12 mai 2020
Sorties non supervisées dans les résidences privées pour aînés
Inquiétudes chez plusieurs personnes âgées de la région
Par: Jean-Philippe Morin

André St-Julien, Noella Randlett Caron et Guy Lacourse redoutent la mesure de déconfinement prise la semaine dernière par le gouvernement. Photo Pascal Cournoyer | Les 2 Rives ©

Alors que le gouvernement Legault a autorisé, le 5 mai, les sorties à l’extérieur sans supervision aux locataires des résidences privées pour aînés (RPA), plusieurs personnes âgées de la région s’inquiètent de la rapidité à laquelle cette décision a été prise.

Publicité
Activer le son

En respectant la distanciation physique, un proche pourra également rencontrer un résident à l’extérieur de la résidence. « Des personnes autonomes sont isolées depuis deux mois. Depuis deux mois, elles ont perdu leur liberté. Ce n’est pas humain. C’est important pour la santé mentale de prendre l’air », a affirmé le premier ministre François Legault, en point de presse quotidien.

Guy Lacourse, 81 ans, Noella Randlett Caron, 84 ans et André St-Julien, 77 ans, sont de fiers résidents du Château Langelier. S’ils ne nient pas qu’il faille déconfiner les gens habitant en résidences un jour, ils sont d’accord pour dire qu’il est trop tôt.

« On craignait le free for all dès l’annonce, lance Guy Lacourse. J’ai entendu plusieurs résidents dire : « je vais en profiter, j’ai des commissions à faire« . C’est inquiétant. Quand on donne un peu de corde à certains, il se sentent lousses! »

« Quelques minutes après l’annonce, on a vu 15 ou 20 personnes sauter dans leur auto pour aller à la pharmacie. C’est plate à dire, mais ça me fait peur », renchérit André St-Julien.

« Mon but n’est pas de critiquer le gouvernement, puisqu’on doit déconfiner un moment donné, nuance Noella Randlett Caron. Mais pour notre résidence, on était bien avec ce qu’on avait. On ne se sent pas seuls même si on est confinés depuis huit semaines. C’est un peu tôt puisque pour la pandémie, la pente est encore ascendante et ce n’est pas le temps d’avoir un premier cas ici. J’ai demandé à six de mes amies si elles étaient en faveur de cette mesure et elles étaient toutes contre. »

Ne pas perdre le contrôle

Guy Lacourse et Noella Randlett Caron continueront de demander à leurs proches de faire les commissions pour eux. André St-Julien, lui, faisait livrer l’épicerie et les produits de pharmacie à la résidence, ce qu’il continuera de faire. Malheureusement, disent-ils, ce ne sera pas le cas de tous.

« J’ai parlé à plusieurs résidentes et elles sont très contentes d’aller faire l’épicerie par elles-mêmes, et c’est bien correct. Le problème, c’est que c’est facile de perdre le contrôle et d’aller à trois ou quatre places. Je n’ai pas touché à mon auto depuis deux mois et je ne suis pas malheureuse! Je suis du genre à aller me baigner, danser, bref d’être active, alors j’aurais toutes les raisons de chialer. Pourtant, je comprends qu’on fait tout ça pour nous protéger. On se sentait en sécurité avec M. Langelier et son équipe qui font tout pour qu’on soit bien. Là, c’est un peu insécurisant, surtout que c’est arrivé tout d’un coup. Les écoles, c’est fait deux semaines d’avance, mais pas le déconfinement des aînés », relate Mme Randlett Caron.

Guy Lacourse dit d’ailleurs avoir été témoin de plusieurs gestes inappropriés depuis mardi dernier. « J’ai vu un résident prendre sa petite-fille dans ses bras. D’autres m’ont dit qu’ils vont aller faire des commissions tout l’après-midi. Ils disent qu’ils ne font qu’entrer et sortir… mais non! Je suis craintif de voir ça. Si quelqu’un peut faire vos commissions, continuez comme ça », avertit-il.

De son côté, André St-Julien est doublement inquiet puisque s’il attrape la COVID-19, ses problèmes de santé pourraient lui coûter cher. L’homme de 77 ans, qui a déjà subi quatre pontages coronariens, souffre aussi d’arythmie cardiaque, de diabète de type 2 et d’une maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC).

« Moi aussi, j’ai hâte de voir mes proches! Je vois ma fille qui vit à Gatineau deux ou trois fois par année et mon petit-fils, ça fait un bout que je ne l’ai pas vu. Oui c’est difficile psychologiquement pour plusieurs, mais je n’ai pas encore des siècles à vivre et je veux prendre toutes les précautions pour ne pas attraper le virus. Quant je regarde aux alentours, ça fait peur », décrit-il.

Une sécurité qui s’envole

Les trois résidents sont unanimes : ils se sentent en sécurité au Château Langelier. « On est plus de 200 ici et personne n’a la COVID, souligne André St-Julien. Pourquoi? Parce que la direction est alerte, les informations sont bien transmises aux résidents. En une demi-heure, soit la durée de l’annonce, tout ça est foutu en l’air. »

Guy Lacourse, comme ancien enquêteur, souhaite voir la direction prendre d’autres mesures. « Il faut poser des questions à ceux qui reviennent après être sortis. Est-ce que ça vous a fait du bien de sortir? Comment avez-vous rencontré vos enfants, vos petits-enfants? Le but est de faire un pas en avant, j’espère juste qu’on n’en fera pas deux en arrière », conclut-il.

image