juin 2016
Interdire les pitbulls n’est pas une bonne solution, disent des experts
Par: Louise Grégoire-Racicot
André Périgny, entraîneur expérimenté de chiens, ne croit pas que bannir les pitbulls est une solution. | Photo: TC Média – Julie Lambert

André Périgny, entraîneur expérimenté de chiens, ne croit pas que bannir les pitbulls est une solution. | Photo: TC Média – Julie Lambert

Entraîneur animalier d’expérience, André Périgny est formel: il ne faut pas interdire les pitbulls. Cela ne ferait que déplacer le problème. Le vétérinaire Derek Tardif, tout comme son Ordre professionnel, partage ce point de vue.

Rattaché à l’Hôpital vétérinaire du Bas-Richelieu, M. Tardif s’explique mal pourquoi les pitbulls sont plus visés que les autres chiens. « Il y a une énorme variation d’agressivité dans une même race de chien. Il peut y avoir des caniches très agressifs et des pitbulls doux comme des agneaux. »

Même si les pitbulls sont reconnus comme des chiens de combat, « il y a tellement de croisements de gènes qu’il est difficile d’identifier un gène particulièrement agressif. C’est même très difficile d’identifier cette race de chien », nuance-t-il.

Le maître d’abord

« Pour la sécurité des gens et de leurs enfants, il ne faut pas se fier à l’apparence et à la taille d’un chien, mais plutôt à la personnalité et à la responsabilité de son maître », affirme M. Périgny.

En d’autres termes, les pitbulls ne sont pas plus dangereux que d’autres races de chiens (Rottweiler, Berger allemand, Doberman), souligne-t-il.

Mais la réputation de ce chien est entachée: il arrive un incident dont les médias parlent beaucoup et voilà que les pitbulls sont ostracisés, note-t-il.

D’autres solutions

Selon M. Tardif, d’autres choix peuvent réduire les risques. Trois chiens sur quatre qui ont mordu n’étaient pas tenus en laisse. L’obligation de tenir le chien en laisse serait l’une des solutions.

Il évoque aussi la stérilisation du chien, ce qui permettrait de réduire les comportements territoriaux. Il croit qu’un registre serait aussi pertinent.

« Je ne suis pas insensible à ce qui s’est passé. Je crois qu’interdire une race de chien ne fait que déplacer le problème à une autre race. Selon mes recherches, dans les villes qui ont interdit les pitbulls, le nombre de morsures n’a que très peu diminué. »

Le pitbull est un bon chien, fidèle, dit M. Périgny. Ses gênes ne lui permettent toutefois pas de composer facilement avec les autres chiens. « Son maître doit l’habituer très tôt à aller au parc à chiens. Ce dernier doit absolument être expérimenté pour le dresser, le faire courir, bien le nourrir, s’en occuper. »

Quand quelqu’un achète un chien, il en est responsable, dit-il. « Le pitbull ne convient pas à une jeune famille dont c’est le premier chien », croit-il.

M. Périgny ne croit pas non plus qu’imposer le port de la muselière à un chien de plus de 20 kilos a du sens. « 95 % des chiens que l’on croise pèsent de 40 à 45 kilos », souligne-t-il.

Le problème avec les pitbulls, conclut-il, c’est que des maîtres nourrissent mal leur chien ou le battent. « Contrairement à d’autres, lorsqu’un pitbull se sent menacé, il ne se sauve pas, il attaque. Après tout, les Américains qui l’ont importé ici au Xe siècle, l’ont dressé pour le combat de chiens!»

Avec la collaboratiion de Sarah-Eve Charland

Une forte présence de pitbulls dans la région

Par Julie Lambert

Actif depuis un an, le Centre animalier Pierre-De Saurel (CAPS) constate une forte présence de pitbulls dans la région. Si quelques-uns de ces chiens ont trouvé une famille, plusieurs autres sont abandonnés dans les rues du territoire.

L’organisme ne possède pas encore de chiffres officiels sur le nombre de pitbulls recueillis ou présents dans les résidences de Sorel-Tracy. Les données exactes seront connues l’an prochain, mentionne la directrice générale du CAPS, Karine Marcotte.

L’obligation de se munir d’une licence pour chaque animal, une démarche entamée au cours des derniers mois par la Ville, permettra de dresser un portrait juste de la situation, pense-t-elle.

« On a beaucoup de croisement de pitbulls. Lors des adoptions, nous devons souvent lutter contre leur mauvaise réputation. Ce sont souvent eux qui restent avec nous le plus longtemps. Il ne faut pas tous les mettre dans le même panier. Plusieurs n’ont aucune malice. Ce n’est d’ailleurs pas avec eux que nous avons constaté le plus de problèmes de comportement », affirme Mme Marcotte.

La directrice est inquiète de l’actuelle peur entourant les pitbulls et croit que la sensibilisation est le meilleur moyen de contrer les événements désastreux. Les Villes ne devraient pas « partir en peur », croit-elle, en adoptant un tel règlement pour les bannir de leur territoire.

« C’est souvent une question d’époque. Il y a eu les huskies quand un bébé a été mordu il y a des années et aussi les rottweilers ou même les bouviers bernois. N’importe quel chien peut développer des problèmes de comportements. Il faut rassurer les gens et miser sur la sensibilisation pour que ce type de situation-là n’arrive pas, mais pas opter pour une interdiction », pense-t-elle.

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